I . Colonels d’état-major
LA 52» DEM1-B1UGADE.
fatigues. On peut lui attribuer tout l'honneur des succès (pie nous avons obtenus dans les campagnes suivantes.
Drapeau de décembre 180 t.
Il y a eu une nouvelle promotion dans la Légion d Honneur le 5 novembre 1804. Le Régiment a eu trente et une croix de chevaliers. Le sergent
Besson est du nombre. Ce qui porte à cinquante le nombre des hommes
de troupe légionnaires’. (Ju’il est beau de voir dans nos rangs des soldats décorés de l’aigle que ne portent pas tous nos officiers! 11 me sera difficile de me faire remarquerai! milieu de celte foule de braves.
Le colonel Darricau est parti, vers le milieu de novembre, afin d’assister aux fêtes du couronnement de l'Empereur par le pape Pie VII. Une députation de seize hommes raccompagnait pour recevoir nos nouveaux drapeaux. La distribution solennelle en eut lieu au Champ de Mars le f) décembre, troisième jour des fêles. Le sergent-major porte-aigle de mon bataillon m’a dit que la cérémonie avait été très imposante. Les représentants de tous les corps vinrent recevoir les aigles au pied d’un trône magnifique, élevé devant l’École militaire. « Vous jurez de sacrifier votre vie pour le défendre, s’écria Napoléon, et de le maintenir constamment par votre courage sur le chemin de la victoire! Vous le jurez! — Nous le jurons! » répondirent aussitôt les colonels, les délégués des régiments en élevant ces aigles dans les airs, et en mêlant leurs acclamations à la voix du canon et au bruit des fanfares.
Ces drapeaux ont au centre un losange blanc; un triangle bleu et un triangle rouge à la hampe, les couleurs des triangles flottants étant disposées en sens inverse. Sur la face est l’inscription : I’Empereur des Français au 52‘‘ régiment d’infanterie, et au revers la légende : Valeur et discipline, avec le numéro du bataillon. Le numéro du régiment est placé aux angles.
Chacun se promet bien de rendre son drapeau illustre. Des liens de fraternité ainsi qu’une noble émulation existent entre les divers régiments. Les uns veulent justifier leur renommée; les autres la veulent acquérir à leur tour.
Le moment est proche, car le bruit court qu’une troisième coalition s’est formée entre l’Autriche, la Russie et l’Angleterre qui paye les soldats des deux autres.
Camp de Montreuil, 12 seplembre 1805.
Je suis nommé sergent. Le capitaine Fournier m’a dit que je le devais à mon zèle et à l’affection que me portaient les officiers du bataillon. On me savait le protégé du colonel, et tous s’accordaient à reconnaître que j’avais su garder ma place et le ton qui convenait à ma situation. Aussi, en conseil de régiment, tous les officiers m’avaient porté sur la liste
I. Jamais, sous Napoléon, la croix ne lui prodiguée. Des généraux étaient tués, chevaliers de la Légion d’Honneur.
loi
d’éligibilité pour le grade de sergent. Il y avait dans le bataillon une vacance à la compagnie du capitaine Gimié : il m’avait inscrit sur la liste de trois candidats qu’il devait établir, et le colonel m’avait nommé. En route, pour la gloire! direction : la Croix1.
Campagne de 1805,
Vienne, 21 novembre 1805.
« Il est temps que cette brave division se repose », avait dit Napoléon, en envoyant au général Dupont l’ordre de venir tenir garnison à Vienne.
Je crois rêver quand je pense que le 1er septembre nous étions encore au camp de Montreuil et que, le 20 octobre, 60 000 Autrichiens se trouvaient en notre pouvoir avec 18 généraux, 200 bouches à feu, 5 000 chevaux et 80 drapeaux. Un mois après, nous voilà dans la capitale de l’Autriche, après avoir passé sur le corps d’une division russe. Mâtin, quels soldats! Ces b... -là, quand on les a tués, il faut encore les jeter par terre.
Je puis enfin mettre en ordre les notes enfouies dans mon secrétaire de campagne; c’est la coiffe de mon chapeau qui renferme un petit cahier où j’ai noté chaque jour les faits remarquables.
