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En mémoire du brave capitaine du Tonnant, tué à Aboukir

LA 32p DEMI-BRIGADE.

cl géomètres, et lit faire la reconnaissance de l’ancien canal de jonction des deux mers.

Le 10 janvier 1799, le 5e bataillon retourne à El-Fiély. La demi-brigade revient au Caire.

Le 2 février, deux grenadiers de la 52e sont fusillés; tous les officiers, sous-officiers et grenadiers de la 5e compagnie sont cassés, les grenadiers sont incorporés dans d’autres demi-brigades comme fusiliers, et l’objet d’une surveillance spéciale.

Cette compagnie étant de service au quartier général, des grenadiers s’étaient introduits dans la maison du cheik El-Bakry, très dévoué aux Français, avaient violé et égorgé trois de ses femmes.

La 52e, ajoutait l’ordre d’exécution, avait trop de gloire pour garder des hommes qui la déshonoraient.

Expédition de Syrie.

(Février-Juin 1799.)

A l’envoyé de Kléber, qui lui annonça le désastre d’Aboukir, Bonaparte répondit avec une apparente impassibilité : « Nous n’avons plus de flotte : eh bien! il faut rester en ces contrées, ou en sortir grands comme les anciens. »

La campagne de Syrie justifie ce propos. Jamais campagne plus étonnante fut-elle entreprise?

Enfermée dans sa conquête, l’armée française, réduite à 51 000 hommes, ne se défend pas, elle attaque.

La division Desaix reste dans la Haute-Égypte; tous les 5es bataillons fournissent les garnisons des places et assurent la tranquillité et l’obéissance; le régiment de dromadaires1 fait la police du désert; l’Institut

1 . Pour former ce régiment, Bonaparte avait choisi, dans tous les corps, des volontaires pris parmi les plus intrépides. Cette gendarmerie mobile du désert devint la terreur des Arabes, qui se croyaient

d’Égypte continue paisiblement ses études, et Bonaparte va porter la guerre en Asie.

Nos soldats pouvaient se croire aguerris. Familiarisés avec les démonstrations fougueuses mais désordonnées de la cavalerie turque et arabe, ils l'attendaient avec calme dans leurs carrés fortifiés. Ils étaient faits à l’idée de sc battre tous les jours, de lutter contre la faim, la soif et la privation de sommeil, de marcher pieds nus sur un sable brûlant.

Cependant, d’autres souffrances les attendent et de nouveaux dangers les guettent : 00 lieues de désert à dos, et la flotte anglaise qui tient la mer; des villes bien défendues à emporter d’assaut, et ni poudre, ni boulets, ni plomb; une armée de secours à battre; la guerre souterraine, la nuit, sans pitié ni merci; des tranchées à creuser que la mort comblera, des épaulements élevés avec des cadavres; et la peste, qui frappera d’effroi les cœurs les plus fermes. Telle fut celte expédition de quatre mois, durant laquelle nos soldats vont manœuvrer avec le même ordre et la même précision que dans une revue en France. Partis 15 000, ils reviendront au Caire réduits de moitié.

Opérations de la 52e jusqu'au siège de Saint- Jean-d’ Acre (17 févricr- 18 mars 1799). — Le commandant Duranteau reste à El-Fiély avec le 5e bataillon. Il déploya dans ce poste des qualités telles qu’il fut fait chef de brigade au retour de l’expédition.

Les deux premiers bataillons faisaient partie de la division Bon et de la brigade Rampon. On peut dire que la gloire de la 52e est inséparable de celle du général qui l’a commandée si longtemps. Les compagnies avaient été dégagées de tous les hommes auxquels leur âge, leurs blessures ou leur mauvaise santé auraient rendu la campagne trop pénible. Les bataillons comptaient 400 hommes environ et les compagnies 45.

Claude nous a vanté la richesse de l’Égypte; mais, pour arriver aux plaines fertiles, que de déserts il fallait traverser, d’Alexandrie à Rahmanieh, et du Caire à Gaza!

