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Berthier

LA 32e DEMI-BRIGADE.

était nuit; on se mêle. Les soldats luttent corps à corps. On reste dans cette position extraordinaire pendant près d’une heure.

Chaque parti croyait que l’autre voulait se rendre. Le Puisse posait son arme à terre pour indiquer au Français ce qu’il avait à faire. Le Français, le croyant prisonnier, voulait le faire filer sur les derrières. Le Russe ramas-

Le maréchal Berlhicr. — Tableau de Gros, photographie de Braun. (Extrait de Napoléon I ", Firmin 1) i dot et Cie, éditeurs.)

sait aussitôt son arme et cherchait à en frapper son adversaire. Les officiers, chacun de leur côté, s’efforçaient de faire cesser cette mêlée, qui n’occasionnait qu’un massacre inutile.

Mais l’acharnement, la confusion, l’obscurité, les cris empêchaient qu’on pût s’entendre. Il fallut arracher nos soldats du milieu des rangs, homme par homme, et les rassembler. Enfin, le colonel Darricau peut

reformer le Régiment. A ce moment éclate l’incendie du village del.oibcn. Ce sont les Russes qui ont mis le feu pour éclairer le combat. Un roulement se fait entendre ; c’est le signal convenu. La fusillade crépite à deux pas, si violente, si meurtrière, que les Russes n’ont pas le temps de riposter. Tout ce qui n’est pas lué ou pris se jette dans le Danube ou fuit dans la montagne. Aussitôt règne le plus grand silence. Nos grenadiers se portent en avant sur la route, au pas de charge, et établissent la communication avec la division Gazan.

Et alors, sur ce champ de bataille jonché de cadavres, les soldats des deux divisions se jettent dans les bras les uns des autres: « Vous nous avez sauvés, disent les soldats de la division Gazan. » Nous recueillons dans cet embrassement le plus doux fruit de notre victoire. Quel spectacle intéressant et sublime!

C’est égal, le Russe est redoutable à Tanne blanche !

Nous bivouaquons sur le champ de bataille, parmi les morts, abrités sous de petits brise-vent en branchages, et couchés autour d’un grand feu. On se grille d’un côté tandis qu’on gèle de l’autre : on a bien la ressource de se retourner comme saint Laurent, mais ce n’est pas du tout commode. C’est surtout le moment du réveil qui n’est pas amusant : on a dormi parce qu’on était fatigué; mais, en se levant, les membres sont engourdis; les moustaches, semblables à des touffes de luzerne, portent à chaque poil des gouttes de rosée. Voilà pourquoi les héros ont la goutte et des rhumatismes.

Je ne dormis pas cette nuit-là : assis auprès du feu, je fumais ma pipe à côté du soldat chargé de faire la soupe. En regardant la marmite bouillir à grosses ondes, je remarquais, de temps en temps, quelque chose de noir qui passait au-dessus et disparaissait aussitôt dans les profondeurs de l’énorme pot-au-feu. D’un coup de baïonnette je pique le point noir au passage. C’était une souris, deux souris, trois souris, quatre souris. Je réveille le cuisinier.

« Eh bien ! camarade, il paraît qu’aujourd'hui ta soupe est singulièrement assaisonnée! — Comme tous les jours, sergent : pommes de terre et choux, je ne sors pas de là. — Et le tout, cuit dans une décoction de souris. Tiens, regarde les beaux légumes que j’ai pêchés dans ta marmite. Où diable as-tu pris ton eau? — Dans une cuve au village voisin, et à tâtons! — 11 faut jeter ta soupe et tâcher d’en faire une autre. — Impossible, je n aurais pas le temps. Tous ces gaillards qui ronflent vont se réveiller : ils auront 1 appétit ouvert avant les yeux; et, si par malheur la soupe n’était pas prête, ils me donneraient encore mon décompte du trimestre, en

Allemagne, 1805. — D’après une lithographie de Raffet (Bibliothèque nationale.)

m’appliquant cinquante coups de savate où vous savez. La soupe sera bonne tout de même, allez, n’en dites rien. »

La soupe fut mangée, et déclarée excellente.

Le 14, nous étions à Krems. On nous lut l’ordre du jour suivant: « I/Empcrcur témoigne sa satisfaction au 9“ et au 52' de ligne, pour l’intrépidité qu’ils ont montrée au combat de Diernstein. Sa Majesté, dans la tournée qu’elle a faite le matin aux avant-postes, a remarqué beaucoup de négligence dans le service, et s’est aperçue qu’il ne se faisait pas avec cette exactitude rigoureuse qu’exigent les ordonnances et les règlements militaires. Avant la pointe du jour, les généraux et les colonels doivent se trouver à leurs avant-postes, et la ligne doit se tenir sous les armes jusqu’à la rentrée des reconnaissances. On doit toujours supposer que l’ennemi a manœuvré pendant la nuit pour attaquer à la pointe du jour. L’Empereur rappelle donc aux soldats que cette trop grande confiance, en donnant lieu à des surprises, leur a été souvent funeste. Plus on obtient de succès, moins on doit se livrer à une dangereuse sécurité. »

Le 19, nous entrions dans Vienne. La milice bourgeoise était sous les armes, les habitants bordaient les rues et semblaient avides de contempler ces soldats français qui, depuis douze ans, triomphaient de l’Europe coalisée. On eût dit un corps de troupes auxiliaires entrant dans une ville alliée.

La situation des présents portait à cette date : 55 officiers, 996 hommes de troupe1.

Campagne de Prusse.

Mayence, 27 septembre 1806.

Nous quittâmes Vienne le 29 décembre 1805. Après dix-sept jours de marche, pendant lesquels nous finies quatre séjours, à Saint-Pœlten, Lin tz.

1 Comparer avec l’effectif au départ du camp de Montreuil.

Braunau, Landshut, nous arrivâmes à Munich, où nous devions attendre de nouveaux ordres. Notre division faisait toujours partie du 6e corps1.

Le 25 février, la division Dupont passa sous le commandement du maréchal Augereau; ce fut à Francfort. Le 12 mars, nous séjournions à Wesel, e( le 2 avril à Dusseldorf. Le 26 juillet, nous entrions dans Liège.

Le 22 août, la division Dupont est détachée à la Grande Armée. Le quartier général est à Cologne. Nous venons d’arriver à Mayence. Je suis

Louise-Augustine-VVilhelmine-Amélie de Mecklembourg-Strélitz, reine de Prusse.

(D’après un dessin de Swebach.)

(Extrait de Napoléon /", Firmin Didot et Cie, éditeurs.)

enchanté de ce petit tour d’Europe, du midi au nord, et de l’est à l’ouest. Je connais la capitale de l’Allemagne méridionale, c’est le tour de la capitale du nord, Berlin. Il paraît que, cette année, les Anglais ont choisi la Prusse comme notre victime. La Reine, qui est fort belle, passe les revues à cheval et enflamme tous les cœurs. Ah! si les femmes s’en mêlent! Heureusement, nous dit-on, les Allemandes sont fort aimables pour les Français. Si c’est comme à Vienne.... la victoire est à nous.

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