Notre première étape m’a laissé quelques souvenirs. Nous partîmes du camp à l’effectif de 61 officiers et 1 620 sous-officiers et soldats répartis en deux bataillons. Le 5e bataillon, toujours à Paris, avait fourni un détachement de 100 hommes. Hesdin fut notre premier gîte, après une marche de 44 kilomètres. C’était un joli début pour nos conscrits, assez nombreux; ils se comportèrent fort bien. Us ployaient quelque peu sous le poids du
1. D’après la loi du le‘ thermidor au 11, les vacances sont comblées : un tiers au choix, un tiers à l’ancienneté et. le dernier tiers au choix du Corps législatif. En réalité, à cause de la longue suite de guerres et de la consommation énorme d’hommes, le choix fut le seul mode d’avancement sous le Consulat et l’Empire. En 1814, on dut nommer sous-lieutenants de simples caporaux, tant les cadres étaient dégarnis.
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fusil, du sac cl de la giberne. Ajoutez à cela '>0 cartouches, le pain, la viande, une marmite ou bien une hache. Nous marchions par pelotons, par le liane sur trois rangs, nos officiers constamment avec nous, à pied. Le capitaine Giniié était à côté de moi, en tète de la compagnie? il réglait la marche. Il m’expliqua « que Je guide de tète doit avoir un pas court et réglé, car si la droite va au pas ordinaire, la gauche galopera. Les officiers sont placés au-dessous du vent, afin de ne pas incommoder les soldats par la poussière. S’il y a de la boue et des flaques d’eau, on ne balancera jamais à y faire passer le soldat : autrement on allonge la queue de la colonne et on fatigue tout le inonde. Les petites causes, ajouta-t-il, produisent souvent de grands effets. Des régiments ont été battus parce que les soldats n’avaient point de sous-pieds à leurs guêtres. Veillez toujours à ce que vos hommes soient bien chaussés, qu’ils aient dans le sac des sous-pieds de rechange, une alêne et du gros fil. J’ai vu des capitaines qui, prenant ces précautions, conservaient leurs compagnies plus fortes relativement d’un quart. Ne buvez jamais en route. La soif appelle la soif. Obligez vos soldats à porter à la bouche un brin de paille; les lèvres se trouvant serrées, la poussière ne peut pénétrer : on n’a point soif, on ne boit pas. »
Combien, dans la suite, j’ai apprécié ces sages conseils dictés par l’expérience !
Quand nous avions marché une heure, on s’arrêtait cinq minutes pour allumer les pipes; cela s’appelait la halte des pipes.
Nous fîmes une grande halte d’une heure et nous repartîmes gaiement. J’avais mis dans chacun de mes souliers un œuf entier avec sa coquille. Je tirais quelque peu la jambe. Mon sous-lieutenant, frais débarqué de Fontainebleau, vint me dire d’un ton dégagé, en jouant avec son épée : « Sergent, nous faisons là une belle promenade. — Oui. mon lieutenant, répondis-je en riant; mais moi qui ai mon sac et mon fusil à porter, je trouve que nous allons un peu loin! »
Et les étapes se suivirent ainsi gaiement et dans un ordre parfait. Nous traversions les pays dans lesquels le Régiment se recrutait. Les soldats, avant de combattre, voulaient jouir du plaisir de voir et d'embrasser leurs parents. Les chefs ne pouvaient accorder que des permissions tacites, en se confiant à l’honneur de chaque homme et en fixant le point où ils devaient rejoindre. Souvent le drapeau du bataillon n’était escorté que par 100 ou 150 hommes. Au jour fixé, tous avaient rejoint. La plupart, tant pour aller que pour revenir, avaient fait des marches forcées de vingt-cinq lieues. Que ne devait-on pas attendre de pareils
LA 32e DEMI-BRIGADE
soldats, qui allaient combattre des hommes que la crainte seule tient enchaînés à leurs drapeaux!
