FIN DES OPÉRATIONS DE L’ARMÉE DU MIDI DANS LA PÉNINSULE
(juillet 1812. I'r AOUT 1813.)
Dans le chapitre II, consacré à l'organisation, nous avons étudié les transformations diverses qu’a subies le Régiment. Nous poursuivrons le récit des opérations de l’armée d’Espagne, nous bornant à en résumer les phases, jusqu’à la bataille de Toulouse qui termine cette terrible guerre, stérile comme résultats, mais féconde, par sa variété, en enseignements de toutes sortes.
Le maréchal Soult occupait, avec l’armée du Midi, 200 lieues d’étendue; il maintenait dans l’ordre et le devoir le tiers de l’Espagne, avec 48 619 hommes, dont il faut déduire un dixième de non-valeurs. Les évêques lisaient en pleine chaire des pastorales qui réglaient la constitution des insurgés et recommandaient aux fidèles du diocèse de la reconnaître, de jurer de l’observer, et de maudire tous les Français.
Aucun courrier ne parvenait; les malades encombraient les hôpitaux.
Le 20 juillet 1812, le colonel Aymard, avec un bataillon du 52e et deux escadrons de dragons, attaque et enlève la ville de Cazorla, où se trouvaient les magasins et l’hôpital de l’ennemi. Cette opération fut l’objet d’un ordre du jour de l’armée.
Le 25, le lieutenant-colonel d’état-major Beauvais était dans Ossuna avec deux compagnies du 52e, petit détachement de 170 hommes à peine.
Vers deux heures du matin, Ballesteros, à la tète d’une colonne de 5 000 hommes, dont 500 de cavalerie, arrive, par une marche forcée de nuit, sous les murs de la ville, qui n’a pour enceinte que les clôtures des jardins de ses dernières maisons. Pour ne pas donner l’alarme, Ballesteros évite les faibles postes établis aux issues de la ville. Favorisés par les habitants, les Espagnols s’introduisent en silence au travers des jardins, et y attendent la petite pointe du jour pour se répandre à travers Ossuna et enlever les Français dans leurs logements.
Le colonel Beauvais avait le sien dans une maison dont les derrières donnaient sur la place d’armes, presque en face d’un couvent qui servait de caserne à sa troupe. Deux compagnies de grenadiers espagnols s’avancent vers le quartier du commandant français. La sentinelle, placée
1. D’après la correspondance d’Espagne du maréchal Soult, duc de Dalmatie.
à la porte, fait feu et donne l’éveil à la garde, qui, voyant le grand nombre de ses adversaires, se barricade dans l’intérieur. L’alarme se répand en ville, et les officiers, loges chez l’habitant, peuvent gagner la caserne, où les deux compagnies étaient déjà sous les armes. Par une des fenêtres élevées qui s’ouvraient sur la place d’armes, le colonel Beauvais crie ses ordres. Puis, il fait ouvrir la porte de sa maison et, à la tête des cinq hommes de garde chez lui, il se jette, sabre haut, sur les assaillants ébahis de tant d’audace. Il en tue deux de sa main, et rejoint le détachement avec une balle dans le bras et, un coup de baïonnette à la cuisse.
Un bâtiment, situé sur une éminence près des murs de la ville, avait été hâtivement retranché, pour servir de réduit à la petite garnison, en cas d’attaque sérieuse : ce poste était gardé par 50 hommes, et muni de vivres pour quinze jours. Le colonel Beauvais forme sa petite troupe en colonne serrée et, baïonnette en avant, il gagne le réduit, dans lequel s’étaient déjà ralliés les postes extérieurs. Jusqu’à six heures du soir il repousse toutes les attaques, recueille plusieurs détachements venant des environs d’Ossuna, et notamment une reconnaissance envoyée par lui la veille, mais dont Ballesteros avait su éviter la rencontre. Une forte colonne française, qui arrivait de la frontière de Grenade, détermina la retraite des Espagnols.
En septembre, l’armée française dut évacuer l’Andalousie et se retira dans la direction de Valence d’abord, puis sur le Tage (novembre), aux environs de Tolède.
La situation resta la même jusque vers le milieu de mai 1815.
Le 5 avril, le colonel Aymard partit pour la France avec un congé. Un décret du 12 du même mois le nommait général de brigade. Il marchait avec un convoi de prisonniers, dirigés sur Bayonne, et escortés par les différents cadres qui rentraient en France sous son commandement, lorsqu’il fut attaqué, près du pont d’Arminon, par le chef de bande Longa, embusqué sur la route avec une guérilla très nombreuse. La présence d’esprit et le courage du colonel Aymard sauvèrent le convoi; mais son frère, capitaine de grenadiers du 4e bataillon du 52e, s’étant trop témérairement exposé, tomba aux mains des insurgés. Le premier acte de commandement du colonel Aymard lui avait valu une citation au combat de Braunsberg (1807); son dernier atteste quel chef valeureux et remarquable perdait le 52e.
11 est remplacé par le major Conscience.
La France est envahie.