‹ Histoire d'un regimentChapitre 35 sur 135 · I. Palais-Royal · texte numérisé non relu

I. Palais-Royal

mais les acteurs en général sont froids. Pourvu qu’ils chantent bien, ils sont sûrs d’être applaudis. Les danses sont très ordinaires, et les Italiens euxmêmes reconnaissent qu’ils 11e peuvent, dans ce genre, se mesurer avec les Français. Je ne te parlerai pas de la corruption qui règne dans cette ville; il faudrait te faire la peinture de Babylone que tu trouveras dans Quinte- Curcc. Cela 11’est pas étonnant, il n’y a ici que des mendiants ou des Crésus. Les uns sont esclaves-nés des autres et vendus à toutes leurs passions ; les autres sont corrompus par leurs richesses mêmes. Je sais qu’à Paris les moindres services se paient, mais Paris n’est, rien auprès de Venise. Les gens de ce pays se font payer pour vous enseigner la rue. Si vous laissez tomber quelque chose et qu’un passant le ramasse avant vous pour vous le rendre, il vous demande son salaire; enfin, quand vous éternuez, ils ne vous diraient pas gratis: Dieu vous assiste! Je suis bien aise d’avoir vu cette ville célèbre, mais pour un empire je ne m’y fixerais pas.

Brück, 17 avril 1797. — (Lettre à ses parents.)

Je n’ai le temps que de vous dire quatre mots, mais ils en valent mille : La paix est signée. Pour moi, qui me retire sans être mutilé ni estropié, je suis le plus heureux des hommes. J’ai bien souffert cinq ans; mais, à présent, mes souffrances passées me sont chères ; le seul moment où je vous embrasserai me payera de tout. Mes sœurs, quand je les retrouverai, verront un soldat rembruni comme un Africain, mais sans moustaches depuis la paix, laissant quelquefois échapper un juron par habitude, galant comme un grenadier, mais conservant toujours pour elles, malgré ces dehors, le cœur et l’amitié d’un frère.

Padoue, 16 juillet 1797.

Bonaparte vient de provoquer dans son armée une imposante manifestation qui console des divisions politiques dont chaque lettre de Paris nous apporte l’écho.

Le 14 juillet, jour anniversaire de la prise de la Bastille, il fit distribuer aux demi-brigades de nouveaux drapeaux, sur lesquels étaient inscrits les noms des victoires et des combats auxquels chacune d’elles avait pris part. Le citoyen Dupuy, que tout le monde aime et admire, a obtenu que cette épigraphe fût inscrite au milieu des nôtres : « J’étais tranquille, la brave 52e était là ». Cette solennité eut lieu dans toutes les divisions avec la plus grande pompe. On y célébra la mémoire des braves qui étaient morts au champ d’honneur, et on y lut une procla-

mat ion énergique du général en chef en faveur du maintien de lu République et de la Constitution de l’an III. Généraux, officiers et soldats, tous partageaient ces opinions et répondirent à cet appel avec enthousiasme.

Milan, 16 août.

J’ai enfin obtenu un congé de cinq décades. Je pars demain avec le général Motte, qui m’offre la moitié de sa voiture.

Campagne de Suisse.

GronolUe, 20 février 1798.

Le général Bon, dont je suis toujours chet d’état-major sans commission et sans autorisation régulière, vient d’être mis à la disposition du général Bonaparte, pour être employé à l’armée d’Angleterre. Les divisions d’Italie repassent les Alpes. Je me fais une joie de rejoindre la 32e et mes camarades. Jullien m’écrit qu’ils sont partis de Plaisance le 51 décembre, passant par Pavie, Abbiate Grasso, Yerceil, Chivasso, Suse, le Mont-Cenis, la Maurienne, Montmeillan, Chambéry, Aix, Annecy, Carouge et Yersoix, près Genève, où ils ont dû arriver le 25 janvier. Notre division commandée, en l’absence de Masséna, par le général Meynard, est appelée à intervenir en Suisse dans la querelle entre les Vaudois et le canton de Berne. Roux est à Lyon, avec la mission de commander des bonnets à poil pour les grenadiers.