Le 17 février, la division Bon arrive devant El-Arich et assiste à la capitulation du château.

en sûreté grâce à la vitesse de leurs chevaux. Quand une bande de pillards était signalée, un détachement était formé; on chargeait les dromadaires de munitions et de vivres pour plusieurs jours ; deux cavaliers, placés dos à dos, montaient le même dromadaire, et la chasse commençait, toujours heureuse. Les Bédouins renoncèrent à leurs incursions dans les villes, et implorèrent une trêve qu’ils rompirent rarement par la suite. Nous avons relevé sur les registres de la 32e quelques passages d’hommes dans ce régiment original.

Le 22, la 52e est d’avant-garde avec Kléber. Égarée par un guide ignorant ou perfide, elle erre pendant quarante-huit heures dans ces contrées désertes où on ne rencontre plus de puits, si l’on s’écarte de la route ordinaire des caravanes. Kléber fit fusiller le guide.

Le 25, on aperçut les sommets des montagnes boisées de la Syrie, et les hymnes républicains retentirent dans les mêmes vallons où les Croisés européens faisaient entendre jadis les cantiques de la foi chrétienne. Dans la soirée, l’armée entrait à Gaza.

Le 28, la marche reprit sur Jaffa. Elle fut particulièrement pénible. Les chameaux eux-mêmes, habitués à la marche du désert, traversaient avec effort cette masse de poussière. Pendant trois lieues il fallut tripler les attelages de l’artillerie, et souvent les soldats durent pousser à la roue pour dégager les pièces et les caissons.

Le 5 mars, l’armée était sous les murs de Jaffa. Le 7, l’assaut est livré. La 52e est chargée de la fausse attaque. C’est elle qui décide la victoire, car l’attaque de front menaçait d’échouer devant la furieuse ténacité des défenseurs, ramassis de Maugrabins, d’Albanais, de Kurdes el de nègres qui se battaient bien. Yoici comment l’action fut engagée si vivement de ce côté. Quelques soldats de la division Bon, en rôdant le matin autour de la fausse attaque, avaient découvert une espèce de brèche sur le bord de la mer. Ils pénétrèrent audacieusement dans la place, et furent égorgés. Quelques survivants accoururent au camp de la division et demandèrent à grands cris qu’on tirât vengeance du massacre de leurs camarades. Bonaparte venait d’ordonner l’assaut. Le général Bon reconnaît la brèche, et donne l’ordre d’attaquer de ce côté. En un instant les remparts sont escaladés à l’aide d’échelles; la 32e s’empare du port et tourne les défenseurs.

La garnison cernée refuse de se rendre. Commence alors l’épouvantable massacre de Jaffa. Horrible guerre de rue en rue, de maison en maison. Dans leur fureur vengeresse, les soldats tuent tout : hommes, femmes et enfants. Ils ne s’arrêtent qu’épuisés de fatigue. Les atrocités commises sur nos blessés ne sauraient excuser cette rage aveugle, indigne des vainqueurs.

La guerre exige qu’on tue, mais l’ennemi qui se défend. Ne donnons jamais la mort inutilement. Il est assez de circonstances dans lesquelles il faut appliquer la terrible maxime : Dura lex belli, sed lex. Le sauvage épisode suivant en est la preuve.

Trois mille Turcs, prisonniers de Gaza et de Jaffa, avaient été mis à part ; la plupart dans la fleur de Page, ils étaient presque tous blessés. Dix Guides

à pied les gardaient. Qu’en faire? Les incorporer? A la première affaire, ils auraient trahi. Les renvoyer à Chypre? Ils eussent été le noyau du rassemblement (pie la Porte préparait. Les envoyer en Égypte? leur escorte eût affaibli l’armée, et les approvisionnements manquaient. Il fallait partir pour Saint-Jcan-d’Acrc et se décider. Le massacre fut résolu. Mais la poudre était

Soldat du régiment de dromadaires. — D’après une aquarelle de Détaillé. (Collection Auguste Gain.)

un article précieux. La 52e et une partie de la 18e, aux ordres de l’adjudant énéral Grézieux, eurent la triste besogne de les tuer à coups de baïonnette. Un les enferma dans une presqu’île; ces malheureux poussaient des cris terribles et se jetaient à l’eau pour éviter la mort. Le flux rejeta leurs cadavres sur le rivage. La punition ne se lit pas attendre.