Le 2(3 septembre, nous atteignîmes le Rhin, (pie nous devions passer
« Rendons-leur feu pour feu. »
(D’nprès une lithographie de Raffet.)
au pont de Durlach. Repassage, commencé à 6 heures du matin, fut terminé à midi. Il s’effectua conformément à l’ordre suivant, qu’on nous avait lu : « La division sera rassemblée en colonne par régiments en ligne , à
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>• distance de demi-bataillon sur la rive gauche du Rhin, ru avant du .< glacis de Lauterbourg. Kilo se rrCoriuera, après le passage, dans le même « ordre de colonne par fronts de régiment, à la gauche d’Ingelsheim, <( d'où elle se remettra en colonne par section à double dislance ou par peloton, ■< pour se diriger sur Durlach. ha troupe sera en tenue de parade, culotte .< blanche, guêtres noires : les grenadiers auront le bonnet en tète avec .< le plumet ainsi qui1 l'infanterie légère. Toute l'infanterie, la cavalerie « et l’artillerie, porteront des branches de chêne sur leurs chapeaux en signe « îles victoires que l'armée obtiendra sur les ennemis. »
Ainsi s’effectua notre entrée en Allemagne.
Le "2b, à deux lieues de Neubourg, le régiment qui marchait au pas de route, l’arme à volonté, serra tout à coup les rangs; les tambours battirent aux champs, les soldats prirent le pas cadencé, les officiers saluèrent de leur épée ; nous passions près du tombeau du brave, La Tour d’Auvergne, premier grenadier de la République. Les régiments de toutes les nations lui rendaient toujours semblables honneurs.
Le 50, à la suite d’une journée de marche très pénible, plusieurs soldats, fatigués par les marches précédentes, restèrent en arrière. Le colonel assembla les sergents-majors et leur parla vivement sur le devoir de supporter la fatigue, le manque de nourriture et tous les genres de souffrances. « II ne suffit pas d’être braves, ajouta-t-il ; nous le sommes tous. »
Le Régiment marchait jour et nuit ; ce qui me fatiguait le plus, c’était la marche dans l’obscurité; le plus grand besoin de l’homme, c’est le sommeil. J’ai vu dormir en marchant, ce que je n’aurais pas cru possible. Un faux pas faisait rouler les dormeurs dans un fossé, les uns sur les autres, comme des capucins de cartes. En Bavière, il y a beaucoup d’abeilles; on récolte par conséquent beaucoup de cire; les soldats en trouvaient de grandes quantités chez les paysans. Dans les marches de nuit, par lin temps calme, chacun allumait deux, trois, quatre bougies. Rien n’était joli comme l’aspect d’une division ainsi éclairée, lorsqu’elle gravissait une côte par un chemin sinueux. Le lustig de la compagnie chantait la romance sentimentale, et tout le monde faisait chorus. Plus loin, un autre racontait l’interminable histoire de la Rainée qui, après avoir eu son congé, revint du pays, et fit 200 lieues pour réclamer une ration de pain à son sergent-major.
Le mauvais temps rendit nos souffrances plus cruelles encore. Il tombait une pluie froide ou plutôt de la neige à demi fondue, dans laquelle nous enfoncions jusqu’à mi-jambes, et le vent empêchait d’allumer du feu.
Un jour, ii ii soldat murmura. Noire capitaine lui dit : « De quoi le plains-tu? Tu es fatigué ; je le suis aussi. Tu n’as pas mangé; ni moi non plus. Tu as les jambes dans la neige; regarde-moi. »
Avec un pareil langage, il n’esl rien qu’on ne puisse exiger des soldats, rien qu’on ne soit en droit d’attendre d’eux. Tous ces détails sont inconnus de ceux qui lisent l’histoire de nos campagnes. On ne voit qu’une armée valeureuse, des soldats dévoués rivalisant de gloire avec
Le maréchal Ne y force le pont d’Elchingen et enlève la position de l’Abbaye (D’après un des bas-reliefs de la colonne de la place Vendôme.)
leurs ofticiers. On ignore au prix de quelles souffrances s’achètent souvent les plus éclatants succès.
Dans la guerre d’invasion que nous faisons, nous n’avons ni magasins, ni convois de vivres. Chacun vit sur le pays. Mais nous sommes si nombreux qu’il est bientôt épuisé. Et puis, nous arrivons toujours trop tard pour pouvoir nous procurer régulièrement les subsistances. Dans l’obscurité, on... prend.