Payerne, 1er mars 1798.

Le quartier général du général Brune est à Lausanne et la 52e près de Fribourg, à Payerne. On m’a donné le commandement d’un bataillon de grenadiers. Les Yaudois sont dans l’enthousiasme et on danse tous les

soirs.

Berne, 9 mars 1793.

La prise <lc Berne n’est pins une nouvelle pour vous. Elle nous a coûté deux ou trois combats et quelques hommes.

Rien ne nous retient plus que la perception des contributions imposées aux Suisses et. l’établissement de la nouvelle Constitution helvétique. La 52e a un bataillon dans Berne et deux autres dans un village aux environs. Elle n’a. pas brûlé une amorce dans cette campagne.

Expédition d’Égypte.

(19 Mai 1798. — ‘29 Août 1801.)

Toulon, 9 mai 1 798.

Bonaparte est arrivé aujourd’hui. Il a passé la revue de la brigade Bampon, composée de la 18" et de la 52e. Après avoir parcouru les rangs, il a fait rassembler en cercle les officiers et sous-officiers au centre du bataillon carré, et leur a dit :

« Soldats! quand je vins, il y a deux ans, vous trouver dans la rivière de Gènes, vous étiez dépourvus de tout, vous n’aviez ni souliers, ni vêtements, ni vivres. Les officiers vendaient leurs montres pour subsister. Je vous promis de vous conduire dans un pays où vous trouveriez en abondance tout ce qui vous manquait. Ai-je tenu parole? (Oui, oui! s’est-on écrié de toutes parts.) Eh bien ! a-t-il repris, aujourd’hui, nous partons pour une expédition nouvelle, et je promets à chacun de vous au moins six arpents de terre. Jusqu’à présent vous avez combattu avec des cavaliers et des canonniers; vous allez vous trouver avec une nouvelle classe d’hommes, ce sont les matelots. Si notre marine n’a pas encore égalé la gloire des armées de terre, c’est à vous de lui inspirer ce feu, cette énergie qui furent jusqu’à ce jour le gage de vos succès. Les Romains que

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IIISTÛIRK D I N lU'GIMKNT.

nous avons quelquefois imités, mais pas encore égalés, étaient tous soldats et matelots1. »

Ce discours, et surtout la présence de Bonaparte, a électrisé toutes les âmes; on a joué Ça ira , et l’on s’est embarqué en chantant. Le Caporal est avec nous, et chacun augure favorablement des affaires publiques.

Nous comptons 1657 hommes à l’effectif. Le l'r bataillon est sur le Mercure de 74 canons, le 2e sur le Timoléon de 74, le 5" sur le Généreux de 74, et moi, avec 8 ofliciers et 286 grenadiers, sur le Guillaume-Tell, vaisseau neuf de 80 canons. Rampon, Dupuy et l’état-major de la demibrigade sont à bord du Mercure. Bon, notre général de division, a pris passage sur le Timoléon.

A bord du Guillaume-Tell, 21 mai 1798.

La flotte mit à la voile le 10. Le but de notre expédition est encore couvert du voile du mystère; mais l’amour du changement et des entreprises extraordinaires inspire à tous une gaieté bruyante.

Entassés sur des vaisseaux, abandonnés aux caprices des vents, à la fureur des flots, aux hasards d’un combat inégal contre l’Anglais, nous devrions avoir le regret de nous éloigner de France, cette terre heureuse où chacun croit voir couler les larmes d’une mère, d’une amante ou d’un ami. Foin des soucis! au diable la tristesse! Nous sommes tout à l'amour de la gloire, à la haine contre l’Angleterre, à l’enchantement de courir des aventures romantiques. Tous nos généraux sont illustres : Bonaparte, Desaix, Kléber, Reynier, Baraguev d’Hilliers. Ce sont les troupes qui ont le plus de gloire qui composent cette expédition. On croit que le Directoire, renonçant h une descente en Angleterre, a conçu le projet de porter une armée dans l’Inde par l’Asie ou la mer Rouge.

