‹ Histoire d'un regimentChapitre 78 sur 135 · Appréciation des Arabes · texte numérisé non relu

Appréciation des Arabes

il organisa l<‘ système des razzias, sortes de chasses à courre, dont les troupeaux cl les grains des tribus étaient le gibier: en ruinant ainsi les Arabes, il les mettait dans l'impossibilité de se battre et procurait des vivres à ses soldats.

Aussi, quelle affection respectueuse et profonde chacun lui portait! Loin de le rendre responsable des fatigues et des souffrances, on attribuait aux implacables nécessités de la guerre les misères inexprimables qu’on endurait. Nous en trouvons la preuve dans cette héroïque réponse d’un pauvre soldat : « Que pouvez-vous donc faire ici, disait un jour un général, pénétrant dans la baraque* servant d’ambulance à sa brigade. — Nous mourons, mon général, » répondit un malade avec une calme simplicité*.

Tel était le moral de l’armée d’Afrique. Nous l’allons présenter sous son aspect physique en campagne.

Le soldat portait une énorme giberne, soutenue par une buffleterie se croisant sur la poitrine avec le baudrier du sabre. La grande et grosse capote grise était hermétiquement boutonnée jusqu’au col; le sac portait les effets réglementaires comme aujourd’hui, avec cette différence que la couverture était énorme et que le sac était surchargé de cinq jours de vivres.

Au moment où le 52° arriva, on y mettait jusqu’à treize jours de vivres; c’était la seule manière de suppléer à l’insuffisance des transports. La chose était devenue possible, parce qu’on avait transformé la grosse couverture en demi-couverture, et le sac de campement en tente-abri. Voici comment :

Dans la campagne de 1840, le duc d’Orléans entendit lire au rapport du Maréchal Valée une punition grave; c’était celle d’un sergent du 17e léger, auquel quinze jours de prison étaient infligés pour avoir coupé sa couverture en deux.

Le prince s’intéressait à tout : il eut la curiosité d’interroger le sousofficier. La grosse couverture, lui répondit celui-ci, avait tous les inconvénients possibles de volume et de poids, et, presque toujours, on ordonnait à la troupe de n’emporter qu’une couverture pour deux hommes; il avait partagé la sienne avec son camarade.

Le duc d’Orléans fit faire un paquetage sous ses yeux, et convainquit le maréchal Valée de ce que cette moitié seule avait d’avantageux pour

1. Cages construites en planches de caisses à biscuits; quelquefois même les caisses manquaient, et le service hospitalier se faisait sous la tente.

2. De 1845 à 1845, la proportion des morts aux hôpitaux par maladies (fièvre, dysenterie, méningites) fut, au Régiment, de 17 pour 100.

LA 32e DEMI-BRIGADE.

le soldat. Ou prescrivit aussitôt aux corps de verser au campement la moitié des couvertures, et de couper l’autre moitié en deux. L’intendance poussa les hauts cris et invoqua sa responsabilité. Le prince la rassura, déclarant qu’au besoin il payerait de ses deniers les couvertures coupées.

L’histoire du sac de campement est à peu près la même. Ce sac, fort lourd, était distribué avant l’ouverture d’une campagne; il servait à mille usages. L’homme s’y glissait bien la nuit, pour ne pas dormir tout à fait sur la terre nue, mais le sac servait surtout pour les distributions. Quand il était mouillé, il n’était bon à rien; le soldat ne pouvait plus s’en servir la nuit, et n’avait plus rien pour se couvrir.

Vers 1840, quelques soldats du 17e léger, plus intelligents ou plus audacieux que leurs camarades, eurent l’idée de découdre les sacs de campement, pour s’en faire des abris, en les réunissant, deux par deux, à des ficelles attachées à des bâtons. La tente-abri était inventée. Le colonel Bedeau laissa faire. Quelques généraux lui firent des observations. Il réclama, et le duc d’Orléans lui donna gain de cause. Il ordonna que chaque corps lui présenterait un modèle de tente. Celui des chasseurs à pied fut adopté.

Les améliorations qui se succèdent dans l’armée sont dues le plus souvent, comme on le voit, à l’initiative du simple soldat.

Nous empruntons à M. le duc d’Aumale, le récit vivant et charmant de la vie en campagne pendant la guerre d’Afrique :

« Voyez-les approcher du bivouac : quelques hommes sortent des rangs et courent à la source voisine, pour remplir les bidons d’escouade, avant que l’eau ait été troublée par le piétinement des chevaux et des mulets. Les fagots ont été faits d’avance et surmontent déjà les sacs. La halte sonne, le bataillon s’arrête et s’aligne sur la position qui lui est assignée, la compagnie de grand’garde est seule en avant. Tandis que les officiers supérieurs vont placer les postes eux-mêmes, les faisceaux se forment sur le front de bandière, les petites tentes se dressent, les feux s’allument comme par enchantement. Les corvées vont à la distribution des vivres, des cartouches; les hommes de cuisine sont à l’œuvre; d’autres coupent du bois, car il en faut faire provision pour la nuit; d’autres fourbissent leurs armes; d’autres encore réparent leurs effets avec cette inévitable trousse du soldat français. Cependant la soupe a été vite faite; on n’y a pas mis la viande de distribution, destinée à bouillir toute la nuit, pour ne figurer qu’au repas de la diane. La soupe du soir se fait avec des oignons, du lard, un peu de pain blanc, s’il en reste, ou, si l’ordinaire est à sec, elle se fait au

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