Guerre de Crimée (Camille Rousset
G’cst l’assaut général, et bientôt tout le saillant <le Malakoff est conquis, cl sur le parapet flotte au vent, solidement planté par les zouaves du général de Mac-Mahon, le drapeau de la France.
Et sur la croupe du Carénage, d’où notre 52' découvre tout le panorama de la lutte, tous les cœurs battent; officiers et soldats trépignent de rage d’assister immobiles à celte victoire, dans laquelle vainqueurs et vaincus se couvrent de gloire. Les obus et les boulets pleuvent sur les bataillons au repos. Notre colonel, M. Cavaroz, qui fait fonctions de général de tranchée aux ouvrages Lavarandc, a la jambe droite emportée par un de ces boulets qui blesse également, à côté de lui, le capitaine adjudantmajor Logerot.
La nuit vint; mais le succès était complet, et les Russes en retraite.
« Mais alors, à la fois pour assurer la retraite et pour ne laisser au vainqueur que des ruines, commença l’œuvre des incendiaires, souvenir de Moscou. Batteries, bastions, redoutes, magasins sautaient les uns après les autres; des colonnes de feu jaillissaient de toutes parts, les explosions confondaient leur fracas, et le sol frémissait, comme secoué par les saccades violentes d’un tremblement de terre. Deux heures durant, les alliés, des hauteurs de la Chersonèse, les Russes des hauteurs de Severnaïa, contemplèrent, muets d’horreur, l’anéantissement de Sébastopol1.... »
Dans les premiers jours d’octobre, tous les soldats de la classe 1847, libérables depuis cinq ou six mois, partirent pour la France. Avec quelle résignation ils avaient fait le rabiau 2! Quelle joie, quel bonheur d’aller revoir la famille, le toit paternel, après avoir échappé à tant de dangers ! Quelle fierté de s’en retourner au village avec ce congé sur lequel est écrit, en toutes lettres, qu’ils ont été retenus pour le service de la Patrie!
Et la campagne de Crimée s’acheva lentement, sans incidents notables. Autour de Sébastopol, des milliers de travailleurs s’occupèrent à combler les tranchées qui, mises bout à bout., auraient eu quelque quatre-vingts kilomètres de développement.
Depuis le 15 septembre le 52e était au camp de Traktir, sur la Tchernaïa. Voici, à cette date, l’état d’effectif : Officiers, 47 disponibles; 9 indisponibles. Troupe, 1219 hommes disponibles; 781 indisponibles.
C’est alors que commença la lutte contre un ennemi cent fois plus redoutable que le canon et la mitraille : les régiments étaient ravagés.