Le lendemain, le cri effrayant : la peste! se répandit dans l’armée.

LA 52e DEMI-BIIIGAÜE.

L’adjudant général Grézieux s’abandonna tellement à ce sentiment d’effroi, qu’il sortit de sa tente pour aller s’enfermer dans une maison, d’où il ne voulut communiquer à l’extérieur que par une espèce de guichet. Précaution inutile! Il mourut le lendemain.

Cette mort guérit la terreur du soldat. Il comprit que la peur aggrave la

Les Pestiférés de Jaffa. — D’après «ne lithographie de Itaffet. (Bibliothèque Nationale.)

maladie, devint fataliste et retrouva son énergie. Il allait en avoir grand besoin.

Siège de Saint- Jean-d' Acre (19 mars-20 mai 1799). — Bataille du Mont- Thabor (16 avril 1799). — De Jaffa, l’armée se dirigea sur Saint-Jcan-d’Acre, dont le général en chef avait hâte de s’emparer. Cette place prise, tout accès dans le pays était interdit aux Anglais, et Bonaparte devenait libre de marcher sur les Indes : « C’est en Orient, disait-il, que se font les grandes renommées. » Les Anglais, les ennemis tenaces et heureux de toute sa vie, en décidèrent autrement. Sir Sidney Smith captura les équipages de siège expédiés par mer, ravitailla constamment la garnison en matériel, muni-

lions, vivres et renforts, et lui donna un émigré, Phélippeaux, ancien officier d’artillerie, camarade de Bonaparte à l’Ecole Militaire de Paris.

Cet ingénieur de talent, au lieu d’assister passivement du haut des remparts aux travaux de cheminement de l’assiégeant, marcha au-devant par des travaux de contre-approche, et, plus d’une fois, l’assiégeant se trouva ainsi assiégé à son tour, pris de revers ou d’enfilade dans ses tranchées et dans ses batteries.

Grâce à lui, grâce à la féroce énergie de Djezzar-Pacha, malgré des prodiges d’audace, Bonaparte dut lever le siège, après soixante et un jours de tranchée ouverte.

L’ouverture de la tranchée fut commencée, le 20 mars, à environ 150 toises1 de la place. Les soldats de tranchée étaient obligés de marcher courbés pour n’être pas vus des assiégés. On comprit, aux difficultés du début, que le siège serait long. Aussi les troupes s’occupèrent de leurs logements avec cette active industrie qui leur est familière. Elles pratiquèrent dans le sol des cavités qui leur servirent de baraques ; elles les tapissèrent et les couvrirent de branchages d’arbres.

Le 28 mars, les batteries de brèche ouvrent le feu, et, à trois heures du soir, l’ouverture parut satisfaisante. Excités par le souvenir glorieux de l’assaut de Jaffa, nos grenadiers veulent monter à l’assaut. Ils sollicitent comme une grâce l’ordre d’attaque. Bonaparte le donne à quatre heures.

La 52e avait 450 hommes à la tranchée. Son chef, Darmagnac, se couvre de gloire. Le sous-lieutenant Valat, dangereusement blessé d’un coup de feu, se refuse à quitter son poste. Le sergent Taberly, resté seul au milieu de son peloton, dont les soldats étaient tués ou renversés, continue de se battre en héros. Valat, sur la demande du général Bon, fut fait lieutenant, et Taberly sous-lieutenant. Nos pertes furent sérieuses : 15 tués dont le capitaine de grenadiers Guillet, et 49 blessés grièvement. Sir Sidney Smith, avec deux vaisseaux, mouille au sud et à l’ouest de la place. Ses salves d’artillerie fournissent des boulets sans faire beaucoup de mal. Il était curieux de voir, au plus fort du feu, les soldats courir à la recherche des boulets et les porter aux batteries. Chaque boulet de 56 ou 55 était payé 24 sols; ceux de 12, 15 sols, et ceux de 8, 10 sols.

