CHAPITRE IV
Campagne de 1813 (3°, 4°, 6 bataillons).
1815! Tannée la plus tragique du siècle! Napoléon a mis le droit contre la France ; les peuples d’Europe, écrasés, foulés par l’abus de la force, se devaient de recourir à la force pour s'affranchir ; la patriotique insurrection de l’Allemagne était le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.
D’une armée de 610 058 hommes, qui était entrée en Russie, il restait 90 000 hommes déjà en ligne et 70 000 pouvant aller les renforcer sous deux mois, à condition, pourtant, que Prussiens et Autrichiens continueraient de combattre pour la France et que l’Allemagne pourrait être abandonnée à elle-même. Napoléon comptait sans la défection d’York et }a volte-face prochaine de la Prusse, de l’Autriche et de la Confédération du Rhin.
Mais déjà l’Empereur était à Paris et exigeait de la France une nouvelle armée. Depuis six ans, il appelait les conscrits à dix-neuf ans; en 1815, il les appelle à dix-huit. « Avec une présence d’esprit imperturbable, une fécondité d’imagination inépuisable, une activité sans relâche, il presse ses ministres, ses lieutenants, ses administrateurs et les populations de toute la force de son impatience et de son despotisme. Il crée, il organise tout pour la guerre....
« Quatre-vingt mille hommes sont levés sur les classes de 1807 à 181*2, déjà frappées de tant de recrutements, en suivant la liste primitive du tirage au sort, et en maintenant an riche la faculté de se faire remplacer. 150 000 conscrits de 1814 sont appelés : au commencement d’avril 1815, ils sont en marche sur les dépôts. Dans le principe, on avait eu l’intention de les y laisser, au moins pendant quelques mois : excessivement jeunes, ils avaient grand besoin, avant d’aller figurer sur des champs de bataille lointains, de se rompre aux habitudes, aux exercices du métier. Mais, en face des nécessités de la situation, on considéra ces jeunes gens imberbes comme disponibles pour la guerre, dès leur arrivée aux dépôts. Une fois
dans les camps, ccs jeunes gens lurent des soldats alertes et du plus intrépide courage'. >»
Les cadres nécessaires à l’organisation des nouveaux bataillons arrivaient chaque jour d’Espagne, où, comme nous l’avons dit, on avait réduit les cadres au strict nécessaire; et dès leur entrée en France, ils voyageaient en poste, c’est-à-dire sur des voilures de réquisition qui leur faisaient parcourir deux ou trois étapes par jour.
Cadres excellents, soldats d’un jour, destinés à apprendre le métier, à recevoir leur instruction en lace même de l’ennemi, tels étaient les éléments avec lesquels Napoléon allait combattre la Russie et la Prusse tout entière, son Hoi, ses nobles, ses prêtres, ses bourgeois, ses paysans.
J1 faut lire, dès ce moment, sa correspondance, celle du Major Général1 2, de l’Intendant en chef de l’armée, pour se faire une idée de l’activité de Napoléon; et rien mieux que cette lecture ne peut donner l’intelligence de la multiplicité infinie des objets que doit embrasser la pensée du général en chef.
Napoléon arrive à Mayence le 18 avril.
La plupart des régiments provisoires avaient des cadres fort incomplets. Pour combler ccs vides, les chefs des corps d’armée avaient adressé au ministre de la guerre des mémoires de proposition d’avancement : ils étaient restés enfouis dans les bureaux de Clarke3. Informé du fait, Napoléon, à peine descendu de voiture, demande de prompts rapports sur ce qui manque en officiers, en soldats, en habillement, en équipement, en matériel, et sur les nouvelles qui parvenaient de l’ennemi. Il signe toutes les promotions, tous les changements de régiment proposés; et comme, après cela, il manquait encore beaucoup d’officiers, comme il en arrivait journellement d’Espagne par les voitures publiques, il changeait leur destination ou la confirmait, suivant les besoins des régiments; souvent même il examinait d’un trait ces officiers, leurs états de service, à une parade, à une audience, et leur donnait de l’avancement. En quelques jours les vacances furent remplies, les cadres complétés.
Les régiments provisoires manquaient d’ustensiles de campement et n’auraient pu, par conséquent, faire la soupe au bivouac; Napoléon ordonna d’en acheter, d’en faire fabriquer sur-le-champ, partout où l’on pourrait, à Mayence, à Francfort, à Hanau, etc., Ils n’avaient pas de sapeurs; il
1. Histoire de la guerre de 1815 en Allemagne (lieutenant-colonel Charras).