‹ Histoire d'un regimentChapitre 60 sur 135 · I. Ordonnance · texte numérisé non relu

I. Ordonnance

Ils furent tons faits prisonniers. Leurs chevaux étaient de fort belles bêtes qui les avaient emballés, pas dans notre direction heureusement. Le général Sébastiani nous a dit le lendemain que le Ô2" avait essuyé seul la charge du centre de l’armée anglaise, et que nous avions soutenu notre belle et ancienne réputation. Le colonel Aymard avait été blessé; 12 officiers étaient hors de combat; ajoutons 40 tués et 200 blessés, et nous aurons le bilan de la journée. Le capitaine Perrossier, le plus ancien et un des plus braves officiers du Régiment1, avait reçu un coup de feu qui lui avait traversé la langue et enlevé six dents; les camarades m’ont dit que ce serait là une blessure qui me gênerait fort; serais-je bavard?

Le 9 août, nous opérions aux environs de Tolède qu’une année espagnole menaçait. Le choc eut lieu au village d’Almonacid. Au début de l’action, un obus tomba à quelques pas du détachement que je dirigeais pour le passage du Tage. Je commandai : « Couchez-vous! » et restai debout. L’obus éclata; personne ne fut atteint, et je m’aperçus que ma pci i te prouesse avait fait assez bon effet.

Je m’en récompensai en appelant Mme Fromageot. Monsieur avait été coupé en deux à Talavera. Mais sa veuve, Thérèse, nous restait. Terriblement laide, notre eantinière; mais peu de femmes, à ce que j’ai pu voir, ont eu la jambe aussi bien faite. Robe de velours (trouvée et vendue par un soldat moyennant quelques verres d’eau-de-vie), bottes à la hussarde et bonnet de police; tel était le costume de Mine Fromageot, à califourchon sur un cheval flanqué de deux énormes paniers. Elle avait de la bravoure comme un grenadier, et portait à boire aux soldats au milieu des balles et des boulets. Elle avait deux blessures. Ne croyez pas que l’espoir du gain lui fit affronter les dangers. C’était un sentiment plus noble. Sa tendresse pour l’armée française était extrême ; elle la portait toute dans son cœur. Je l'ai vue, à la fin de la bataille, donnant à boire à un vieux grenadier moribond auquel elle disait : « Nous avons la victoire, Fanfan ; bois, c’est Catin qui régale. »

Almonacid fut, en effet, une victoire qui sauva Madrid, et Madrid nous le dut bien un peu.

Le général Rey nous forma en colonnes d’attaque. Le commandant la Martinière, qui remplaçait le colonel blessé, l’avait été à son tour, et

1. Perrossier (Joseph), volontaire au 2° bataillon de la Drôme (le bataillon de Claude Nugues), fil toute sa carrière à la 52e demi-brigade et au 52e de ligne. 11 commandera le 5e bataillon pendant la campagne d’Allemagne (1815), et sera fait officier de la Légion d’Honneur le 10 novembre 1815, à trente-sept ans. A la suite d’une blessure reçue à Halle, il avait deux doigts amputés et un troisième ankylosé.

LA 32e DEMI-BRIGADE.

ce fut notre commandant, M. Beaussct, qui nous entraîna à l’assaut du château que défendaient 6 000 Espagnols. Nous gravîmes les pentes, l’arme au bras, sous un petit feu d’enfer et le regard implacable d’un soleil ardent. Souvarof eût été content, et Napoléon aussi. La sage baïonnette

En Espagne, 1800.

(Peint par Raffet, lithographie par Llanta.)

fit merveille. Je crois bien que j’ai piqué aussi. La lame de mon épée était rouge.

Nous fûmes nous reposer à Guadalajara. Le Régiment, réduit à 52 officiers et 1515 hommes, avait aux hôpitaux : 20 officiers et 1455 hommes de troupe.

Au 51 août, on nous versa les hommes du 4e bataillon, et tous les

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