MATHAREL DE FIENNES
IlS HISTOIRE D'UNE COLLABORATION
P. S. — Mes souvenirs pouvaient être taxés d'inexact i tude. J'ai fait constater les faits par le frétant du al, par le chef de la composition et par le recteur.
Correcteur du Siècle en 18/19, je certifie avoir corrigé le feuilleton indiqué sur la copie de M. Maquet.
TALRICH.
Gérant responsable du journal le Sièch à cette époque, je certifie que les faits relatés ci-contre sont
23 janvier 1
lui I
Chef de la composition à celte époque, je certifie que le feuilleton du jour a été composé sur la copie de M. Maquet.
s3 Janvier 1
VOIVEÎTELLE.
Timbre postal : »3 Janvlê M. Maquet, i:>. me de Bruxetl
11 faut avouer que l'homme susceptible do instituer tout un feuilleton au pied levé le
portait évidemment tout entier dans son cerveau, qu'il l'avait primitivement conçu et écrit ; il aurait été incapable, en changeant seulement « une trentaine de mots », de pouvoir le reproduire au courant de la plume avec cette fidélité.
D'ailleurs Dumas ne reconnaissait-il pas très loyalement cette paternité de Maquet, lorsqu'il écrivait : « Vous inventez tous les jours. »
A propos du Vicomte de Bragelonne, je retrouve celte note de Maquet qui relate un amusant anachronisme fait par Dumas dans un développement ajouté par lui à la hâte au moment d'envoyer le feuilleton :
SIECLE 1 4 mars i84g.
Vicomte de Bracelovm:
Il y a eu duel, on veut le cacher au roi Louis XIV. On lui fait accroire que les coups de feu tirés ont été tirés à l'affût.
— A l'affût de quel animal! (demande le roi.)
— Du sanglier, Sire.
— Et quelle idée a eue Guîche d'aller comme cela tout seul à l'affût du sanglier ?... 11 avait donc eu connaissance delà bès
— Oui. Sire. Des paysans Taxaient vue dans leurs pommes de terre.
Le lendemain, lettre de Maquet à Dumas :
Cher ami. est-ce possible? Pommes de terre! sous Louis \l\ .' et la Heur de Parmentière à la boutonnière de Louis XVI .'
Aussi M. Dumas fit-il rectifier, et on lisait dans le Siècle {le i5 mars i84q) :
Par une erreur de copiste une faute s'est glissée dans notre feuilleton d'hier ; au lieu de pommes de terre, lisez : pommes d'amour.
Mais le roman est suspendu faute de copie, ce qui place le Siècle dans un cruel embarras. Aussi Louis Perrée, le directeur-gérant, s'adressel-il à Maquet directement pour obtenir de lui qu'il écrive la fin du Vicomte de Bragelonne. Mais Maquet, pour donner à un des derniers chapitres sa véritable couleur historique, avait voulu auparavant visiter le château de Vaux.
Louis Perrée, tout en comptant sur le zèle de Maquet pour achever le roman, avait répondu au sujet du château de Vaux :
Journal « LE SIÈCLE » 20 août i849-
Louis PERRÉE, directeur-gérant
Mon cher Maquet,
Les jours passent, et je ne vois rien venir. Je me suis cependant expliqué assez franchement avec vous pour pouvoir compter sur votre empressement à nous livrer la fin du Vicomte de Bragelonne. Fixez-moi, je vous en prie, un jour qui nous permette d'annoncer la reprise d'une manière positive.
Je me suis occupé de la permission que vous désirez pour visiter le château de Vaux; il faudrait vous adresser à M. Genac, ancien chef de division au ministère du commerce, qui est actuellement chargé des affaires de la famille Sébastian!. M. Cenac demeure rue de Monsieur, n" 2. La famille tient surtout à ce qu'on n'exploite pas dans la publicité la triste célébrité qui s'est attachée à cette propriété depuis la mort du duc et de la duchesse de Praslin. J'ai dit qu'il ne s'agissait pour vous de visiter le château et le parc qu'au point de vue des souvenirs historiques du temps de Fouquet. On m'a dit qu'en le disant, vous obtiendriez sans peine l'autorisation que vous désirez.
Voilà, mon cher Maquet, le résultat de mes démarches. Prouvez-moi, vous aussi, votre bonne
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A peu près même aventure se produisit pour Ange Pitou. C'est encore à Maquet qu'on réclame la copie promise par Dumas :
LA l 'CESSE i3i, rue Montmartre
Monsieur,
Je me suis présenté aujourd'hui chez vous sans avoir la chance de vous rencontrer. Je voulais vous demander où vous en étiez d'Ange Pitou. M. Dumas nous néglige singulièrement. Si j'avais la certitude que vous êtes en avance sur lui. je serais au moins un peu tranquille.
Veuillez agréer, Monsieur, L'expression de mes sentiment^ les plus distingués.
\. Mit rzER.
Monsieur Maquet, i6, rue de Bondy.
