Ministre de la guerre
LA 52i; DEMI-BRIGADE.
ordonna de leur en donner. À ces sapeurs il fallait des haches, de bonnes haches, comme il avait soin de l’écrire lui-même; il prescrivit encore de s’en procurer immédiatement par les mêmes moyens. Ils manquaient aussi de chevaux de bat, indispensables pour le transport de leur comptabilité et des médicaments, des appareils, des linges, nécessaires aux ofticiers de santé; il prescrivit d’en acheter, et de faire confectionner leur équipement.
Dans quelques bataillons, les soldats n’avaient qu’une veste; dans d’autres, qu’une capote; c’était insuffisant pour la saison, pour le climat. 11
Ils grognaient et le suivaient toujours. (D’après une lithographie de Raffet.)
fit acheter le drap d’habillement dans le pays et confectionner sur place, par les ouvriers civils, les vêtements nécessaires. Et pendant qu’on travaillait ainsi à le vêtir, le soldat continuait de marcher : ses vêtements rapidement transportés, le rejoignaient en route.
Beaucoup de bataillons n’avaient pas formé leurs compagnies d’élite : Napoléon les fit former. Aux grenadiers, aux voltigeurs ainsi improvisés, il fallait des sabres. Il leur en fit expédier des arsenaux de Mayence et de Strasbourg. Il leur fallait aussi des épaulettes; et l’argent manquait pour leur en procurer. Il avança l’argent et on trouva des épaulettes.
Il s’occupa aussi de la solde, que naguère, à l’étranger, il laissait volontiers arriérée; et il la fit aligner partout jusqu’au 1er mai. Il fallait, écrivait-il, éviter de fouler le pays. La précaution n’était pas dans ses liabi-
tuiles, et indiquait qu’il tenait quelque compte de l’exaspération de l’opinion publique en Allemagne.
Pour que les mouvements pussent être subi Is et prompts dans toutes les directions, il voulait que les soldats eussent toujours quatre jours «le pain sur le sac, et que leurs caissons d’équipages fussent constamment chargés de farine.
Malgré tout cela, son armée avait les défauts des troupes jeunes et de nouvelle formation : ses régiments, scs bataillons, composés d’éléments amalgamés à la hâte et inconnus les uns aux autres, manquaient de cohésion; ils n’étaient pas manœuvriers et ne pouvaient pas l’être encore; on 11e pouvait pas leur demander ces marches multipliées, rapides, précipitées, des campagnes de 1805 et 1800, sous peine de couvrir les routes de traînards et de remplir les hôpitaux de malades. Il fallait ménager ces adolescents dont la croissance n’était pas achevée, mais dont la bonne humeur et l’ardeur étaient admirables.
Entraînés dans le tourbillon des instructions, des exercices, des marches, les conscrits avaient séché leurs larmes, oublié le clocher du village, la famille éplorée, restée souvent sans ressources, sans pain; ils avaient pris le pas des anciens, se sentaient au cœur le courage inné dans la nation française, et marchaient gaiement à la rencontre des batailles.
