Les régiments étaient classés par séries de quatre
IIJSTOirtE D’UN RÉGIMENT.
1 82 1 boni mes. Chaque compagnie compte 75 hommes environ, parmi lesquels un asssez grand nombre de jeunes soldats, dont l’instruction est à peine ébauchée. Il est vrai que les hommes se forment vite en route, surtout quand cette route commence à Metz et finit à Perpignan.
Combien différente fut cette campagne de la guerre d’indépendance de 1808! « Monsieur l’officier, disait un paysan, il y a quelques années, vous ne vous seriez pas aventuré seul, impunément, où vous êtes dans ce moment. >■ On ne saurait méconnaître cependant l’influence morale de cette promenade militaire conduite avec habileté et faite avec entrain. Elle rendait la confiance et le prestige militaire à un peuple qui venait de subir l’invasion de toutes les armées étrangères, et l’occupation de son territoire pendant cinq ans. La France reprenait sa juste part d’influence dans les conseils de l’Europe
Le 21 mai, le 5e bataillon, sous les ordres du commandant de Rossi, reçut l’ordre de venir former le blocus d’Hostalrich. Dans la nuit du 24 au 25 mai, il s’empara de la ville avec autant de hardiesse que de bonheur. MM. Bérard, capitaine adjudant-major, fallai t, lieutenant, et Brunei, souslieutenant, se sont distingués par leur bravoure et leur intelligence. Les sous-officiers Ternisien et Delattre, ainsi que les caporaux Théry, Malpean et le grenadier Petitporé se sont bien montrés.
Malgré un feu très vif d’artillerie et une fusillade continuelle, le détachement du 52e se maintint dans Hostalrich, élevant des traverses et faisant des coupures pour se mettre à couvert. Il conserva ses positions jusqu’au 29. À cette date, il reçut l’ordre d’évacuer la ville et de rejoindre le gros du Régiment.
Le Régiment entier se mit en marche, le 8 juillet, pour coopérer au blocus de Barcelone, sous les ordres du lieutenant général Donadieu.
Dans un ordre du jour du 13 septembre, le maréchal Moncey relate ainsi la part brillante que le 52e a prise au combat du 12 septembre :
« Trois colonnes ennemies, fortes d’environ 6 000 hommes d’infanterie, de 100 chevaux et de 6 pièces de canon, sortirent de Barcelone, le 12 septembre, à 5 heures et demie du matin....
« La 2e se porta vers le Clos et attaqua vivement la maison retranchée et la coupure qui se trouvent en avant de ce point. Ces postes furent défendus, avec la plus grande énergie, par le 1er bataillon du 6e léger et le 2e bataillon du 52e. Le capitaine Janot, grièvement blessé, tomba en criant : « Vive le Roi!.... >>
« La 3e colonne, beaucoup plus considérable, vint se heurter à des
compagnies du 7e, du 19e et du 52e de ligne, dont la bravoure lit échouer Ions les efforts de l’ennemi.... »
M. le général comte Curial cite comme s’étant particulièrement distingués :
« MM. du Tertre, colonel, fait officier de la Légion d’IIonneur; de Itossi, chef de bataillon; Bérard, adjudant-major, fait chevalier de la Légion d’Honneur; Herbault, capitaine, reçut la croix de Saint-Louis; Jacquinot, O’Kecffe, Brunei, Nouvel, de Blottesière, lieutenants (ce dernier fui fait chevalier de la Légion d’Honneur); Toucas, sous-lieutenant; Vêtu, sergent; Choteille, voltigeur. »
Le sergent de voltigeurs Delattre, le voltigeur Delahayc reçurent la croix de chevalier peu de jours après.
Barcelone capitula le 4 novembre.
En 1824 et en 1825, le Régiment tient garnison à Lyon. L’inspection générale de 1824, qui dura 15 jours, offrit une particularité assez curieuse. Le général voulut s’assurer de l’instruction pratique des officiers : à cet effet, il leur fit prendre les fusils et les gibernes des sousofficiers, et exécuter le maniement des armes au commandement d’un des adjudants-majors.
Le 23 mai 1825, le chevalier du Boulet de la Boissière, âgé de cinquante-trois ans, fut nommé colonel du 52e. 11 avait servi dans la compagnie noble n° 6 de l’armée du duc de Bourbon, puis, comme sergentgentilhomme, dans le régiment de Dillon de l’armée britannique. Il avait 22 campagnes contre la France, dont celle d’Égypte, où il avait combattu les pères de ces soldats du 52e qu’il allait commander!
En 1820 et 1827, les états militaires portent le 52e à Metz; en 1828, au camp de Saint-Omer; en 1829 et 1850, à Douai. En juillet 1850, les Ier et 2e bataillons sont à Bennes, le 5e à Saint-Malo. La politique était à l’ordre du jour dans toutes les conversations; on en parlait partout, dans les salons, dans les estaminets, dans les diligences. La caserne seule restait dans le silence, non que les vieux officiers n’entendissent pas, sans un certain frémissement de cœur, tous ces souvenirs du temps de leur jeunesse et de leur gloire, les poésies de Casimir Delavigne et les chansons de Béranger qui célébraient le petit Caporal ou le grand Empereur; mais ils se taisaient, ayant leur devoir pour règle. Grâce â la solidité de notre constitution militaire et aux sentiments d’honneur et de patrie qui animent chacun, jamais la propagande politique d’aucune sorte n’aura chance de réussite.
11 nous paraît intéressant d’insister un peu sur le camp de Saint-
Grenadier. — Campagne d’Espagne 1825.
(D’après une lithographie de Raffet. Collection Auguste Cain.)
Orner, ce premier camp d’instruction dont le Régiment a fait partie1. Au 1er juillet 1828, le général comte Curial réunit trois divisions d’infanterie commandées par les généraux Berthezène, Ordonneau et Mevnadier, tous officiers distingués, et comptant de très bons services de guerre.
En peu de temps le camp fut orné de petits jardins et d’embellissements de toute sorte, dus à l’activité et à l’intelligence de nos soldats.
Le mois de juillet fut consacré aux exercices de détail et aux manœuvres de bataillon; celui d’aoùt, aux manœuvres de régiment et de brigade, et au tir à la cible; la période de septembre, aux manœuvres de division et de corps d’armée. Le service en campagne reçut également son application dans toutes les parties, grand’gardes, reconnaissances, prises d’armes de nuit, etc....
Ce fut là qu’eut lieu le premier dîner de promotion de l’Ecole militaire, dix ans après la fondation de Saint-Cyr. Excellente habitude destinée à conserver la tradition et la solidarité des corps.
1. Toute existence à l’extérieur de la caserne assouplit et aguerrit le soldat mieux que la vie monotone et énervante de la garnison.