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sac u n |>;iin de munition et se mit à manger, lu soldat de ma compagnie, ne se croyant pas vu, lui prit son pain de force. J’allais m’interposer quand j’entendis son voisin, un vieux d’Égypte, lui faire de vifs reproches, le premier lui répondit avec impatience : « Ce qui arrivera de là, c’est que je ne t’en donnerai pas. — Je ne l’en demande pas , je ne mamie pas de ce pa in-là I »
Le 15, l’archiduc sort d’Ulm et vient nousattaquer, avec 20 000 hommes, dans notre position d’Albeck. Nous étions exposés de front au feu des batteries autrichiennes et coupés de notre convoi depuis la veille : la pluie, la neige, la grêle ne cessaient pas de tomber en abondance; il y avait tant d’eau dans nos fusils qu’aucun ne pouvait faire feu. Le soldat enrageait : il ne demande pas mieux d’être tué, à condition qu’il puisse tuer, lui aussi. Le colonel Darricau nous fait changer de place, pour nous occuper, ai-je supposé. Pendant notre mouvement, la cavalerie charge timidement: fort heureusement pour nous, car notre carré, pris à la hâte, était enfoncé.
Le prince Murat arrive à point, avec la cavalerie de la Garde et deux divisions d’infanterie. Je le vois encore arrivant au galop vers le général Dupont, qui se trouvait derrière notre ligne. 11 le félicite de notre résistance, et écrit un billet au crayon sur le revers de son chapeau. Les balles ennemies plcuvaient sur le groupe qui l’entourait. Il acheva son billet, en souriant à leur musique avec une grâce parfaite; puis il dit à Dupont : « Vous avez trop bien commencé pour ne pas finir. Je vous confie le commandement en chef. »
Le 10 au matin, le prince Murat achève la victoire de la veille. 11 lance ses escadrons et fait de nombreux prisonniers. Nous soutenions la poursuite. Nous étions formés en colonne par bataillon pour marcher plus rapidement ; le terrain, très coupé, était difficile, jonché de casques, de fusils et de caissons.
En vérité, la langue vulgaire est insuffisante pour chanter notre Empereur. La langue des Dieux seule y conviendrait. Je ne suis pas sorti de rhétorique depuis si longtemps que j’aie tout à fait oublié le métier des vers. A Boulogne, j’en faisais et j’en avais le temps — Sous peu de mois, je ne serais pas étonné que la paix universelle fût annoncée à Paris avec le canon de la Tour de Londres prisonnier de guerre. Car je compte faire bientôt le voyage d’Angleterre. Nous avons des comptes à régler avec Messieurs de la Tamise. Les dépenses qu’ils occasionnent à notre gouvernement, depuis trois ans, nous donnent droit à quelque indemnité.
Dans la journée du 16, Murat continuait la chasse aux habits blancs et nous étions au repos à Herebrechlingen, lorsque Napoléon arriva à l’impro-
viste. Sous ses habits, qu’il n’avait pas quittés depuis neuf jours, il était radieux de gloire; il l’était aussi de satisfaction. C’était pour nous féliciter qu’il venait à noos, pour qui sa présence était déjà une récompense. C’est par lui que nous étions vainqueurs, et il nous remerciait d’avoir vaincu!
Avec quel discernement il a distribué les éloges à tous les corps de la division! « En quinze jours, a-t-il dit, vous avez fait plus qu’on n’obtient souvent dans une campagne. En conséquence, le mois de vendémiaire an XIV vous comptera pour une campagne entière et sera porté comme tel dans vos états de services. »
Puis, il a promis des récompenses aux braves qui s’étaient distingués
Marche précipitée de l’armée russe volant au secours des Prussiens. (Caricature de l’époque.)
entre les braves. Je me réjouissais de ce que la croix de commandeur venait d’être donnée au colonel Darricau, lorsque je me suis entendu nommer moi-même parmi ceux auxquels la croix de chevalier était accordée sur la désignation du colonel. 11 y en avait dix pour le 52e. C’est que Napoléon n’oubliait pas les humbles dans la répartition de ses grâces.
Moi, de la Légion d’Honneur, à vingt ans! moi, porter la même décoration que le plus grand homme du siècle!
L’Empereur, en quittant le général Dupont, lui annonça qu’il attachait sa division à la cavalerie du prince Murat, chargé de la poursuite des débris de l’armée autrichienne. Et nos courses recommencèrent. La bobine qui tourne en déroulant son fil ne demande point au mécanicien la raison des mouvements qu’elle subit; elle tourne, voilà tout! Nous faisions comme la bobine. D’ailleurs, lorsqu’on s’arrêtait, les soldats, tout étonnés, s’en
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demandaient réciproquement le motif : « C’est drôle, disaient-ils, la pendule ne va plus. »
Le 18, un poste de quinze hommes du 32", commandé par In caporal Walellier, en prenant la traverse pour rejoindre le Régiment, a fait mettre lias les armes à trois cents hommes et pris un drapeau qu’il a remis au général Dupont.
Tous les jours suivants la poursuite continue. .Notre infanterie s’est distinguée par la rapidité de sa marche. Le prince Murat, dans son compte rendu à l’Empereur, a dit qu’elle avait tué les chevaux de sa cavalerie.
Le 21, après une marche ou plutôt une course de 48 kilomètres, la distribution comprend : un morceau de pain et un verre de vin. Cela suffit ; le soldat repart pour Nuremberg en chantant.
Le 27, le prince Murat a un autre commandement et nous recevons des ordres directs du Major-Général'. Chaque jour, ce sont des marches de 40 kilomètres au moins par des chemins affreux, sous la pluie et la neige.
Le 5 novembre, nous arrivons à Passau.
Le G, marche de 15 lieues et arrivée au gite à la nuit close. Nous cantonnons, mais de manière à pouvoir nous rassembler, à la générale, prêts à partir ou à combattre, en six minutes. Ün accordait dix minutes aux équipages.
Le 7, notre division passe sous les ordres du maréchal Mortier. Elle reçoit l’ordre de rejoindre la division Gazan. Malgré nos marches forcées, nous ne pouvons la joindre.
Le 9, un Russe égaré tombe au milieu de la colonne du Régiment. Cette rencontre fait le plus grand plaisir aux soldats, qui sont tout étonnés de voir qu’un Russe ait la tournure d’un jeune conscrit; ils se le passent de main en main jusqu’à la queue de la colonne. Nous devions faire bientôt plus ample connaissance avec ces rudes soldats, adversaires dignes de nous.
Un corps de 50 000 hommes cherchait à prendre et à tourner la division Gazan. G 000 Russes sont envoyés pour la couper de la division Dupont, qui suivait une direction à une journée de marche du maréchal Mortier. Le choc eut lieu à Diernstein, le 11. Nous avons sauvé la division Gazan.
11 était quatre heures du soir. Nos grand’gardes furent attaquées. Le 52e s’avança pour soutenir le brave 9e, qui avait épuisé toutes ses cartouches, et comptait déjà beaucoup de blessés. Le 52e bat la charge et marche en avant à toute course. Les Russes s’avancent avec une pareille audace. Il