be 0e bataillon du 52e, commandant Marioge, faisait partie du 19e de ligne provisoire (première brigade Chemineau ; 8e division, comte Souham ; 5e corps de la Grande Armée, maréchal prince de la Moskowa). Le 15 avril, l’état d’effectif donne : 16 officiers, 675 hommes disponibles et 108 aux hôpitaux. Le bataillon s’achemine, vers la mi-mars, par Aschaffenbourg sur Weimar, où il est le 25 avril. L'étape faite, quelque repos pris, on exerçait les soldats, on les faisait manœuvrer, tirer à la cible; 011 leur faisait répéter, à satiété, le ploiement et le déploiement de bataillon, le reploiement en colonne d’attaque, et surtout la formation rapide, sans hésitation, du carré : « Le ploiement en carré par bataillon, écrivait Napoléon à Marmont, est la manœuvre la plus importante... c’est le seul moyen de se mettre à l’abri des charges de cavalerie, et de sauver tout un régiment. »
Le 26, la division Souham force le passage de la Saale ; le 50, elle est à Weissenfels. Le 1er mai, elle franchit brillamment, au pas de charge, le défilé de Poserna dont le débouché était gardé par une division de cavalerie. La formation est curieuse à relater. Souham avait formé sa division en 4 carrés de 4 bataillons chacun, chaque carré à 500 toises*
l’un de l’autre et ayant 4 pièces de canon. Le 2, c’est la bataille de Lützen, et Napoléon put dire, le soir même de la bataille, aux généraux qui l’entouraient : « Depuis dix-sepl ans que je commande les armées françaises, je n’ai jamais vu plus de bravoure et de dévouement. » Des bataillons de conscrits, sans cavalerie et avec une artillerie à peine suffisante, venaient de triompher, en bataille rangée, d’une armée numériquement supérieure, composée en grande partie de vieux soldats que soutenaient une cavalerie et une artillerie formidables.
Nouvelles batailles, nouveaux succès à Bautzen et Wurschen, les 20 et 21 mai. Mais la victoire coûtait cher. Le 1er juin, le 6e bataillon comptait : 11 officiers et 251 hommes présents. Aux hôpitaux : 8 officiers et 455 hommes. Il est au camp de Parchwitz jusqu’à la mi-août. « On n’est pas plus brave que cette jeunesse, écrivait l’Empereur, mais, sans force, elle peuple les hôpitaux et meurt. »
Dans ces premières batailles de la campagne, Napoléon avait été frappé du grand nombre d’hommes entrant aux ambulances pour blessures à la main, et, prenant ces blessures pour des mutilations volontaires, il avait prescrit, à cet égard, les mesures les plus sévères. Mais, en assistant aux exercices de tir exécutés pendant l’armistice du 4 juin au 12 août, les maréchaux purent en constater la véritable cause, qui était la maladresse des hommes du 3 e rang. Le 1er rang devait mettre le genou à terre dans les feux sur 3 rangs, et, dans les feux de file, le 5° rang ne devait pas tirer, mais passer ses armes aux hommes du 2e : « La vérité, écrit Gouvion-Saint-Cyr, c’est qu’à la guerre les soldats tirent comme ils se trouvent, qu’ils soient sur 5, 4 ou 6 rangs; ils tirent tous ensemble, dès que les balles de l’ennemi sifflent à leurs oreilles. « Cette considération décida Napoléon à prescrire la formation sur 2 rangs, à la veille de la bataille de Leipzig : « Cela avait en outre le grand avantage, disait l’Empereur, qu’un bataillon de 500 hommes paraissait à l’ennemi être de 750 hommes. »
Cependant l’armistice n’avait servi qu’à permettre aux Busses et aux Prussiens de compléter leurs armées ; l’Autriche venait de faire défection, et la lutte dernière allait commencer.
Notre 4e bataillon, qui faisait partie de la 45e division (général Bazont), était à Bamberg le 2 août, à l’elfectif de 750 hommes. 11 vient joindre le 0° bataillon, et les deux unités réunies vont suivre la fortune du 14e corps (maréchal d’Empire comte Gouvion-Saint-Cyr), chargé de couvrir Dresde mise, par quelques travaux, à l’abri d’un coup de main. Quoi qu’il en soit, la position du maréchal Saint-Cyr était critique. Les 20 et 27 août, le prince de Schwarzemberg, qui a 150 000 hommes sur le terrain, croit
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livrer bataille au seul 14' corps, fort de 1 7 000 hommes environ. Napoléon était arrivé, le 20 au malin, avec sa Garde et le \" corps de cavalerie. Le 27, les 2' (“t. 7' corps renforcent encore l’armée de l'Empereur. Malgré tout, le général en chef ennemi avait une supériorité numérique de 70 000 hommes. Le temps était aflreux, la pluie tombait par torrents. La bataille dura loule la journée, et, à l’entrée de la nuit, l'armée alliée se mit en pleine retraite. La perte de l’ennemi montait à plus de 40000 boulines, dont 18 000 prisonniers, presque tous Autrichiens, 20 pièces de canon, 150 caissons, et 18 drapeaux. Le général Moreau, qui avait quitté
« Vive l’Empereur! » — Lutzen 1813.
