‹ Histoire d'une collaboration: Alexandre Dumas et Auguste Maquet; documents inéditsChapitre 18 sur 30 · VI · texte numérisé non relu

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décembre iS.jj.

histoire d'une COLLABORATION III

Les comptes subsistaient et les prêts se multipliaient. Maquet s'exécute ; il y avait d'autant plus de mérite qu'il avait peu d'espoir d'être remboursé. Dumas était toujours traqué par ses créanciers ; dans quelques périodes tragiques sur lesquelles il nous paraît inutile d'insister, Maquet avait dû porter secours à son ami.

Mais, comme nous l'avons dit, Maquet n'avait que sa plume pour vivre, et si peu intéressé qu'il fût, les sommes qu'il recevait d'une main pour les prêter ensuite de l'autre ne lui apportaient aucun secours. Il n'avait qu'une ressource, c'était de gagner de l'argent en travaillant seul ; il allait s'y décider, quand éclata un coup de théâtre qui arrive même dans la vie des auteurs dramatiques. Coup de théâtre, c'est le cas de le dire.

Dumas avait obtenu, en octobre 1846, la concession du théâtre Montpensier qui devait s'appeler le Théâtre Historique. Il était chargé de « la direction morale et artistique ».

C'était pour Maquet sinon une occasion, du moins une espérance de recouvrer l'arriéré.

Alors intervint la convention du 10 février i848. Elle a été publiée. Nous la résumons :

Cession par Maquet de son droit de copropriété sur les ouvrages faits avant le icr janvier i848, moyennant la somme de 1 45, 200 francs que Dumas s'engage à payer à Maquet dans le délai de onze années et en douze termes par année, chacun de 1,100 francs, payables de mois en mois.

Comme transports en garantie, Dumas cède une somme de 66,000 francs par année, qui lui sont dus par la direction du Théâtre Historique; un droit de billets d'auteur, etc. ; enfin il était convenu que Dumas était obligé de fournir par an, au Théâtre Historique, trois grands ouvrages au moins, signés de Dumas et Maquet seuls.

Une clause résolutoire indiquait que cette cession par Maquet de son droit de copropriété serait considérée comme nulle si Dumas ne remplissait passes engagemenls.

Nous verrons plus tard comment il les a remplis.

L'acte de 1848 rétablissait la confiance de

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Maquet si fortement él)ranlée. Pour la première fois, il avait un traité en règle et croyait que le Théâtre Historique lui offrait une garantie pour le recouvrement de sa créance, une créance assurément bien modeste, « si, comme l'a dit Maquet plus tard, l'on songe aux sommes énormes touchées par Dumas et à la valeur immense de la propriété de 200 volumes, à lui cédée par ce traité ».

Les froissements qui menaçaient d'altérer la fraternité littéraire des deux amis s'effaçaient.

S'effacèrent-ils complètement à ce moment? Je n'oserais l'affirmer. Pour Dumas, cela n'était pas douteux. Quand il avait signé un engagement pour s'acquitter d'une dette, il se croyait volontiers libéré. Une échéance retardée était pour lui une échéance payée.

N'avait-il pas une confiance absolue, et légitime d'ailleurs, dans son génie? N'avait-il pas une plume de laquelle il pouvait tirer beaucoup d'argent? Il en serait quitte pour travailler jour et nuit. Il a dans son cerveau un gros capital intellectuel qu'il peut convertir en

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rentes. Donc Dumas marche toujours dans son ri\c étoile.

Maquet, plus rassuré, poursuit sa lâche presque seul — Dumas étaut très absorb:'* par ses fonctions au Théâtre Historique — ; il s'occupe de la publication des romans en cours.

En iS![C) paraissait, dans le Siècle, Le Vicomte

'rof/e/onne, commencé en 18/17. J'extrais de

la correspondance de Dumas quelques billets :

.Moû ami,

Il ne faut pas, je crois, que Gilbert voie le roi avant qu'il lui dénonce L'existence des quinze millions. Son entrée de fouine y perdrait. Je vais faire la confession de Mazarin. Je vais faire toute la scène de l'argent et je vais faire le testament.