J’y vais réfléchir sur le gaillard d’avant en fumant ma pipe, soigneusement recouverte d’un capuchon, car il est interdit de fumer dans l’entrepont et les cigares sont prohibés partout.

A bord du Guillaume-Tell, 10 juin 1798.

« Morbleu! nous sommes heureux qu’il y ait eu quelqu'un dans Malte pour nous en ouvrir les portes! » s’est écrié un de mes grena-

1. Il y a un rapprochement assez curieux à faire entre les termes de cette allocution improvisée devant les troupes, et ceux de la proclamation imprimée qui leur fut distribuée par ordre de Bonaparte.

diers en entrant dans la Cilé-Valette, après la capitulation. Une partie seulement de la division Bon, la 4e légère et les compagnies de grenadiers de la 18° et de la 52e ont concouru à la prise de l'ile.

L’Ordre est anéanti et le Grand Maître renvoyé en Allemagne avec de belles promesses. 11 ne fallait pas perdre de temps, ni s’occuper trop à contempler et raisonner l’avantage que nous tirions de l’occupation de Malte : une escadre anglaise, forte de treize grosses voiles, commandée par Nelson, mouillait dans les eaux de Naples et épiait nos mouvements. Bonaparte donne à peine à son escadre le temps de faire de l’eau, et, le 20 juin, nous reprenons la mer.

Nous forçons de voiles pour atteindre le but de notre expédition. Le 26 juin, nous signalons l’ile de Candie; enfin, le 1er juillet, notre escadre légère signale Alexandrie.

La flotte anglaise faillit nous atteindre au moment du débarquement. Bonaparte, dit-on, s’écria : « Fortune, m’abandonneras-tu? Encore quatre jours, je ne te demande que quatre jours! »

El-Fiély, 6 septembre 1798. — (Lettre à son ami Jules, à Rosette.)

Si tu n’as pas une bonne carte d’Égypte tu découvriras difficilement l’endroit où je suis confiné depuis un mois et demi. C’est d’El-Fiély, capitale d’une province de la Haute-Égypte et le chef-lieu d’un département de la nouvelle République, que je vais t’envoyer le sommaire de mon histoire, depuis notre séparation.

La 52e débarqua dans la nuit du 1er au 2 juillet. Bonaparte se mit à la tête des premières troupes, et marcha droit sur Alexandrie à travers un désert de trois lieues, qui n’offrait pas même de l’eau pour ressource, dans un climat où la chaleur est insupportable.

Malgré toutes ces difficultés, nous arrivons sous les murs de la place; une garnison d’à peu près cinq cents janissaires les défendait. Le reste de la population de la ville se jette dans les forts, d’autres se portent sur leurs toits. Ainsi disposés, ils attendent notre attaque; elle a lieu sur trois colonnes. La charge bat. Nous formons la colonne de droite, que commande Bon. Nos soldats se précipitent avec fureur sur les remparts qu’ils escaladent, malgré la défense opiniâtre des attaqués. Ces gens-là ne savent pas broncher; ils donnent ou reçoivent la mort sur leurs ennemis. Le chef de brigade Mas, à la suite de la 52e, est tué. Les Turcs, repoussés de tous côtés, se réfugient chez leur Prophète ; ils remplissent les mosquées; hommes, femmes, vieillards, enfants, tous sont massa-

IIISTOIUK D'I .N l! IX I M K NI

crés. Au bout «le quaire heures, nos solda ts metlenl lin à leur fureur, la tranquillité renaît en ville —

Il fallait bien commencer par étonner son ennemi.

Après avoir organisé à Alexandrie un pouvoir gouvernant, avoir assuré la communication sur les derrières de notre armée, Bonaparte nous fait prendre pour cinq jours de vivres, et se prépare à traverser un désert de vingt lieues pour arriver à l’embouchure du Nil, et remonter ce fleuve si célèbre jusqu’au grand Caire.

Le spectacle de ce départ a eu quelque chose de pittoresque. On y voyait des généraux montés sur des chevaux français richement équipés, et, à coté d’eux, des chameaux hideux portant d’énormes charges, des ânes, des mulets chargés d’eau, des chevreaux, des moutons conduits par des soldats pour être tués et mangés dans le désert; beaucoup d’officiers montés sur des ânes; et le soldat, éloigné de son pays, brûlé par une chaleur insupportable, et aussi patient, aussi gai qu’il l’eût été dans les plaines de la Flandre.

