‹ Histoire d'un regimentChapitre 75 sur 135 · I. Sorti de Saint-Cyr en 1827, âgé de vingt-quatre ans · texte numérisé non relu

I. Sorti de Saint-Cyr en 1827, âgé de vingt-quatre ans

LA 52e DEMI-BRIGADE.

Le dimanche 15 avril, une insurrection éclata dans Paris. A six heures du soir, le Régiment prit les armes et occupa les positions suiantes : Le colonel, avec les 1er, 2e bataillons et 2 pièces de canon, s’établit

sur la place de Grève; le 5e bataillon et le commandant Phélippeaux, sur la place du Châtelet, tenaient le Pont-au-Change et le Palais de Justice. Vers dix heures du soir, l’ordre fut donné de refouler les insurgés dans les

HISTOIRE IftJN RÉGIMENT.

petites nies et bâtiments compris entre les rues Saint-Martin et Beaubourg. Ce mouvement s’exécuta avec autant de précision que de vigueur. Le capitaine Gilbert, commandant la 4° du 3", enleva une barricade; il fut frappé à mort à quelques pas de M. Thiers, ministre de l’Intérieur, qui était venu juger par lui-niéme des évènements.

Le capitaine Andrieu, de la lrc du 2", déboucha par la rue Saint- Merry. Il essuya un feu violent qui lui tua le sergent Demia, le fusilier Léon et blessa plusieurs autres. Le sapeur Malgorn fut tué sur la barricade qu’on venait d’enlever et qu’il était chargé de détruire.

Au cours de ces événements, les officiers de santé ont rivalisé de zèle dans leur service. M. Sallcron a pansé plusieurs blessés pendant la durée de l’action, sous le feu des insurgés.

Organisation et physionomie du Régiment au moment de son départ pour l’Algérie. — Au commencement de 1855, le 52" quitte Paris pour Metz.

La loi de 1852, due au maréchal Soult, a reçu son application.

La durée du service était fixée à sept ans; tous les hommes appelés par la loi à former le contingent annuel devaient être incorporés; le pouvoir exécutif avait la faculté de fixer le nombre de ceux qui, dans l’ordre des numéros, seraient laissés dans leurs foyers, ou qui, dans l’ordre des classes, recevraient des congés provisoires; ces deux catégories formaient la réserve, qu’une ordonnance royale pouvait toujours appeler, et. que le Ministre de la guerre avait le droit de faire réunir et exercer. Pour le cas d’une grande lutte, la loi donnait la garde nationale mobile; tous les citoyens âgés de vingt à trente ans pouvaient être appelés à ce service, dans l’ordre de leur âge et d’une série de catégories.

Le colonel Cavaignac vint prendre le commandement du Régiment le 1er août 1836. C’est lui qui le conduira en Afrique1. Agé de quarantecinq ans, il était sorti de l’École militaire en 1809. Il était chef de bataillon adjoint à l’état-major général de la première division militaire le 26 février 1814, à vingt-quatre ans. 11 ne fut fait lieutenant-colonel du 59e que le 21 mars 1852. Beaucoup de sang-froid et une grande bravoure en faisaient un brillant chef d’arrière-garde, et c’était tout dire en Algérie. En effet, dans nos guerres d’Afrique, on vit toujours

1. Tous les renseignements sur les officiers de cette époque nous ont été fournis par le général Mellinet, lieutenant-colonel du 52e en décembre 1844.

LA 52e DEMI-BRIGADE.

les Arabes fuir devant notre avant-garde et s’acharner contre notre arrière-garde. C’est là que se livrait le vrai combat, il y fallait du calme et de la prudence. Nos soldats y furent souvent trop téméraires. Un jour, Bugcaud, irrité d’entendre une violente fusillade à son arrièregarde, s’y rendit seul et mit pied à terre, au milieu du sifflement des balles : « Animal, cria-t-il à un soldat qui se découvrait complètement, je me f....iche de ta peau, mais je veux la conserver; car si tu meurs ici, je ne peux pas te remplacer. Crois ton vieux chef, qui n’a jamais eu peur, mon garçon : le plus malin à la guerre, c’est celui qui tue sans se faire tuer. »

Chevalier de la Légion d’Honneur du 10 août 1815 (à vingt-trois ans), le colonel Cavaignac fut fait officier le 21 mars 1831. On peut dire qu’il était né dix ans trop tard, car il aurait pris place parmi les grands noms de l’Empire.

La situation du Régiment ne s’est guère modifiée depuis 1851. Les chefs de bataillon ont quarante-neuf, cinquante et cinquante et un ans. La moyenne d’âge des capitaines est quarante-cinq ans; le plus âgé a quarante-neuf ans et le plus jeune trente-trois.

Sur 46 lieutenants et sous-lieutenants, 16 seulement ont au-dessous de trente-cinq ans et 6 au-dessous de trente ans.

Sur un effectif de 1919 hommes, il y a 115 hommes de troupe rengagés, dont 55 caporaux et soldats, presque tous ouvriers ou musiciens.

Quel est l’esprit de ces rengagés assez peu nombreux, comme on le voit? (Nous en demandons pardon à l’imagination publique, qui ne rêve à cette époque que de vieux soldats, alors que ces vieux soldats sont de jeunes hommes.) Ils sont difficiles, exigeants, sceptiques et railleurs, prompts à la réclamation. Si on les mène à la guerre, ils la font vigoureusement, mais ils sont incapables d’éprouver les grandes émotions. Le : « Cause toujours, mon vieux, tu m’instruis! » c’est le mot du vieux soldat de l’armée d’Afrique, inspiré par une allocution pathétique de son général.

Nous estimons donc, avec de bons esprits, qu’il n’y a pas lieu de regretter les trop vieux soldats.

« Notre vieux soldat est un jeune homme; il a, dans l’ordre moral comme dans l’ordre physique, tous les ressorts de la jeunesse, et il en a les croyances et les illusions. Il est plein de force et il est plein d’honneur. 11 n’entend pas donner au pays un jour au delà des années qu’il lui doit aux termes de la loi, car des devoirs antérieurs et supé-

Page 1