Il me faudrait une bonne biographie de Mazarin.

Et puis n'est-ce pas dam Brienne que toute cette histoire de testament est relai

Il faut peindre l'inquiétude de Mazarin pendant les trois jours que le testament reste chez le

serait-ce pas bien que ce fût Fouquel qui lui donnai le conseil de refuser pour laisser le roi

urœ? 11 est vrai quo lo conseil ùterait de la

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grandeur au refus, mais ce serait un bon moyen de dessiner Fouquet qui, jusqu'ici, est resté derrière le rideau.

Fouquet conseillerait de rendre — Anne d'Autriche de garder — Louis XIV avec son libre arbitre se déciderait pour le parti le plus noble. — Cela sauverait tout.

Ce qu'il y a de plus clair, c'est qu'il faut que nous nous voyions pour jeter delà limpidité dans tout cela.

Mais je crois Mazarin avouant tous ses petits méfaits, toutes ses petites roueries les uns après les autres et ne parlant aucunement de ses vols — un bon type surtout quand le théatin aborderait la ques^tion d'argent. Comme il n'a pas de secrets pour Colbert, Colbert resterait dans la ruelle pendant la confession.

Croyez-vous bien dessiner le théatin et voulez-vous faire la scène? — Si vous ne la sentez pas, je la ferai.

Mais je la crois bonne et importante. Faites du Balsamo, mon ami, et venez me rejoindre au théâtre sur les midi.

A vous,

DUMAS

Les « Plaisirs de Porthos » sont quelque chose de merveilleux.

« Tout cela est excellent. Vous inventez tous les jours quelque chose, et cette belle jeunesse contrastera bien avec nos vieux. >

Cher ami.

Le feuilleton est arrivé trop tard, je voudrais voir celui do demain : avez-voua décrit l'intérieur de la grotte, pour donner une idée du champ de bataille?

Pourquoi atteudent-ils au lieu de fuir?

Mais ce qui est particulièrement intéressant, c'est la correspondance avec le Siècle, et je trouve une lettre bien curieuse de Matharel de Fiennes adressée à Maquet, au momenl du procès de i858, dont nous parlerons plus loin. Mais cette lettre doit se placer ici, car elle fixe d'une façon définitive la nature et l'importance de la collaboration de Maquet.

ta janvier i858.

Mon cher M. Maquet,

Deux lignes pour \<>ns dire que je viens de lire !<• compte rendu >le votre procès et que mon témoignage peul rectifier une erreur,

En 1849 — je ne puis pas préciser la date — le Siècle publiait Le Vicomte de Bragelonne. Perrée était absent et je le remplaçais.

On m'avertit à six -heures du soir que le feuilleton qu'on était allé chercher à Saint-Germain, chez Alexandre Dumas, était perdu. Il fallait au Siècle son feuilleton, le feuilleton est dans sa charte. Les deux auteurs m'étaient connus, l'un habitait à Saint- Germain, l'autre à Paris. J'allai trouver celui qui était le plus facile à joindre. Vous alliez vous mettre à table. Vous eûtes la bonté de laisser là votre dîner et vous vîntes vous installer dans le cabinet de la direction. Je vous vois encore à l'œuvre. Vous écriviez entre une tasse de bouillon et un verre de vin de Bordeaux que vous teniez de la munificence du Siècle. De sept heures à minuit, les feuillets se succédèrent, je les passais de quart d'heure en quart d'heure aux compositeurs. À une heure du matin, le journal était tiré avec son Bragelonne.

Le lendemain, on m'apporta le feuilleton de Saint- Germain qui avait été retrouvé sur la route. Entre le texte Maquet et le texte Dumas il y avait une trentaine de mots qui n'étaient pas absolument les mêmes, sur 5oo lignes qui composaient le feuilleton.

Voilà la vérité. Faites de cette déclaration ce que vous voudrez.

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