‹ Histoire d'un regimentChapitre 63 sur 135 · DÉCEMBRE 1 «SI O . BATAILLE DE TOULOUSE 10 AVRIL · texte numérisé non relu

DÉCEMBRE 1 «SI O . BATAILLE DE TOULOUSE 10 AVRIL

Une vigoureuse offensive de l’armée anglo-portugaise, qui tourne la ligne du Douro, oblige les armées du Midi, de Portugal, et du Centre, commandées par le roi Joseph,, à se retirer sur l’Èhre. La bataille de Viltoria (21 juin), dans laquelle le major Conscience fut tué, nous lit perdre l’Espagne, et l’armée battue rentra sur le territoire français presque désorganisée et sans point d’appui.

Le maréchal duc de Dalmatic, alors employé à l’armée d’Allemagne, fut investi du commandement de l’armée d’Espagne, avec un pouvoir illimité. Il arriva à Bayonne le 12 juillet, et réorganisa promptement les débris des armées du Midi, du Portugal, du Centre et du Nord. Il put opposer encore 70 000 combattants.

Les deux bataillons du 52e, commandés par le colonel Branger, major du 47e, promu par décret impérial du 2 juillet, ont l’effectif ci-dessous :

1er bataillon (Cl Dupart) 12 officiers 492 hommes. 2e bataillon (C‘ André) 4 » 481

Totaux 16 » 975 »

Aux hôpitaux

11 officiers 451 hommes. 11 » 478 »

Totaux. ... 22 » 929 »

Ils sont au camp de Sarre et font partie de la brigade Rey (4e division, général Conroux de Pépinville; aile gauche).

L’armée reconstituée, Soult lance le bel ordre suivant, que nous livrons à vos méditations et à vos commentaires :

« Si l’ennemi a la témérité de franchir les frontières de l’Empire, il sera donné ordre à toutes les gardes nationales, et à la totalité des hommes susceptibles de porter les armes, qui occupent les vallées depuis le col de Jacca jusqu’au col de Roncevaux, de se porter sur les crêtes des montagnes, de s’emparer des défilés, d’intercepter les communications, et d’arrêter partout l’ennemi, soit en attaquant ses détachements, ses

LA 52e DEMI -BRIGADE.

convois et équipages, soit en lui enlevant isolément du monde, soient multipliant les obstacles, barrant les routes, encombrant les défilés et faisant rouler du haut des montagnes des masses de rocher pour écraser tout ce qui serait engagé dans les vallées....

« Les habitants feront refluer dans l’intérieur leurs troupeaux, tous les moyens de subsistance et ce qu’ils ont de précieux.

« Un Français qui a le sentiment qu’il défend sa propriété, et qu’il protège sa famille, qui a de plus la pensée que son action sera connue de l’Empereur, et qui rapporte tout à l’intérêt national et à l’honneur de nos armes impériales, est capable des choses les plus surnaturelles. »

Puis, en exécution des ordres de l’Empereur, il prend l’offensive et tente de débloquer Pampelune. Il attaque, le 28 juillet, les formidables positions des alliés. Le général Conroux cite le 52° dans cette sanglante bataille où 2 généraux de division sur 3, 4 généraux de brigade sur 6, sont blessés. Plusieurs colonels et lieutenants-colonels avaient été tués. Le colonel Branger fut blessé. Le capitaine Frangin, qui avait quarantecinq ans et vingt-deux campagnes, y reçut sa sixième blessure. Les pertes en officiers de tous grades sont hors de proportion avec celles en soldats; en voici les causes :

Il existait, à l’armée anglaise, un bataillon du 60e régiment, composé de dix compagnies. Ce bataillon fournissait une compagnie à chaque division d’infanterie. Les hommes, armés de carabines, avaient été choisis parmi les meilleurs tireurs. Ils faisaient le service d’éclaireurs, et, au combat, il leur était expressément recommandé de tirer sur les officiers, et surtout sur les généraux. Le maréchal Soult avait remarqué que lorsqu’un officier se portait en avant pour observer ou diriger sa troupe, il était atteint. Au mois de septembre, il dit dans un de ses rapports : « J’ai vu des bataillons réduits à deux ou trois officiers, bien qu’ils n’eussent pas le sixième de leurs hommes hors de combat. »

Il se plaint, en outre, que les petites opérations de la guerre d’Espagne ont gâté les officiers de tous grades et désappris la grande guerre. On apporte peu de soin dans les formations; les colonnes s’engagent avec irréflexion ; on se disperse en tirailleurs, sans se ménager ni réserves, ni points d’appui : les cadres subalternes sont incomplets et peu instruits. On a dû faire venir des soldats de la Garde de Paris. Nous avons relevé les âges de quelques sous-officiers de cette provenance; ils ont de trente-cinq à cinquante et un ans. Un caporal est âgé de cinquantetrois ans. La gendarmerie à pied de l’armée a fourni au Régiment quelques bons sous-officiers.

Soi 1 1 1 conduit cependant les opérations avec une habileté (pic n’eût pas désavouée Napoléon; mais un temps horrible contrarie le dévouement et l’intrépidité de ses troupes. Les rivières débordées rompent les ponts, défoncent les routes et coupent les communications.

Les lignes de Sarre sont attaquées, vaillamment défendues, mais perdues (10 novembre).

La moitié de l’effectif emplit les hôpitaux : ceux de lr" et de 2e ligne sont insuffisants. Les conscrits de trois mois sont un embarras; dans leurs six premiers mois d’activité, ils payent le tribut de leur changement d’habitudes. Le 10 janvier 1814, sur 1 905 hommes à l’effectif du Régiment, il y a 826 hommes aux hôpitaux.

Malgré tout, la bataille d’Orthez (27 février) est honorable pour nos armes : les troupes ne cèdent qu’à la grande supériorité numérique, et exécutent une retraite par échelons très remarquable. Nulle part la ligne n’a été entamée, et la nuit seule met fin au combat. Le colonel Branger est blessé de nouveau.

Nos soldats reprennent les traditions de la Révolution; ils se battent pieds nus, à jeûn; un ordre du jour leur tient lieu de distribution : « Quant à nous, notre devoir est tracé : Honneur et fidélité, voilà notre devise. Combattre jusqu’au dernier les ennemis de notre auguste Empereur et de notre chère France. Respect aux personnes et aux propriétés. Plaindre l’infortune de ceux qui sont momentanément assujettis, et hâter l’instant de leur délivrance. Obéissance et discipline. Haine implacable aux traîtres et aux ennemis du nom français. Guerre à mort à ceux qui tenteraient de nous diviser pour nous détruire, ainsi qu’aux lâches qui déserteraient les aigles impériales pour se ranger sous une autre bannière. Ayons toujours dans notre pensée quinze siècles de gloire, et les triomphes innombrables qui ont illustré notre Patrie. Contemplons les efforts prodigieux de notre grand Empereur, et ses victoires signalées qui éterniseront le nom français. Soyons dignes de lui, et alors nous pourrons léguer sans tache à nos neveux l’héritage que nous tenons de nos pères. Soyons Français, et mourons tous les armes à la main, plutôt que de survivre à notre déshonneur. »

Mort enviable! Il en mourut beaucoup, le 10 avril, à la bataille de Toulouse: « Tant mieux, disait un jour un brave frappé à mort; je ne verrai pas la défaite des Français. »

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