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Nouvel emploi créé par l'arrêté du 24 septembre

LA 52e DEMI-BIUGADE.

mètres de Montreuil. Nous faisons face à la mer, vis-à-vis les côtes de cette Angleterre exécrée. C’est, un vrai camp de plaisance, grâce à nos soins de tous les jours depuis huit mois.

Il y a, par compagnie, quatre baraques construites sur deux rangs, chacune pouvant contenir 16 hommes; en tout 64 hommes. C’était peu pour les 90 hommes, environ, de chacune de nos neuf compagnies. Mais, plusieurs hommes ayant la permission de travailler en ville, d’autres se trouvant absents pour différentes causes, ce nombre était suffisant.

Les cuisines, au nombre d’une par compagnie, sont placées derrière; ensuite, les baraques des sous-officiers et des cantiniers sur la même ligne, puis celles des officiers, et enfin des chefs de bataillon derrière leur bataillon respectif, et du colonel derrière le centre du régiment. Le règlement veut que les armes soient placées sur des chevalets, en avant du premier rang des baraques. On avait dérogé à cette règle en les plaçant dans les baraques mêmes, ce qui valait mieux, pour ne pas exposer les fusils à toutes les intempéries, pendant la longue durée du camp.

Le règlement veut aussi que les sous-officiers soient logés avec la troupe. On les avait logés en arrière, le sergent-major, le fourrier et les 4 sergents de chaque compagnie occupant une même baraque. Cela était convenable, car le sergent-major, dépositaire des fonds de la compagnie, avait besoin d’une grande table pour tenir les écritures. Quant à la discipline, cette disposition avait son bon et son mauvais côté. Les sergents, étant séparés des soldats, ne pouvaient pas exercer une surveillance aussi active et, dans mon apprentissage de simple soldat et de caporal, j’ai vu bien des choses leur échapper. Mais on les respectait davantage en les voyant moins souvent ; et je crois, en définitive, que cela vaut mieux.

Les baraques sont creusées à un mètre sous terre, ce qui les rend fort humides. Le coucher se compose d’un grand lit de camp, sur lequel on étend de la paille; par-dessus, une couverture de laine. Chaque homme se couche sur cette couverture, enveloppé dans un sac de toile, le havresac servant d’oreiller; on étend ensuite sur eux une autre couverture de laine. C’est, coucher ensemble et pourtant séparément.

Notre camp, qui n’offrait, au moment de notre arrivée, qu’une longue chaîne de dunes stériles, présente maintenant aux yeux des visiteurs étonnés l’aspect d’une magnifique promenade. Notre régiment s’était avisé d’aller couper quelques voitures d’arbres dans une forêt voisine et de les planter devant le front de bandière; le lendemain, tous les régiments de la division nous avaient imités. Chaque régiment a son jardin; chaque compagnie, son parterre et son potager, et un puits couvert de

verdure pour arroser les plantes et les fleurs. Des colonnes, des obélisques, ilrs pyramides surmontées du buste du nouvel Empereur, avec des inscriptions à la louange du vainqueur de l'Italie et de l’Orient, ornent les rues, tracées au cordeau, qui portent toutes le nom d’un guerrier illustre, mort les armes à la main. Les rues de notre quartier s’appellent : Kléber, Beaupuy, Dupuy et Nugues. Quand il a fallu travailler à cette organisation, très bon moyen pour occuper les soldats, quelques-uns se plaignirent, tant la paresse a de charmes. C’est que les soldais sont comme les enfants; il faut leur faire du bien malgré eux.

Les sergents, dans chaque compagnie, mangent entre eux. Ils reçoivent les vivres de campagne, le pain de munition et le. pain blanc de soupe, la viande, les légumes secs, l’eau-de-vie et le vinaigre. Ils n’achètent au marché que les légumes frais et les pommes de terre. Ils mangent avec les caporaux dans des gamelles de 6 à 7 portions. Les sergents-majors seuls, avec les adjudants, vivent en pension chez un cantinier.

Le repas de midi se compose d’une excellente soupe grasse avec des légumes, et d’une petite portion de bœuf. Celui du soir, de pommes de terre accommodées au beurre avec des oignons et du vinaigre. Le pain de munition est noir; le seigle qui entre dans sa composition lui donne un goût acide et désagréable; l’eau-de-vie, servant à corriger l’eau ne devait pas être bue à part : défense souvent enfreinte, comme on peut le croire.

On m’a nommé caporal d’ordinaire, emploi bien pénible. Il faut, par tous les temps, aller à Étaples, à près de 2 kilomètres du camp, pour acheter des légumes. J’ai eu toutes les peines du monde à faire comprendre à mon homme de corvée que le caporal et le soldat ne doivent pas boire la goutte avec le fournisseur, aux dépens de la compagnie. Tous sont fort honnêtes, et, cependant, trouvent cela tout simple. Persuadés que chacun les vole, depuis le ministre jusqu’à leur sergent-major, depuis les fournisseurs de l’armée jusqu’aux paysans, les petits vols qu’ils peuvent faire, à leur tour, leur semblent une revanche très légitime.