Au cours du siège, Kléber est envoyé, avec 2 500 hommes, pour combattre l’armée de Damas qui tente une diversion, dans l’espoir de délivrer Saint-Jean-d’Acre. Il est enveloppé, au pied du mont Thabor, par plus de

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50 000 hommes dont 20 000 cavaliers. Son effectif ne lui permet pas de former des carrés : il forme deux triangles et repousse plusieurs charges. Il va succomber, quand une salve de coups de canon annonce l’arrivée de Bonaparte. L’instinct militaire du grand homme de guerre lui avait fait deviner le danger de son lieutenant. Rampon, à la tète de la 52e, au pas de charge, prend l’ennemi en flanc et à dos, et opère sa jonction avec Kléber.

Le 7 mai, un renfort considérable, envoyé de Rhodes par mer, entre dans Acre. Un morne silence règne dans le camp. L’ordre d’une attaque générale ranime tous les courages. On vit chacun aiguiser les baïonnettes et affiler les sabres. Une rage folle s’empara de tous, officiers et soldats; elle ne les quitta qu’après trois journées entières de combat.

Les 18e et 52e, dirigées par les généraux Vial et Rampon, comblent de cadavres les boyaux et les places d’armes. Toutes les tranchées sont enlevées jusqu’au pied des remparts. Les fossés sont escaladés et voilà nos braves dans la place. Le combat dure toute la nuit; c’est un affreux corps à corps. Le capitaine Sudrié sauve un sergent de sa compagnie en parant les coups qui lui étaient portés de tous côtés. 11 rallie sa compagnie et bat en retraite; il a deux blessures; son chapeau et ses vêtements sont criblés de balles.

L’est le septième assaut depuis trois jours. Plus de 5 000 Turcs jonchent les glacis, les tranchées et les fossés; l’armée française compte 1 850 tués et 1400 blessés; 10 généraux et 2 chefs de demi-brigade sont du nombre. Et on ne peut songer à enterrer les cadavres. La peste redouble d'intensité. Acre, fût-elle prise, n’offrait plus qu’un tombeau.

Bonaparte ordonne la retraite, qui s’opère de nuit, et que protège la division Kléber. Elle fut pénible, avec les Arabes en queue qui massacraient les traînards. Chaque division emporte ses blessés comme elle peut, sur les chevaux d’officiers, sur des brancards; dans chaque corps, on voit des files de blessés portés sur des fusils : autant de convois funèbres semés sur la route. A Jaffa, on ne peut enlever 60 pestiférés qui vont tomber au pouvoir des Turcs; un employé du lazaret met fin à leurs souffrances avec de l’opium. L’armée' comprit cette horrible nécessité; elle connaissait les Turcs.

Et la traversée du désert commence avec un convoi de 600 blessés, transportés sur les chameaux, les chevaux, les ânes et les bestiaux. La cavalerie de Murat et le détachement de soldats du régiment de dromadaires font une active police sur les derrières de l’armée. Le 14 juin, les 6 000 hommes, débris glorieux du corps expéditionnaire de Syrie, défilent, dans un ordre imposant, à travers les rues du Caire. Des feuilles de pal-

micr ornent les têtes. Presque tons sont sans chaussures. Il est permis de dire qu'il est « des défaites triomphantes à l’égal des plus belles victoires ».

Fin de la campagne d’Egypte.

(‘25 Juillet 1799. — Novembre 1801.)

Bataille d’Aboultir (25 juillet 1799). — La 52e était rentrée dans la citadelle du Caire.

Le général Bon était mort des suites de la blessure qu’il avait reçue à l’assaut du 10 mai; sa division passa sous les ordres de Rampon, et eut à peine le temps de se reposer.

