‹ Histoire d'un regimentChapitre 79 sur 135 · IIIST01IU*: D'UN R KG IM EN T · texte numérisé non relu

IIIST01IU*: D'UN R KG IM EN T

café, c’est-à-dire que le café liquide est rempli de poussière de biscuit cl transformé en une sorte de pâte, qui ne serait peut-être pas du goût de tout le monde, mais qui est tonique et nourrissante; ou bien encore le chasseur, le pêcheur de l’escouade ont pourvu la gamelle, qui d’un lièvre, qui d’une tortue, qui d’une brochette de poissons; nous ne parlons pas de certains mets succulents, savourés parfois en cachette, une poule, un chevreau, dont l’origine n’est pas toujours orthodoxe'. La soupe est mangée, on a fumé la dernière pipe, chanté le joyeux refrain. Tandis que les camarades de tente s’endorment entre les deux couvertes, la grand’garde change de place en silence, car sa position aurait pu être reconnue — »

Voilà le beau côté du tableau, le côté pittoresque; mais la guerre d’Afrique n’a pas eu toujours l’aspect facile du récit qui précède.

Nous devons éprouver une sorte de respect attendri pour les vaillants soldats qui ont écrit avec leur sang des pages immortelles au livre de nos annales. Ceux qui ne leur accordent que l’impétueux et théâtral courage de l’attaque, ceux qui leur contestent la patience et la fermeté dans les privations et les revers, n’ont jamais lu les récits de la conquête de l’Algérie. Se battre n’était pas assez pour eux. On les employait à tout : ils faisaient tous les métiers par tous les temps, par toutes les saisons ; ils déposaient leurs fusils pour prendre la truelle du maçon, la hache du bûcheron ou la pioche du terrassier. Officiers et soldats manquaient souvent de tout, excepté du sentiment, du devoir. Tout fut grand chez eux : les calamités et les erreurs, les souffrances et les illusions.

Si le succès a couronné leurs efforts, il faut l’attribuer au caractère vigoureusement trempé des officiers et des soldats, à cette gaîté vraiment française, qui les portait à rire et à plaisanter dans le danger et au milieu des souffrances et des misères les plus écrasantes.

Pour compléter le tableau, il convient d’ajouter que chacun savait que, fait prisonnier, c’était pour tous la mutilation et les tortures les plus épouvantables.

L’ivresse du sang rendait les Arabes semblables aux bêtes fauves. Et puis, il faut ctre juste, c’était un peuple qui défendait son indépendance. Il s’était groupé autour d’un chef habile et entreprenant, qui avait réussi à réunir les tronçons épars de la race indigène. Est-il besoin de nommer Abd-el-Kader, dont « l’étoile, un moment, fit pâlir celle de la France* ».

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