Et pourtant, il porte cinq jours de vivres, son sac; il est habillé de laine.

Quelques-uns, au bout d’une heure de marche, accablés par le chaud et la pesanteur des ell'ets, se déchargent, jettent leurs vivres, ne songeant qu’au présent, sans penser au lendemain. Arrive la soif, et ils 11e trouvent pas d’eau; la faim, pas de pain. J'ai vu des soldats mourir de soif, d’inanition, de chaleur; d’autres, voyant les souffrances de leurs camarades, se brûler la cervelle; d’autres se jeter, avec armes et bagages, dans le Nil.

Chaque jour de nos marches nous offrait un pareil spectacle; et, chose inouïe, et que personne ne croira facilement, c’est que l’armée entière, pendant une marche de dix-sept jours, n’a pas eu de pain. Le soldat se nourrissait de citrouilles, de melons, de poules, et de quelques légumes qu’il trouvait dans le pays. Telle a été la nourriture de tous, depuis le général jusqu’au dernier soldat. Souvent même le général a jeûné pendant dix-huit et vingt-quatre heures, parce que le soldat, arrivant le premier dans les villages, faisait main basse sur tout ce qu'il trouvait.

Il est inutile de te parler de notre boisson. Nous vivons sous la loi de Mahomet : elle défend le vin; mais, par contre, elle nous fournit abondamment l’eau du Nil.

J’ai vu à Rahmanié, où il y avait peu d’eau, tout le régiment, en un instant, dans le fleuve : les soldats buvaient comme les animaux.

A Damanhour, le cuisinier de Bonaparte vint à l’état-major de Desaix

LA 32e DEMI-BRIGADE.

demander un interprète pour aller avec lui chercher une broche à la municipalité. Savary, en nous contant le fait, riait à se tenir les côtes.

Un jour, un aigle a attaqué un mouton de la caravane; un volontaire l’attaqua à son tour. Il s’est vu bientôt environné par beaucoup d’autres aigles. Des soldats ont accouru, et il s’est engagé un combat réel entre eux et les oiseaux; ceux-ci n’ont lâché prise qu’après des décharges de mousqueterie.

Bonaparte général en chef de l’armée d’Égypte Campagne de Syrie.) (D'après une lithographie de Raffet.)

Les nuits, très humides, sont extraordinairement cruelles. Trempés de sueur et dévorés par les moucherons, nous dormons très peu : le sang s’embrase; nous sommes couverts de pustules et de boutons, particulièrement sur les bras, ce qui cause une démangeaison violente.

Huit jours durant j’ai couché sur le sable, enveloppé daus mon manteau.

Les colonnes bivouaquent comme elles marchent et combattent, en carré de division ouvert d’un côté (celui du Nil).

DU

1IIS T 01 H K DU N li KG IM U NT.

Nous reiiconlroiis quelques partis d’Arabes Bédouins, voleurs par profession et par institution, qui fuient successivement à notre approche. Leur troupe est toujours en désordre : chaque homme à pied porte un long bâton ferré aux deux bouts, chaque homme à cheval est armé d’une carabine à longue portée qu’il lire en caracolant, tous poussant des cris effroyables. Ils manient leurs chevaux, leïirs carabines et leurs sabres avec une grande habileté. Cette agilité est telle que le même soldat qui était atteint d’un coup de carabine, recevait sur-le-champ un coup de sabre de la même main. Ils nous tuaient des hommes et des officiers à vingt-cinq pas de la colonne. L’aide de camp du général Üugua a été assassiné de cette manière, en allant porter un ordre à un peloton de grenadiers, à une portée de fusil du camp. Nous avons l’ennemi partout, devant, derrière et par les côtés. « Exactement la Vendée, moins le climat, » me dit un vieux sergent. Les Bédouins ne font pas de prisonniers; ceux qui échappent à la mort sont réservés pour leur passion brutale.