•I. Dumas nous néglige singulièrement. » Évidemment. Diriger un théâtre, écrire des romans, des pièces, et plusieurs romans et plusieurs pièces en même temps, c'était trop. Maquet oH'rait une cible toute trouvée, humas puu\;ii! signer tous les traites a lui seul, un ne
s'en adressait pas moins à Maquet directement, puisque Dumas était insaisissable.
Maquet pressait Dumas de tirer une pièce de La Dame de Monsoreau ; il n'avait certes pas tort puisque, maintenant encore, chaque reprise de ce drame fournit une belle série de représentations, mais Dumas y renonce :
Mon cher ami,
Je vous assure qu'avec la meilleure volonté du monde, je ne saurais me tirer de la Dame de Monsoreau. Je ne sais où donner de la tête.
Il serait monotone de passer en revue tous les ouvrages, car les billets de Dumas se ressemblent et fixent nettement le mécanisme de la collaboration. Olympe de Clèves, La Tulipe noire, Ingénue, Les Drames révolutionnaires sont ensemble sur le chantier ; Dumas demande 200 pages de La Tulipe, 35o à 4oo pages à.' Ingénue ; pour Olympe de Clèves, citons seulement ces indications de Dumas :
Mon ami, je crois qu'il y a une petite erreur dans notre plan.
r>fi nisroiRi d'une coilabohatiou
Nou- étions convenus que M. de Mailly allait chercher Olympe pour combattre t'influence que le roi venait de prendre sur sa femme ou plutôt que sa femme menaçait de prendre sur le roi;
Qu'en revoyant Olympe il en redevenait amoureux et qu'alors il se décidait pour garder sa maîtresse à laisser sa femme devenir maîti roi.
Il y avait dans ce revirement quelque chose de charmant qui disparait à mon avis si M. de Mailly va chercher Olympe sans aucune raison de la faire débuilement pour acquitter une promesse.
Je voudrais bien voir la suite de votre copie, cher ami, pour voir où elle me mène, parce qu'à moins de bonnes raisons connue vous m'en donnez si souvent, je tiendrais à nia première idée.
C'est-à-dire :
Mailly jaloux de sa femme.
Mailly allant chercher Olympe.
Mailly redevenant amoureux d'Olympe.
Mailly laissant sa femme devenir la maîtresse du roi plutôl que de renoneer à l Hympe.
De cette façon, après le chapitre Êrotamie, je
reprendrais mon récit, que je ferais remontera quatre
mois, afin d'avoir la gelée, qui l'ait bien. Pendant ces
quatre mois, toutes les intrigues que vous avez dû
iler dans les cent pages suivant
Vous voyez donc que j'ai besoin de copie ou qu'il faut que je m'arrête.
A vous.
DUMAS
On comprend que Dumas veuille savoir où Maquet le mène, mais Maquet voudrait bien savoir aussi, lui, où le mène ce travail acharné. Puisque sa collaboration est si publique qu'on lui réclame les romans signés Dumas, le moment n'est-il pas venu de tenter une démarche pour obtenir la double signature ? Mais Maquet, toujours réservé pour lui-même, ne veut pas se mettre en avant. Il a recours à son ami Lacroix, et ce qui l'encourage c'est qu'autour de lui on s'étonne que le travail si énorme auquel il se livre soit si mal récompensé. Lacroix n'hésite pas. Il voit Dumas et se heurte à un refus. Dumas considère que tout est pour le mieux. Je le crois bien. Lacroix n'est pas satisfait, et cependant il conseille à Maquet de « ne pas rompre la glace dans l'intérêt de deux personnes : Maquet et Dumas ». Maquet est naturellement désappointé, il l'est d'autant plus que Dumas, toujours
harcelé par ses créanciers, cherchait à se créer des ressources en dehors, puisque sa collaboration théâtrale avec Maquet devait solder une partie de l'arriéré; alors Dumas laissait Maquet travailler seul pour eux deux et il acceptait la collaboration de jeunes auteurs dont il tirait un profit immédiat. Maquet, assez irrité, écrivait, en décembre i8jo, cette lettre à Dumas :
Mon cher Dumas,
Vous ne vous apercevez pas que vous abandonnez complètement et nos contrats et noire amitié-. Ceux-là nous garantissaient contre le malheur qui peut venir de nous, celle-ci contre le malheur qui peut venir des autres.
Jamais le pri\ de nos travaux ne m'arrive. Vous me laissez dans la gène quand vous devriez me faire payer préférablement à tout.
Vous ne songez pas, cher ami. que j'ai pour vous surDulonget sur Porcher des arriérés considérables.
Vous ne vous rappelez pas que dans nos comptes à înius deuxl'arriéré ne se comble pas.
Vous avez touché vos primes au théâtre el on me refuse les miennes. En effet, pourquoi s'y occuperaiton de moi quand on \<>us vnii chercher à droite el à
~ -f-ii ***<-~è£ZZZ~l S2a~1*.i^.~ ~S—r2S%s> M~«, ■„.-, •<►. B*„ .«^^fe^. ^J^.m*^, f./,.'tG~ .1/1». fi,,^6^/.«,~ ■■",/! *"-*?• «•■«-*-/" /"
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