« Le sergent-major connaît l’arithmétique, disent-ils : pose zéro et retiens neuf. » Ils ne songeaient pas que ce sous-officier était fort à plaindre et toujours dans la crainte d’être victime d’un vol. Il était dépositaire des fonds de la compagnie, qui eussent été plus en sûreté dans la baraque du capitaine, et exposé à des dangers d’une autre nature, au danger des tentations. On payait la solde pour tous les hommes de la compagnie censés présents, et. au dernier prêt du trimestre, on retenait la -solde de toutes

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les journées d’absence. Ainsi, le sergent-major avait en sa possession, pendant trois mois, une somme d’argent souvent considérable pour un soldat, et dont il ne devait compte qu’à la fin du trimestre. Et, ayant de l’argent à sa disposition, souvent accablé de fatigue, par le froid, par

Drapeau du 12 Thermidor an Xll.

la grande chaleur, ou après une journée de pluie, il fallait se refuser non pas une bouteille de vin, qui était un grand luxe, mais une bouteille de bière ou un petit verre d’eau-de-vie. Ceux qui n’avaient point cette vertu se trouvaient embarrassés au moment du règlement des comptes. Dans la suite, on a pris le parti de confier les fonds au capitaine, et de payer convenablement les sous-officiers. On a eu alors le droit d’être sévère.

IÜG

Je lus désigné pour la garde des bateaux-canonniers qu’on renouvelait tous les mois : je m’embarquai le l"r juillet. Nous couchions dans des hamacs : la marine se chargeait de nous nourrir, et s’en acquittait avec de mauvais fromage et des pois durs fricassés dans l’huile. Les soldats, très mécontents, s’en vengeaient par des histoires plaisantes et des chansons.

A mon retour, une grande émotion m’attendait. Napoléon avait voulu se montrer à ses soldats dans tout l’appareil de sa puissance. Se dérobant aux hommages de scs nombreux courtisans, il était venu au camp et électrisait tous les cœurs par sa présence. Il avait choisi le lo août, jour de sa naissance, pour faire la distribution des croix de la Légion d’Honneur qu’il venait de créer; la première promotion portait la date du 14 juin.

La nouvelle institution avait fait jeter les hauts cris aux républicains. Bien avant mon enrôlement, mon père nous avait conté un incident de certain dîner qui avait eu lieu aux Tuileries le 7 mai 1802. Un des convives lui en avait fait le récit : au dessert, le Premier Consul avait fait tomber la conversation sur l’ordre de Saint-Louis. « En instituant cet ordre, avait-il dit, Louis XIV1 ne s’occupait guère de ce qui fait la force des armées, je veux dire de cetle émulation qui change souvent de simples soldats en autant de héros. 11 ne voyait dans ses troupes que des nobles et des officiers, comme si les officiers et les nobles remportaient seuls des victoires !

« Ne serait-il pas possible aujourd’hui d’établir une espèce d’ordre, éloigné de toute ombre de féodalité, et dont la marque distinctive ne serait accordée qu’aux actions d’éclat sur les champs de bataille, ou à de grands services rendus à la société dans l’ordre civil?

« Jusqu’à présent, je n’ai eu à donner que des sabres, des fusils et des pistolets d’honneur. Vous comprenez que toutes les manufactures d’armes ne suffiraient pas, si nous avions encore quelques campagnes à faire. Un brave qui a reçu un sabre d’honneur ne le porte guère. 11 l’envoie à la maison paternelle, comme un précieux monument qui doit être religieusement conservé dans sa famille. Ses camarades savent bien qu’il a reçu un sabre; ils ne voient pas ce sabre. Or, vous n’ignorez pas que c’est la vue qui inspire l’émulation.

I. Un sergent qui, dans une bataille, avait fait des prodiges de valeur, fut amené devant Louis \l\. « Je t’accorde une pension de 1 200 livres, dit le Roi. — Sire, je préférerais la croix de Saint-Louis. — Je lo crois bien, mais tu ne l’auras pas. «

« Une marque distinctive, comme une étoile suspendue ù un ruban rouge, et portant la ligure d’un aigle avec ces mots : Honneur et Patrie, attirerait les regards de tous ses camarades sur le brave qui en serait décoré; et les honneurs qui lui seraient rendus les enflammeraient tous du désir de la mériter par les mêmes moyens. » Les convives applaudirent à la pensée de Bonaparte, et l’un d’eux, comme mû par une inspiration soudaine, mais, de fait, d’accord en cela avec le Premier Consul, dit :

« Il me semble que cet ordre serait bien nommé la Légion d’Honneur. » Aussitôt Masséna, se levant, ajouta : « Je vous propose de porter un toast à la Légion d’Honneur. » On remplit les verres de vin de Champagne, et Napoléon, le premier, but à la prospérité du nouvel Ordre.

