CHAPITRE II
Campagnes d’Afrique.
ORGANISATION, CONSTITUTION, HABILLEMENT, ÉQUIPEMENT ET PHYSIONOMIE DU RÉGIMENT.
Organisation, constitution. — Le 1er janvier 1850, l’effectif du Régiment était de 1 7G5 hommes dont 587 en congé d’un an. Le nouveau gouvernement décida bientôt la création immédiate d’un 4e bataillon. Ce ne fut pas une petite besogne pour le conseil d’administration de parer, par des commandes et confections d’effets de toute nature, à l’habillement, à l’équipement et à l’armement des nombreux détachements qui, dans un très court délai, doublèrent l’effectif du corps. Le Ier avril 1851 il était de 2 G09 hommes, et le 1er juillet, l’arrivée de 484 enrôlés volontaires et de remplaçants le porta à 5 250.
L’avancement prit des proportions considérables. Les vieux capitaines qui comptaient 18, 20 ans et plus de grade, furent nommés chefs de bataillon à l’ancienneté. On fit flèche de tout bois pour avoir des officiers. On dut, pour compléter les cadres, donner l’épaulette de sous-lieutenant à de vieux sous-officiers chevronnés, sachant à peine lire et écrire, mais ayant le mérite d’être de bons instructeurs, à des héros de Juillet, nommés officiers par récompense nationale.
Ce recrutement ne suffisant pas, les commandants des divisions territoriales passèrent une revue rigoureuse de tous les officiers en demi-solde, et proposèrent pour des emplois de leur grade ceux qui pouvaient encore faire un bon service. On les appela les rentrants à la bouillotte.
Ce fut un drôle et singulier spectacle de voir tous ces revenants de l’ancienne armée réapparaître au chef-lieu de division, avec leurs uniformes de tous les régimes, depuis 1 792 jusqu’en 1815. Il y avait des habits longs, des habits à basques courtes, des pantalons larges, des pantalons
LA 52e DEMI-BRIGADE.
collants avec boites à revers jaunes, des shakos de toute sorte, des chapeaux à claque.
Une dizaine environ prirent leur ancienneté, c’est-à-dire la tète parmi les officiers de leurs grades. Ils dataient des dernières années de l’Empire où, pour avoir des cadres, Napoléon s’était montré peu difficile.
Le 4 septembre 1830, le colonel Duvivier prit le commandement du Régiment. Né en 1 7 85 r sorti de l’École spéciale militaire en 1805, il était chef de bataillon en 1812, à vingt-sept ans. Il venait du 41e de ligne, où il était lieutenant-colonel depuis 1825. Il avait été fait officier de la Légion d’Honneur en 1813.
Habillement, équipement, armement. — Le 15 octobre suivant, d’après les ordres de M. le lieutenant-général Dumoustier, le corps échange 1158 fusils (modèle 1 777) et 162 fusils de dragons (modèle de l’an IX), contre le même nombre de fusils (modèle 1822) et de fusils de voltigeurs (modèle de la même année).
Jusqu’au règne de Louis-Philippe, les sacs n’avaient pas eu de cadre en bois; ils étaient fermés à la partie postérieure par une demi-pattelette.
Les grenadiers et les sous-officiers portaient deux baudriers en croix sur la poitrine; les fusiliers un seul. Le baudrier ne disparut qu’en 1846, à l’apparition de la tunique bleu de roi, boutonnant droit avec passepoils jonquille, boutons blancs avec cor de chasse et le numéro au milieu. Le sabre-baïonnette fut alors au côté. Le grand équipement était blanc.
Jusqu’en 1850 le pantalon fut à pont, sans poches. Le soldat mettait tout dans son shako : mouchoir, tabac, argent, pipe, etc — quelquefois une gamelle qu’il allait manger à l’estaminet, toujours préféré à la cantine. Ce shako était solide; le porteur pouvait s’asseoir dessus.
On adopta pour l’Afrique un képi rigide spécial avec une enveloppe vernie. Pour l’Algérie également, la capote croisée en drap gris de fer bleuté avec écussons de collet jonquille.
Une ordonnance, en date du 1er août 1850, avait déclaré que la nation française reprenait ses couleurs et qu’il ne serait plus porté d’autre cocarde que la cocarde tricolore.
Les nouveaux drapeaux furent distribués au Champ de Mars le 27 mars 1851. Une distribution de croix de la Légion d’Honneur termina la cérémonie. Le sergent-major vaguemestre Eberlé, le sergent de voltigeurs Vêtu, le sergent de grenadiers Machard furent faits chevaliers.
Le drapeau portait d’un côté : « Le Roi des Français au 52e Régiment d’infanterie, » et de l’autre la belle devise de la Légion d’Honneur : « Honneur
et Patrie ».ll était au 2“ bataillon. I.a hampe était surmontée du coq gaulois. Les autres bataillons avaient un fanion : rouge pour le l‘r bataillon, jaune pour le 3°, vert pour le Y. La garde du drapeau avait été, depuis le règlement du 1er août 1791, composée de fourriers; cet honneur fut dévolu à huit caporaux.
Répression de ï insurrection de Vendée. — Pendant les années 1831 el 1832 les quatre bataillons du Régiment tinrent garnison à Nantes. Lu 1833, le 41' bataillon et le dépôt allèrent à Angoulême. Une décision royale de novembre supprima quatre compagnies du 4e bataillon.
Le parti légitimiste tentait de raviver les sentiments royalistes dans les provinces de l’Ouest qui, autrefois, avaient donné tant de gages de fidélité à la famille des Bourbons. Mais l’esprit vendéen avait disparu, et la duchesse de Berry, caractère ferme et aventureux, ne put compter que sur le dévouement des gentilshommes de Vendée et de Bretagne. Elle ne put tenir contre les nombreuses troupes qui sillonnaient toute la contrée de leurs colonnes mobiles.
J1 serait impossible de suivre les mouvements de toutes les compagnies du Régiment détachées sur les traces des rebelles; elles déployèrent une rare activité et comprimèrent l’insurrection, sans combat important. Le 1er avril 1852, le lieutenant Gâteau, qui commandait le poste de Saint- Mesme, repoussa vivement une soixantaine de Chouans qui avaient essayé de le surprendre. Le 24 mai, M. Adolphe de Coislin fit demander une entrevue au lieutenant Chardon de Chaumont1, qui commandait le cantonnement de Cuenrouët. Cet officier s’y rendit à onze heures du soir, sans autre arme que son sabre. Tous les moyens de séduction furent employés. 11 repoussa avec dédain les propositions qui lui furent faites, et donna rendez-vous à M. de Coislin, les armes à la main. Pendant toutes ces expéditions, le 32e ne se fait pas seulement remarquer par sa valeur, sa discipline et sa patience à supporter les fatigues de marches forcées continuelles; tous les moyens de séduction trouvent soldats et officiers fidèles à leur devoir, toujours pénible, mais rigoureux quand il faut l’accomplir dans une guerre civile.
Insurrection dans Paris. — Le Régiment vint tenir garnison à Paris à la fin de 1855. Les compagnies de grenadiers et de voltigeurs du 4e bataillon, réduit à quatre compagnies, firent partie de la réserve des Pyrénées; les deux compagnies de fusiliers restèrent à Angoulême.