Mais l’Empereur fut l’àmc et le courage de l’armée. Le temps est-il épouvantable? sommes-nous harassés par la marche? affaiblis par le besoin? L’Empereur parait. Le ciel devient serein, la fatigue se dissipe, le besoin ne se fait plus sentir. Et quel soldat se plaindrait, quand il voit son Empereur marchant, se nourrissant, se couchant comme la troupe! On lui
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amène des voilures, il veut rosier à cheval dans nos rangs ; on lui prépare des palais, il dorl an milieu de nous dans une grange. Où veut-il qu’on aille? Avec lui, nous irons partout! Et, en vérité, c’est sans risque. Il a poussé les calculs au point (pie, les trois quarts du lemps, il n’a pas besoin de noire courage. Il se sert plus de nos jambes que de nos bras, et a moins l’air de faire la guerre (pie de jouer une partie d’échecs sur le terrain. J’en aurais presque de l'humeur, si j’éprouvais moins d’admiration.
Ee 1" octobre, nous arrivâmes à Sluttgard et y finies séjour jusqu’au Le 3, le maréchal Ney nous a passé une grande revue et nous avons défilé devant le prince Murat.
Le S, nous approchions des Autrichiens. Dans notre marche de Bissingen sur Albeck, la fatigue laissa des hommes en arrière. Ils tombèrent sur un poste ennemi. Le plus ancien soldat rassembla ses camarades; ils se défendirent avec vigueur, cl, ragaillardis par le combat, ils rejoignirent le Régiment dans le meilleur ordre.
Le 0, nous prenions position à Albeck, sur la rive gauche du Danube. Tous les corps d’armée se trouvaient sur la rive droite, déployant une rapide offensive dans toutes les directions. La division Dupont seule se trouvait en face d’Ulm, à trois lieues de distance; on nous disait qu’un grand corps autrichien, campé en avant des murs, couvrait la place.
Le maréchal Ney l’ignorait sans doute, car la marche de Napoléon sur la Bavière lui faisait croire que toute l’armée autrichienne était en pleine retraite. 11 nous donna l’ordre de marcher sur Ulm et d’en préparer l’attaque.
Le 1 1 octobre, nous étions en présence de l’archiduc Ferdinand et de ses 60 000 hommes. La division en comptait 5 100. Ce fut le combat de Ilaslach.
Le colonel Darricau, avec notre bataillon, tient la position de Ilaslach et résiste, avec autant de fermeté que de talent, à tous les efforts de l’ennemi pour enfoncer notre gauche. Il immobilise ainsi l’aile droite autrichienne. Pendant ce temps, le 1er bataillon1 était à la droite du bois qui se trouvait à la droite française, avec mission de parer à un mouvement tournant. Il y réussit à merveille, grâce à un feu bien dirigé et de judicieux mouvements. Il empêcha ainsi les généraux autrichiens de constater notre infériorité.
Une colonne de prisonniers d’environ 5000 hommes était dans Ilaslach, que le colonel Darricau gardait avec son bataillon et le 1er hussards. Se voyant entouré de tous côtés par les bataillons et escadrons ennemis, notre
I Commandant Bouge.
vaillant colonel fait mettre cette colonne de prisonniers à la queue de son régiment, et place derrière elle une compagnie de grenadiers. Par une vigoureuse offensive, il marche dans cet ordre à l’ennemi, vaillamment secondé par le 1er hussards, qui met en déroute un des escadrons autrichiens. L’infanterie ennemie, intimidée, soit par l’intrépidité delà nôtre, soit par l’étendue de notre ligne qu’elle croyait toute composée de Français, ne fait aucun mouvement pour venir au secours de sa cavalerie. Nous conservons ainsi notre position et nos 3 000 prisonniers. Nous restâmes sur le champ de bataille jusqu’à dix heures du soir. Le général Dupont avait
Mack à bout. — Caricature de l’époque.
voulu bien constater notre victoire. Puis nous reprimes notre position d’Albeck. Le courage extraordinaire déployé en cette journée était le résultat de la confiance de tous dans les talents de Dupont. Par sa hardiesse il avait sauvé le plan de Napoléon, fait croire à l’archiduc Ferdinand que nous étions l’avant-garde de l’armée, et rendu possible la capitulation d’Ulm. L’Empereur avait compris qu’il faisait poursuivre, sur la rive droite du Danube, des corps isolés, et que notre division avait voulu avaler, toute seule, le gros morceau.
Cette journée du il put compter parmi nos plus glorieuses, mais aussi nos plus pénibles. A dix heures du soir, il fallut se remettre en route, accablés de fatigue et mourant de faim. Un de nos prisonniers tira de son