Tous ceux qui avaient reçu des armes d’honneur firent, en conséquence des décrets, partie de l’Ordre, à compter du 24 septembre 1805. 11 y eut une nouvelle promotion le 18 décembre 1805, et une autre le 14 juin 1804. C’était la distribution de ces croix à l’armée des Côtes de l’Océan qui motiva l’imposante cérémonie du 15 août.

Près de Boulogne, à l’extrémité du camp de droite, les falaises se courbent en pente douce et forment un cirque demi-circulaire. La baraque de l’Empereur, en bois comme les autres, était non loin de là. Au centre de cet emplacement était un tertre dans le goût antique, semblable à ceux qu’on élevait dans les camps romains aux Césars. Sur ce tertre, entouré des drapeaux pris à l’ennemi, un trône, celui de Dagobert.

A neuf heures, la générale se fit entendre dans tous les camps, et les troupes, s’avançant majestueusement en colonnes, vinrent occuper, avec une admirable précision, l’espace qui leur était destiné. Vingt colonnes d’infanterie de 60 hommes de front, sur une hauteur indéterminée, devaient figurer les spectateurs d’un théâtre antique; les intervalles des colonnes représentaient les vomitoires ou issues, et la cavalerie, qui couronnait le tout, les loges. 100000 hommes devaient à la fois former ce spectacle extraordinaire et en jouir.

A midi, l’Empereur sortit de sa baraque. Une salve générale des batteries de la côte annonça son arrivée au lieu de la cérémonie. Lorsqu’il parut, 2 000 tambours battirent aux champs, et ne purent couvrir les acclamations enthousiastes de la masse des soldats et des citoyens.

Napoléon vint s’asseoir sur le trône. Au-dessus de sa tète, une couronne de lauriers en or laissait Botter les queues pourprées des guidons des beys d’Égypte. Aux côtés du souverain prirent place ses deux frères, les princes Joseph et Louis, son beau-frère Murat, les maréchaux de l’Em-

il i s i ci i; k n i \ hkgiment.

pire, les grands officiers de lu Couronne. Derrière, un capitaine de chaque corps de l’armée lenail un drapeau déployé. Pour le 02e, c’était mon capitaine, M. Fournier, fait officier de la Légion d’IIonneur le 14 juin, à trente-deux ans : lions en étions tous fiers, dans la compagnie. Les aides de camp de Napoléon, disposés sur les seize marches du trône, étaient là pour recevoir et transmettre les ordres. Plus bas, on remarquait les légionnaires déjà décorés à Paris.

Les décorations à distribuer avaient été placées dans le casque de Du Guesclin et dans le bouclier de Bayard, portés par des adjudantsgénéraux1.

Napoléon se leva et prononça la formule du serment. Tous les membres de la Légion s’écrièrent : « Nous le jurons! » et par un mouvement spontané, toute l’armée répéta ce serment de fidélité et de dévouement. Les cris de : « Vive l’empereur Napoléon! » retentirent dans tous les rangs; les soldats élevèrent leurs armes en l’air.

Les grands officiers, les commandants, les officiers et les simples légionnaires s’approchèrent successivement du trône, et reçurent individuellement, des mains de l’Empereur, la décoration de la Légion.

Que d’heureux au Régiment! Le colonel Darricau, le commandant Sudrié et le capitaine Fournier étaient faits officiers; le major, le chirurgien-major, les commandants Curnier et Bouge, chevaliers.

6 capitaines, 1 lieutenant, 3 sous-lieutenants, 1 sergent-major, le tambour-major, 8 sergents, 1 tambour-maître, 9 caporaux, 1 sapeur, 4 grenadiers, 2 tambours, 4 fusiliers reçurent la croix de chevaliers. Cinquante décorations pour le 52e! Et nous apprîmes aussi avec orgueil que le général Rampon avait été fait grand officier, le général Darmagnac et le général Duranteau commandants. Leur souvenir était encore bien vivant dans le Régiment.

Camp de Montreuil, 25 août 1805.

Chaque jour nous attendions l’ordre d’embarquement. J’ai hâte de me trouver face à face avec un Anglais. Leurs bâtiments sont continuellement à notre vue, et nos canonnières leur tirent de temps à autre et de fort loin quelques coups de canon.

Nos manœuvres sont fréquentes : chaque colonel instruit son régiment comme il le veut, et le nôtre s’y entend pour nous endurcir aux

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