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L’armée française en

2. Nous avons acquis cette conviction à la suite de notre travail. Jamais, selon nous, soldat ne lut plus discipliné, avec les mêmes qualités d’entrain et d’héroïsme des soldats de la Royauté, de la Révolution et de l’Empire.

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régiments, qui ne gagnent jamais en discipline quand ils font un trop long séjour dans une garnison.

Pendant cette période, le 52e donne souvent des preuves de dévouement, soit dans des incendies, soit dans des inondations.

Le Roi accorde des médailles d’honneur en argent aux soldats dont les noms suivent : Morineau, sergent; Carré , caporal; Gimet, caporal de voltigeurs; Aligne, fusilier. Le sergent Morineau fut l’objet de citations nombreuses; il justifie l'adage si profond du maréchal Bugeaud : « Voyezvous, ce sont toujours les mêmes qui se font tuer. »

Campagnes d’Afrique.

Le 30 octobre 1842, les trois bataillons du Régiment, sous les ordres du colonel Cavaignac, s’embarquèrent à Toulon. Ils débarquèrent à Mersel-Kébir les 9, 10 et 11 novembre.

Le dépôt, composé de la compagnie hors rang, dcs5es compagnies de chaque bataillon et des 6,s compagnies des 2e et 5" bataillons, est resté en France, à Antibes.

L’effectif est de soixante et un officiers et 1919 hommes.

Situation de V Algérie à cette époque; physionomie générale de la guerre'. — La période des aventures militaires, des expérimentations hasardées, des tâtonnements administratifs et politiques avait pris fin en 1857. A cette date s’ouvre une deuxième phase de paix relative; elle finit en 1859. Alors commença la grande lutte de la France contre Abd-el-Kader. Le 52e arrivait pour y prendre part.

Le général Bugeaud avait pris, en 1841, le gouvernement de la colonie.

1. Les Français en Afrique (Récits algériens), par E. Perret, ancien capitaine de zouaves, Documents du Dépôt de la guerre.

iïnsc et aratro, telle fut l’admirable devise qu’il adopta, comprenant que s’il fallait frapper d’une main, on devait organiser, coloniser de l’autre. Il s’annonça à l’armée d’Afrique par la proclamation suivante, qui résume à merveille le plan des opérations futures :

« Soldats de l’armée d’Afrique,

« Le Moi m’appelle à votre tète.

« Un pareil honneur ne se brigue pas, car on n’ose y prétendre; mais si on l’accepte avec enthousiasme pour la gloire (pie promettent des hommes comme vous, la crainte de rester au-dessous de celte immense lâche modère l’orgueil de vous commander.

« Vous avez vaincu les Arabes, vous les vaincrez encore; mais c’est peu de les faire fuir, il faut les soumettre. Pour la plupart, vous êtes accoutumés aux marches pénibles, aux privations inséparables de la guerre. Vous les avez supportées avec courage et persévérance, dans un pays de nomades qui, en fuyant, ne laissent rien au vainqueur. La campagne prochaine vous appelle, de nouveau, à montrer à la France les vertus guerrières dont elle s’enorgueillit:

« Je demanderai à votre ardeur, à votre dévouement au pays et au Roi tout ce qu’il faut pour atteindre le but, rien au delà.

« Soldats, à d’autres époques, j’avais su conquérir la confiance de plusieurs corps de l’armée d’Afrique; j’ai l’orgueil de croire que ce sentiment sera bientôt général, parce que je suis bien résolu à tout faire pour le mériter. Sans la confiance dans les chefs, la force morale, qui est le premier élément du succès, ne saurait exister; ayez donc confiance en moi, comme la France et votre général ont confiance en vous. » .

Le nouveau gouverneur comprenait enfin la vraie, la seule guerre alors possible en Afrique.

Pour lui, l’offensive ne devait pas consister à sortir simplement des villes de la côte, dans lesquelles on se fortifiait depuis dix ans, afin d’entreprendre quelques courses ou opérer quelques ravitaillements; l’offensive pour lui, était la puissance de porter ses coups au loin, d’attaquer à fond, au lieu de riposter toujours.

Avec une merveilleuse ténacité, il résolut :

1° de ravitailler les villes et postes fortifiés, en trop petit nombre hélas! où nous avions des garnisons, et qui étaient comme des îlots disséminés dans l’immensité du pays arabe; 2° de s’emparer des points où

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la puissance d’Abd-el-Kader était lixe et sédentaire ; 3° enfin, de s’accrocher à lui, malgré l’extrême mobilité de ses troupes, de détruire son prestige, en lui infligeant défaite sur défaite, de détacher par là les tribus de son influence et de délier le redoutable faisceau qu’il avait noué autour de nous.

Il forma, alors, des colonnes aussi légères que les rassemblements armés d’Abd-el-Kader ; en Algérie, disait-il, c’est le plus léger qui finit par être le plus fort. Il ne voulut plus une seule voiture dans ses expéditions et créa, au moyen de mulets, un système de transports mobiles qui dure encore de nos jours. Les ministres passaient partout1.