25 000 hommes dont 7 000 janissaires d’élite, commandés par le grand vizir Mustapha, venaient de débarquer dans la rade d’Aboukir. Au lieu de marcher rapidement à leur ennemi, ils se fortifient dans une langue de terre, comme s’ils n’étaient venus en Égypte que pour se faire assiéger. Bonaparte les tenait enfermés dans une souricière : il prend ses dispositions pour les jeter à la mer. 11 part précipitamment du Caire et concentre son armée.

La 52e fait partie de l’aile gauche, composée des 18e, 52e et 69e demibrigades, et commandée provisoirement par le général Lanusse.

L’armée turque - est formée sur deux lignes, dont la droite et la gauche étaient appuyées à la mer; une forte réserve, commandée par Mustapha-Pacha, occupait le village d’Aboukir.

Le général Berthier vint demander à Bonaparte : « Quel corps voulez-vous que je désigne comme réserve? — Une réserve! Me prenezvous pour Moreau? 11 faut, aujourd’hui, que chacun de ces braves gens combatte pour vaincre ou mourir. »

La première ligne turque fut abordée par Lannes et Destaing, tandis que Murat la tournait avec sa cavalerie. Ainsi serrés entre la cavalerie et l’infanterie, ils se jetèrent à la mer pour éviter d’être pris. En une heure

LA 52e DEMI-BRIGADE.

8 000 hommes avaient disparu; 18 pièces de canon et 50 drapeaux étaient aux mains des vainqueurs.

La seconde ligne, appuyée au centre sur une redoute, coûta plus de peine à enlever. Une première attaque fut repoussée. Mais les Turcs sortent de leurs retranchements pour aller couper la tête des blessés aban-

Marche à travers le désert.

(D’après une lithographie de Géricault.)

donnés sur le terrain. Ce spectacle indigne nos soldats, qu’un vigoureux retour offensif ramène dans la redoute. C’est une mêlée sanglante. La seconde ligne éprouve le sort de la première. Reste le village d’Aboukir. A la 52e revient l’honneur de l’aborder. Elle y perdit encore bien des braves, parmi lesquels le commandant Nugues.

Le capitaine Sudrié et le sergent Vigo-Roussillon1 entrent les pre-

1. François Vigo-Roussillon, soldat au Ier bataillon de l’Hérault le 1er mars 1792, reste au 32e jusqu’au 1 1 septembre 1808, date à laquelle il est fait chef de bataillon au 8° de ligne. Son amour pour le Régiment est tel, qu’il y reste comme capitaine adjudant-major pour attendre une place. A une revue aux Tuileries, Napoléon l'aperçoit et le reconnaît : « Que fais-tu là? Je t’ai nommé chef de bataillon. — Oui, sire, mais j’attends une place au 52°. — Tous mes régiments se valent, tu rejoindras demain ton nouveau corps. « Cet acte de désintéressement fait honneur à l’officier qui aimait ainsi son régiment, et au régiment qui méritait semblable attachement.

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iniers dans la maison où s’était enfermé le Pacha. Ils le font prisonnier, sous les yeux <lc Murat, qui venait de lui couper deux doigts d’un coup de sabre. La victoire était complète, et de toute l’armée turque il restait à peine 4 000 hommes, qui se réfugièrent dans le fort. « Général, s’écria Kléber après la bataille, vous êtes grand comme le monde! »

Dans les pourparlers qui suivirent, au sujet des blessés et des prisonniers, Sidney Smith lit parvenir à Bonaparte une liasse de journaux d’Europe. Le général en chef de l’armée d’Egypte apprit ainsi rabaissement auquel le Directoire avait réduit la France.

Le commodore anglais espérait bien que ces nouvelles détermineraient le départ'de Bonaparte, et il comptait le faire prisonnier.

Il se trompa de moitié dans ses calculs. Bonaparte débarqua dans le golfe de Fréjus le 9 octobre 1799.

Il avait laissé le commandement à Kléber, dont il estimait le caractère et les talents, et que les soldats appelaient déjà le général en chef en second, et quelquefois le Mars français.

