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Plage de débarquement et entrepôts de l’armée française

Tellement les principaux frais. Quelquefois il y avait relâche, par ordre , les artistes devant marcher pour une opération de guerre. Lorsque la troupe était revenue, c’étaient souvent des doublures qui tenaient la place des chefs d'emploi, plus ou moins éclopés, s’il ne leur était pas arrivé pire. Dans ses intéressants Souvenirs de la guerre de Crimée, le colonel Fay nousa conservé l’affiche bien émouvante d’une représentation organisée avant, mais donnée après le terrible assaut des ouvrages blancs et du Mamelon-Vert. Le programme est raturé en plusieurs endroits; on lit en tête : « Au bénéfice des blessés du 7 au 8 juin. — Représentation extraordinaire. Deux amateurs ayant été tués et plusieurs blessés, on a été obligé de changer le spectacle qu’on se proposait de donner. »

Est-ce que ce n’est pas là un document d’une singulière éloquence?

« On affluait de toutes parts à ce théâtre, les officiers anglais surtout; ils ne manquaient pas d’y accourir, même de Balaklava. Le couplets de vaudeville étaient souvent accompagnés par le canon des batteries russes élevées de l’autre côté de la Tchernaïa, sur les hauteurs, et que les loustics de l’endroit

, i • . j ' . (Dessin de Raffet. Collection de M. le duc d'Aumale.)

avaient plaisamment dénommées d’après la bouffonnerie fameuse des

Saltimbanques. La plus voisine, dont les boulets sont venus deux ou trois fois troubler la mise en scène, s’appelait Gringalet; plus loin, c’étaient Bilboquet et Zcphyrine. En dehors de ces dénominations illustres, on citait aussi Flageolet et l’inévitable Guignol. Tous ces noms-là, notons-le bien, sont devenus historiques; ils figurent sérieusement dans plus d’une dépêche, dans plus d’une relation officielle.

« 11 y avait encore, mais dans Karabelnaïa, sur la rive droite du port militaire, une autre batterie célèbre, la batterie du Zouave, ainsi dite parce qu’un jour on l’avait vue surmontée d’une toile immense, pareille

Piron, capitaine au 52° de ligne. — 1819.

à colles qui s’étalent dans les foires, et sur laquelle un barbouilleur de Sébastopol avait représenté grotesquement un zouave harponné par un cosaque. C’est (pie le soldat russe avait aussi ses gaietés. Le lfi mai et les jours suivants, toutes les fois que le vent était assez fort, on avait vu s’enlever, de l’intérieur du bastion du Mût, un énorme cerf-volant, de forme rectangulaire, en papier rouge frangé de blancs, qui avait aussitôt servi

Antoine Fris, voltigeur au 52e de ligne. — 1849. (Dessin de Raffet. Collection de M. le duc d'Aumale.)

de cible aux tireurs de la 4 e parallèle. Les fortes tètes peinaient à se creuser pour pénétrer le mystère de cette apparition, de ce signal sans doute, et dans un ouvrage sérieux nous lisons ceci encore : « Personne ne le sait; le sens et l’objet de cette manœuvre n’ont jamais été connus. « En vérité, ce n’était rien moins qu’une manœuvre, c’était tout simplement un jeu, une plaisanterie, une farce, pour amuser le Français, selon l’expression russe.

« Entre le Russe et le Français il y avait des rapports de caractère et comme une sympathie d’instinct. Dans les suspensions d’armes, ce n’étaient

pas seulement les officiers qui s’abordaient volontiers et s’entretenaient courtoisement ensemble; les soldats fraternisaient aussi à leur manière; on comparait par échange le cognac à la vodka' ; et lorsque venait le moment de se quitter, on voyait quelquefois partir le Russe coiffé d’un képi, et le Français d’une casquette. »

Le général de la Motte-Rouge raconte : « Vraiment les soldats russes et les nôtres sont très drôles. On m’a dit que, ces jours derniers, des Russes placés dans une embuscade voisine de nos tranchées, avaient placé une bouteille sur le parapet, et l’avaient ainsi mise pour servir de but aux balles de nos soldats qui la brisèrent au quatrième coup, aux grands applaudissements de nos ennemis. Quelques instants après cette prouesse, les nôtres plantèrent une chachia ou bonnet turc, dont ils sont à présent tous coiffés, sur le parapet de la tranchée , pour défier l’adresse de leurs voisins de l’embuscade :

feu de la part de ceux-ci qui, à leur tour, percèrent la chachia de plusieurs balles; de là, applaudissements et bravos frénétiques des lins et des autres. » François, lieutenant au 32e de ligne. — 1849.

Il ajoute : « Ouels soldats (Dessin de Raffet. Collection de M. le duc d’Aumale.)

au monde sont plus intrépides

que les nôtres? Quels officiers ont plus d’entrain et de bravoure? Il n’y en a pas.

« Rien n’est pittoresque comme de voir ces longues files d’hommes se rendant aux tranchées vêtus de leurs capotes bleues, la tête enveloppée dans le capuchon, le fusil suspendu à l’épaule, le sac sur le dos et, ployé sur ce sac, le paletot en peau de mouton, le petit bidon contenant la provision de vin ou d’eau-de-vie au côté, les jambes enveloppées dans de

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