(D’après une lithographie de Haffet.)
l’Amérique pour venir offrir ses services à l’Empereur de Russie, et combattre ces mêmes soldats qu’il avait tant de fois conduits au combat, eut les deux jambes emportées par un boulet français.
En septembre, Napoléon s’efforce en vain d’engager Blücher à une bataille rangée. Il voit approcher le moment critique où les alliés vont menacer Dresde avec des forces supérieures aux siennes de près de 200 000 hommes. 11 réunit alors tout ce qu’il a de disponible sur la rive droite du Rhin. En conséquence, le corps du duc de Cast iglione, formant en tout 16 000 hommes, reçut l’ordre de quitter Wurtzbourg et de s’avancer à Iéna. Le 5e bataillon du 52% commandant Perrossier, était arrivé à Mayence, le 5 août, avec le 2° bataillon du 59% 11 entrait dans la composition de la 51° division, qui faisait partie du corps du duc de Castiglione.
Il est à Iéna le 6 octobre, et le 12 à Leipzig. Le 16, il prend part au combat de Wachau, et le 18 à cette bataille fameuse, où 158 000 Français luttèrent toute la journée contre 500 000 hommes, sans être soutenus. Depuis huit jours, on avait consommé plus de 250000 coups de canon; le 18, on en tira 95 000 ; il n’en restait plus que 16 000 dans les parcs. La perte de l’armée française, dans les journées des 16, 17, 18 et 19 octobre,
Campagne de Saxe. — Les conscrits de 1813. (Peint par llaffet, lithographié par Llanla.)
s’éleva à 20 000 morts et 50 000 prisonniers (y compris environ 22 000 malades ou blessés non transportables, qui se trouvaient dans les hôpitaux de Leipzig) ; 150 pièces de canon et plus de 500 chariots tombèrent au pouvoir de l’ennemi; 4 généraux avaient été tués, 6 blessés et 17, presque tous blessés, faits prisonniers. La perte des alliés peut être évaluée à 80000 hommes hors de combat ; ils eurent 8 généraux tués et 11 blessés- Ce fut la plus sanglante bataille du siècle.
HISTOIRE D'UN R KOI MK NT.
Le 1 1 novembre, le maréchal Saint-Cyr, (jiii était bloqué dans Dresde, cédant à des considérations d’humanité1, offri t une capitulation qui fut acceptée, puis violée. La garnison devait déposer les armes et se rendre en France. Les différentes colonnes furent arrêtées en roule, sous prétexte (pie le prince de Schwarzemberg avait refusé de ratifier la capitulation. N’esl-il donc que ceux qui sont habitués à vaincre qui sachent user noblement de la victoire?
Durant celte campagne, la valeur des soldats et le génie du chef avaient succombé sous la trahison et le nombre. Il ne leur restait plus que ce principe sacré qu’ils appliquèrent dans une sublime résistance :
Mourir pour la Patrie envahie!
Campagne de 1814 (6e bataillon bis, Commandant Gérard, François).
« Soyez sévères, historiens, pour les fautes de cet homme. A ce jour, la France l’a reconnu, s’est, retrouvée. Le peuple lui revient.
« Vivent les humbles! Ils sont plus près de la terre, ils sont plus près du sol, ils sont plus près de la Patrie! Vivent les humbles! ils ne savent pas, ils espèrent; ils ne calculent pas, ils sont émus! Ils sont désintéressés, ils sont inconséquents, ils pardonnent. Hier, ils le détestaient cet homme qui a prodigué leur sang aux quatre coins de l’Europe, qui a joué, compromis, au jeu des batailles, la grandeur de la France. Mais, aujourd’hui, le voyant faire front, avec ses débris mutilés, contre des bordes