Enfin, le 12 juillet, le général Bonaparte apprend que les beys ont marché sur lui avec leurs forces réunies et qu’il doit être attaqué le lendemain. 11 organise sa marche en conséquence, et prend des précautions. L’adjudant-général Boyer part à la découverte sur le Nil, avec trois chaloupes canonnières.

Nous allions donc voir face à face ces célèbres mameluks, cette cavalerie d’élite, dont la bravoure est si reconnue en Égypte.

C’est le 15 juillet que je les ai vus pour la première fois. Liés la pointe du jour ils ont fait voir toutes leurs forces, qui rôdèrent autour de notre armée comme des troupeaux, marchant tantôt au galop, tantôt au pas, par tas de dix, de cinquante, de cent — Ils lancent leurs chevaux avec la rapidité la plus étonnante, et les arrêtent court en un clin d’œil. Ils les font pirouetter à volonté, en décrivant le cercle le plus étroit. Ils sont suivis à toute course par un ou deux esclaves qui chargent leurs armes à feu. Ils ont aussi leurs chevaux de rechange que ces esclaves conduisent. Ils sont emboîtés dans des selles qui leur couvrent le corps, devant et derrière, jusqu’au-dessus des reins. Enfin, d’une manière aussi ridicule que curieuse, vingt fois ils ont tenté la charge.

Notre ligne était appuyée à deux villages dans lesquels Bonaparte jeta un grand nombre de tirailleurs. Les cinq divisions, en ordre de bataille par échelons, se flanquaient entre elles. Chaque division, en carré hérissé de baïonnettes, avait ses bagages au centre, l’artillerie aux angles et dans les intervalles.

Les cavaliers de Mourad-Bey, superbes, tout luisants d’or, caracolant sur d’admirables chevaux, trouvant partout un point qui leur offrait une résistance à laquelle ils ne s’attendaient pas, passèrent leur journée à nous tenir exposés à l’ardeur d’un soleil brûlant. Si nous eussions été plus entreprenants ce jour-là, peut-être leur sort eût été décidé; mais le général Bonaparte temporisa pour connaître son ennemi et se mettre au fait de son genre de guerre. La journée se décida par la retraite des mameluks, qui perdirent à peine vingt-cinq des leurs.

Nous remontâmes le Nil jusqu’au 21 juillet, qui fut pour nous une journée décisive.

Dans la nuit du 20 au 21, nous partîmes à deux heures du matin, et, lorsque le jour parut, nous arrivâmes eu présence de l’armée ennemie, à une demi-lieue du village d’Embabeh.

L’armée est formée en cinq carrés et en demi-cercle. Chacun des - carrés est établi sur six hommes de profondeur, ayant l’artillerie aux angles : les deux premiers rangs croisent la baïonnette. 11 existe entre les carrés l’intervalle d’un bataillon.

Bonaparte parcourt au galop le front de chacun des carrés. 11 enflamme le courage des soldats par une très courte harangue : « Soldats, leur dit-il, en se tournant vers les Pyramides, songez que du haut de ces monuments, quarante siècles ont les yeux fixés sur vous! »

Il nous semblait être au pied de ces masses énormes sur lesquelles les soldats avaient les yeux continuellement fixés. La ligne du rocher, aujourd’hui couvert de monticules de sable, sur lequel elles sont assises, s’élève à 50 et 40 pieds1 au-dessus du niveau de la plaine. On donne à la plus grande des trois, qui se trouve en vue du Caire et à environ 2 lieues au sud-ouest de Giseh, 800 pieds2 * sur chaque face. La hauteur est de 600 pieds", découverts des côtés ouest et nord; les amoncellements de sable et les dégradations, qui datent de plus de vingt siècles, en ont recouvert les faces, jusqu’à une élévation de près de 150 pieds4. Ces Pyramides se voient de 15 à 20 lieues. Elles semblent s’éloigner à mesure qu’on s’approche. On est encore à une lieue que déjà on croit être au pied, et le cœur et l’esprit sont saisis d’étonnement, d’humiliation, d’admiration et de respect.

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