Quelle excellente école préparatoire, surtout pour les officiers subalternes et les soldats, que ces campagnes d’Afrique! Ils s’aguerrissaient par des combats incessants, s’accoutumaient à la faim, à la soif, à la marche, sous toutes les températures, et aux privations de toute sorte, sans se laisser démoraliser. Le difficile à la guerre nest pas tant de savoir mourir que de savoir vivre. Les officiers, souvent engagés avec leurs bataillons et leurs compagnies dans des actions isolées, prenaient l’habitude du commandement et de la responsabilité.

Le général Bugeaud dut substituer également le système des embuscades au système classique des grand’gardes. En effet, lorsque ce dernier -était suivi, les maraudeurs n’avaient pas de peine à se glisser entre la grand’garde et le camp, et venaient exécuter souvent au milieu des hommes endormis des coups de main de la plus invraisemblable audace. Comme tous les voleurs indigènes, ils se mettaient nus, sans autre arme qu’un poignard entre les dents. Chose difficile à croire, ils se déguisaient en buisson. Le factionnaire ne comptait pas toujours le nombre des buissons qu’il avait devant lui, et ne s’apercevait pas qu’un d’eux avançait toujours vers le camp, quand la monotonie de la faction lui faisait tourner le dos, pour se promener lentement sur l’emplacement qui lui était assigné; à un moment donné, le buisson tombait, et il en sortait un Arabe qui se glissait dans le camp, ou qui arrachait un faisceau d’armes avec lequel il bondissait dans la broussaille. Une nuit, ces maraudeurs enlevèrent le mulet à bagages du général en chef, au milieu des tentes de l’état-major général. Une autre fois, deux d’entre eux avisèrent un grand ballot enveloppé dans une couverture blanche; ils l’enlevèrent et se mirent à détaler.

1. Les « trainglols » ont appelé ainsi les mulets, parce qu’ils sont chargés des affaires de l’État. C'est l’explication qui fut donnée à un ministre de Louis-Philippe qui, chargé d’une mission en Algérie, s’étonna, à un mauvais passage de la route, d’entendre les soldats du train crier avec force jurons : « Hue, ministre! »

Mais quelque chose se démena vigoureusement; ils le laissèrent tomber, d il en sortit un lieutenant de grenadiers qui s’était enveloppé dans cette couverture pour dormir.

Avec le nouveau système de grand’gardes, chaque capitaine disposait sa compagnie par groupes de deux, trois ou quatre hommes, qui, blottis dans des plis de terrain, derrière des broussailles, des amas de pierres, attendaient les Arabes le doigt sur la détente du fusil, et ne tiraient qu’à bout portant. Peu à peu, les sentinelles prirent l’habitude de ne plus même faire feu; elles tuaient l’ennemi à la baïonnette, silencieusement, tant pour ne pas donner l’éveil et prévenir les paniques, que pour ne pas avertir les autres maraudeurs.

Tant de vigilance n’empêchait pas, à cette époque, qu’il n’y eût parfois des surprises, Une nuit, les réguliers d’Abd-el-Kader se glissèrent à travers les grand’gardes des zouaves, et vinrent, en rampant, tirer sur nos soldats endormis. Bugeaud, à peine vêtu, se jeta un des premiers dans la mêlée, et tua de sa propre main deux réguliers. Le combat n’eut que peu de durée, et l’ennemi fut repoussé.

Au moment où il rentrait dans sa tente, le général s’aperçut que chacun souriait en le regardant; il porta la main à sa tête, et constata qu’il était coiffé du vulgaire bonnet de coton. Il réclama alors cette casquette légendaire, qui excita si souvent l’étonnement de nos soldats, parce qu’elle avait, à leurs yeux, une forme étrange, visière en avant et visière par derrière. Aussitôt mille voix demandèrent la casquette du général.

Dès le lendemain, quand les clairons sonnèrent la marche, les zouaves accompagnèrent la sonnerie en chantant à tue-tête :

As-tu vu La casquette,

La casquette?

As-tu vu La casquette Du père Bugeaud?

Ce refrain resta populaire. Bugeaud fut le premier à en rire. Bien des fois, on l’entendit lui-même crier au clairon de piquet : « Sonne la Casquette ».

Le père la Blancheur (Bou-Chiba)1 avait « le bras fort, le cœur

t. Les Arabes appelaient ainsi Bugeaud à cause de sa belle chevelure d’argent.

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miséricordieux et le conseil sage1. » Son esprit éminemment pratique ne veilla pas seulement à l’organisation des camps, des marches, des convois

Alger 1830. — D’après une lithographie de Raffet. (Collection Auguste Cain.)

et du service de sûreté; il entra dans tous les détails et sa sollicitude pour le bien-être du troupier fut immense.

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