‹ Histoire d'un regimentChapitre 67 sur 135 · corps · texte numérisé non relu

corps

comte Gérard, décrit ainsi ses impressions, qui donnent bien la physionomie do la campagne.

« Ce ne fut qu’à une heure très avancée de la nuit que j’atteignis la ferme qu’occupait l’Empereur, el où devait aussi se trouver le général Gérard.

« Hormis les sentinelles qui veillaient au dehors, tout le monde dormait à l’intérieur. Je traverse une grande cour encombrée d’hommes el de chevaux, couchés pêle-mêle sur les fumiers qui la remplissaient; je pénétrai, au rez-de-chaussée, dans une pclitc chambre éclairée de bougies brûlant sur une petite table; des cartes étaient déployées sur cette table et même sur le plancher : un homme, que je reconnus poulie fidèle mameluk de l’Empereur, dormait, couché par terre, en travers de la porte. Au fond de la chambre étaient une petite alcôve et un lit sur lequel reposait, tout habillé, l’Empereur lui-même. Je restai un instant à regarder le saisissant et douloureux tableau, el je me retirai doucement. Je montai au premier, en passant sur le corps des gens qui dormaient sur chaque marche, et j’entrai dans une grande chambre aussi encombrée de dormeurs. Un officier veillait. 11 me montra au fond de cette chambre un lit, sur lequel reposait, me dit-il, le prince de Neuchâtel. Je n’hésitai pas à le réveiller. 11 me répondit de très mauvaise humeur : « Adressez-vous au général Gérard. » Je continuai mes recherches, et je trouvai enfin. »

Pendant que les officiers, trop nombreux maintenant en proportion des soldats1, prenaient un fusil et combattaient dans le rang, à Bar-sur-Auhe et Saint-Dizier, sous les ordres du capitaine Casse, l’ancien premier porteaigle du Régiment, le commandant Gérard conservait à la France Soissons, honteusement rendue huit jours plus tôt. Il est investi par Napoléon du commandement de la place le 11 mars. Le 6 mars, l’Empereur avait écrit à Clarke : « Envoyez-moi pour commander Soissons non une ganache et un homme usé comme Moreau, mais un jeune homme, chef de bataillon ou colonel, qui ait sa fortune militaire à faire. » Le ministre eut la main heureuse.

Derrière des remparts accessibles de tous côtés, avec une garnison composée de convalescents, d’isolés et même de déserteurs, présentant à peine un effectif de 2 500 combattants, il va résister aux 20000 hommes et aux cinquante pièces de Bulow.

1. Situation au 12 mars : 9 officiers, 125 hommes; au G avril : G5 hommes (officiers compris); au 20 avril, à Nevers : 6 officiers, 24 hommes.

LA 52e DEMI-BRIGADE.

Le 10 mars, il répond aux parlementaires qu’on lui envoie : « Je n’aurai de correspondance avec votre chef qu’à coups de canon. » Bulow, irrité, démasque des batteries, remplit la ville d’obus et de boulets rouges, et tente des attaques de vive force sur les portes. Partout il trouve les défenseurs à leur poste.

Dans la nuit du 22 au 23, il ouvre la tranchée. Gérard ordonne une sortie, détruit les ouvrages et fait de nombreux prisonniers. A la rentrée, il saisit un drapeau, et, devant la garnison réunie : « Soldats, dit-il,

l’armée a les yeux sur vous; nous couvrons la capitale de l’Empire. Jurons

sur ce drapeau de justifier la confiance du Souverain, en défendant jusqu’à la mort le poste d’honneur où il nous a placés. »

Le serment fut prêté avec enthousiasme. Chaque jour il y eut une sortie, et Bulow, après neuf jours de tranchée ouverte, et la perte de 800 à 900 hommes, fut obligé de convertir le siège en blocus. Soissons était sauvée. Mais, hélas! Paris était perdu!

Le 30 avril 1814, le 6e bataillon bis partit de Nevers pour Paris.

Pendant la première Restauration, le ci-devant 32e de ligne prend

le numéro 51. Il redeviendra le 52e pendant les Cent-Jours.

Les Cent- Jours. — Campagne de 1815.

L’aigle impérial avait volé, de clochers en clochers, jusque sur les tours Notre-Dame; les cocardes tricolores avaient reparu aux chapeaux; malgré leur serment de fidélité aux Bourbons, les premiers soldats qui avaient revu leur Empereur, avec son petit chapeau et sa redingote grise, s’étaient jetés à ses pieds. Il les avait relevés, mais pour les envoyer à de nouveaux combats. A sa voix, tous les anciens soldats, laboureurs, artisans, avaient quitté leur travail, endossé leur vieil uniforme et rejoint

Page 1