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Eau-de-vie de grain dont les Russes font grand usage

HISTOIR E D’UN RÉGIMENT.

grandes guêtres en peau de mouton qui vont au-dessus du genou.

« Les hou lcts, la mitraille les accueillent souvent au passage; mais ils n’en vont pas moins prendre leur poste à 150, 200 mètres de l’ennemi et sont là, pendant 24 heures, bravant sans appréhension les feux de la place, comme ils supportent, sans se plaindre, la pluie, le vent, la neige, toutes les intempéries des saisons. Admirables soldats que nos fantassins! ce sont eux qui creusent les tranchées, sous la direction des officiers d’artillerie; ce sont eux qui les défendent, qui les protègent. »

Et ce ne fut pas tout! On leur lit porter, à la main, les boulets de l’artillerie anglaise. Ce détail montre bien à quel point nous étions dupes dans notre alliance avec cette nation, dont nous allions faire les affaires en Crimée. Pendant que les chevaux de l’artillerie légère anglaise restaient à Balaklava, bien installés sous de bonnes baraques, ne fournissant aucun travail, on tuait les nôtres à traîner le matériel de nos alliés; le jour, ils allaient à Kamiesch, chercher des vivres et des fourrages, et ils passaient la nuit sur les travaux du siège. Aussi, nos troupes avaient-elles fini par ne pas apprécier beaucoup les bienfaits de l’alliance, et furent-elles indignées lorsque, nos chevaux même venant à manquer, ils devinrent les bêtes de somme de l’Anglais. Certes, ils se soumirent à cette corvée avec une parfaite obéissance et non sans une certaine gaieté. Mais quelle joie si on leur eût dit : « Alliance avec les Puisses et guerre aux Anglais! »

Sympathie et antipathie partagées par les héroïques défenseurs de Sébastopol :

ce II est indispensable de faire remarquer, a écrit le général de Todleben’, que les Français gardaient leurs tranchées avec beaucoup plus de vigilance et les défendaient avec incomparablement plus de ténacité que les Anglais. Il arrivait souvent que nos volontaires s’approchaient des tranchées anglaises sans avoir été aperçus, sans avoir eu un seul coup à tirer, et trouvaient les soldats de garde dans la tranchée, assis dans une complète insouciance, loin de leurs fusils rangés en faisceaux. Avec les Français, les choses se passaient autrement : ils étaient toujours sur le qui-vive, de façon qu’il nous arrivait rarement de nous approcher d’eux sans avoir été remarqués, et sans être préalablement reçus par une vive fusillade. »

Un ordre du corps de siège donnera l’explication de ce jugement flatteur et mérité.

De sages dispositions et des signaux avaient été prescrits en cas de

1. Officier du génie que les événements mirent hors de pair, et auquel ils assignèrent un rôle capital dans la défense de Sébastopol. Son jugement a une portée considérable

sortie de la part de l’ennemi. Ces signaux consistaient en sonneries de clairon et en fusées; ils étaient faits par les officiers placés aux observatoires :

« Les signaux par clairon sont de trois espèces et font connaître : lu que l’ennemi est en vue, par la sonnerie garde à vous; 2° qu’il attaque avec une petite colonne sur un point de la ligne, par la sonnerie le rappel; o° que l’attaque est formée par des troupes nombreuses, par la sonnerie l’assemblée; la breloque annonce que l’attaque est terminée.

« On lancera deux fusées pour le premier cas; trois pour le deuxième; quatre pour le troisième; les fusées sont en étoiles pour la droite, en marrons pour le centre, .en serpenteaux pour la gauche — »

Les sorties furent alors repoussées plus sûrement et avec moins de pertes.

Les bombes et les maladies ne faisaient déjà que trop de victimes. Les fortes chaleurs aidant, le choléra qui avait reparu depuis l’arrivée du corps de réserve, prit un caractère alarmant, surtout dans les jeunes troupes, tandis que le scorbut, aussi en recrudescence, atteignait de préférence les vétérans du siège.

Le bulletin médical de juin 1855 donna le chiffre le plus élevé de toute la campagne.

Les pertes, au 52e, sont environ de 25 pour 100. Nous avons relevé sur 599 hommes, venus en mai du 29e pour renforcer le Régiment, 171 morts par maladie.

Le feld-maréchal lord Raglan fut, comme son premier collègue, le maréchal de Saint-Arnaud1, frappé à la tête de son armée par le choléra. Le 5 juillet, entre deux haies formées de soldats de France et d’Angleterre, le cercueil, couvert du drapeau britannique, entouré des quatre généraux en chef, suivi de tout ce qu’il y avait d’officiers libres de service, s’avança lentement, au pas de huit chevaux d’artillerie, au bruit du canon.

Ilébrard, lieutenant de voltigeurs au 52e de ligne. — 1849.

(Dessin de Raffet.

Collection de M. le duc d’Aumale.)

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