Le premier soin de celui-ci fut de réorganiser l’armée, réduite à 19 000 hommes environ, après l’expédition de Syrie. 11 ramène à quatre le nombre des compagnies de fusiliers de chaque bataillon, et complète à 80 hommes celles de grenadiers. 11 donne en même temps à chaque corps deux pièces de canon avec leurs approvisionnements.

Bataille de Lesbeh (2 novembre 1799). — Les Turcs espèrent qu’il leur sera facile de détruire cette poignée d’hommes abandonnés par le chef qui faisait leur force.

8 000 janissaires débarquent au Bogaz de Lesbeh. Le général Verdier, qui commande à Damiette, rassemble 1 000 hommes de la 2e légère, de la 52e et du 18e dragons. 11 tue aux janissaires près de 5 000 hommes, fait 800 prisonniers, s’empare de 5 canons et de 52 drapeaux. C’est à la suite de ce combat que le chef de brigade Darmagnac reçut un sabre d’honneur. Le sergent-major Bésiès fut mis à l’ordre de l’armée pour avoir tué, à coups de sabre, deux Turcs qui voulaient enlever le drapeau de son bataillon. Autour du drapeau, en effet, il faut vaincre ou mourir. Si une main défaillante le laisse échapper, un autre bras doit le lever. S’il tombe aux mains de l’ennemi, ce doit être teint du sang de ceux qui sont morts pour le défendre.

Le 25 novembre, une sédition éclata, à Damiette, dans une demibrigade qui réclamait l’arriéré de sa solde. Les grenadiers de la 52%

LA 52e DEMI-BRIGADE.

écrit le général Belliard clans ses notes, vinrent alors offrir au général Verdier d’abandonner leur part aux mécontents.

Nouvelle révolte du Caire (20 mars 1800)'. — Le 20 mars 1800, une révolte éclate au Caire pendant la bataille d’Héliopolis. 6 000 des vaincus de l’armée turque viennent se joindre aux rebelles. L’adjudant général Duranteau, bloqué dans le quartier général, le défend, pendant plus de deux jours, avec 200 hommes de la 52e et des Guides à pied, contre une multitude fanatisée. 11 fait construire la nuit, avec des rondins de palmiers, une batterie qu’il arme de pièces de campagne. Le 21, au matin, les défenseurs sont en mesure de vendre chèrement leur vie. Le 22, à midi, la colonne du général Lagrange, forte de quatre bataillons, paraît; elle entre au quartier général à deux heures. Ces renforts permirent d’attendre l’arrivée de Kléber. Ce ne fut que le 27 mars. Il fallut, pour rentrer en possession de la capitale de l’Égypte, un siège long et meurtrier. La reddition de Boulacq était nécessaire pour amener celle du Caire. Deux compagnies de grenadiers de la 52e y concourent le 15 avril. Comme toujours avec ce peuple, ce fut une guerre de rues sanglante, à la lueur des incendies. Mais voici un trait qui marquera bien le caractère de notre soldat. Un habitant défendait avec acharnement l’entrée de sa maison; un de nos grenadiers lui enfonce sa baïonnette dans le basventre. A cet instant le rappel se fait entendre : tout est terminé ; la fureur du soldat tombe. Il relève sa victime, lui fait boire quelques gouttes d’eau-de-vie, bande sa plaie, et porte lui-même son blessé à l’ambulance. La ville capitula le 22 avril.

En mai, toute l’Égypte était reconquise en une courte campagne. Mais Kléber était assassiné le 14 juin 1800, et ce meurtre était plus avantageux aux Turcs et à leurs alliés qu’une victoire remportée sur l’armée française.

Le plus ancien des généraux de division, Abdallah-Jacques Menou, prit le commandement intérimaire de l’armée1. Bonaparte, gagné par ses flatteries, confirma ses pouvoirs. Ce fut la perte de l’Égypte.

Les Anglais et les Turcs, qui se tenaient tranquilles depuis la bataille d’Héliopolis, reprirent bon espoir.

Bataille, blocus et siège d’Alexandrie (21 mars-2 septembre 1801). — Le 18 mars 1801, le fort d’Aboukir, dont la garnison était trop faible et l’ar-

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