‹ Histoire d'une collaboration: Alexandre Dumas et Auguste Maquet; documents inéditsChapitre 21 sur 30 · LA SEPARATION. - LES PROCÈS · texte numérisé non relu

LA SEPARATION. - LES PROCÈS

Dumas avait pris une décision énergique après ses malheurs : il était parti pour Bruxelles. Là il pouvait travailler à l'aise sans perdre le temps à recevoir ses créanciers et, ce qui était plus agréable, retrouver des amis proscrits lors du coup d'Etat. Il conservait un fidèle souvenir pour Maquet et ne perdait jamais une occasion de rappeler les anciennes batailles.

Dans un de ses volumes, Causerie avec mes lecteurs, 22 novembre i853, on relève une phrase qui a la mélancolie d'un testament : « Catilina, un des meilleurs drames que j'aie faits avec Maquet dans une collaboration qui

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me sera toujours chère. » El c'est un cri du cœur sincère. Dumas comprenait quelle perte il faisait en n'ayant plus ce sûr et fidèle compagnon avec lequel il avait vécu intellectuellement pendant dix années, à nue époque qui marquait pour lui l'apogée de sa gloire. Ce grand enfant était un peu comme un orphelin, livré aux vents de la tempête, obligé de se débattre sans le secours de cette chaude amitié à laquelle il devait tant.

On peut dire que l'heure tragique sonnait pour Auguste Maquet. Certes il avait un brillant '•, mais connu seulement d'une élite, djspoi faire la pari du lion à Dumas et ignorante du rôle prédominant qu'il avait joue dans celte collaboration anonyme. Il renonçait à associer désormais sa destinée à celle de Dumas. 11 allait travailler seul et être jugé sur sa valeur personnelle. Il si1 mil résolumenl à l'œuvre, de (85a 56, et écrivil La Belle Gabrielle, Le Comte de Lavernie et La Maison du Baigneur; il en tira ensuite des pie

Le succès l'ut éclatant. Il suffit de lice les

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articles de ia critique de l'époque. Et, au bout de soixante ans, les romans et les pièces ont gardé leur popularité. Ce fut pour Maquet une grande consolation, ce fut surtout une revanche, et même, mieux encore, l'attestation de sa manière, si on peut employer ce terme, la consécration de la parenté entre La Belle Gabrielle et Les Mousquetaires. C'est ce que Maquet fait ressortir dans la préface de sa sixième édition de La Belle Gabrielle, préface écrite en 1860, après la séparation, et d'où émane un accent de mélancolie :

Dans cette longue galerie de romans historiques que j'ai composés en société avec l'écrivain célèbre que l'on nomme aujourd'hui le plus fécond de nos romanciers, il est resté beaucoup de cadres vides.

Ce n'était pas une idée stérile que d'illustrer par des portraits ou des paysages la chronique de notre pays, et nous nous y étions dévoués tous deux avec une ardeur, je devrais dire avec une fièvre telle que l'intrépide attelage eût fini par labourer ainsi toute l'histoire de France, lorsque, tout à coup, pour des causes trop étrangères à la littérature, la charrue s'arrêta.

... Quoi qu'il en soit, demeuré seul sur le terrain naguère défriché, sinon moissonné à deux, je repris

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le joug, non sans chercher parfois à mon côté, moins par besoin do l'aide que par regret du compagnon, et, résolu à remplacer une force double par une double conscience, je continuai seul la tâche commencée.

La corrélation entre les œuvres anciennes et les œuvres nouvelles était incontestable.

Le Comte de Lavernie reliait Le Vicomte de Bragelonne au Chevalier (VHarmenlal, La Belle Gabrielle s'intercalait entre La Dame de Monsoreau et Les Mousquetaires et la soudure était complétée par La Maison du Baigneur, de sorte que, ainsi que le disait Maquet dans cette préface, « notre galerie de romans historiques se continue maintenant sans interruption de la Saint-Barthélémy à la Terreur. »

Dumas et Maquet auraient écrit vraisemblablement ensemble ces trois romans complémentaires. Maquet les a écrits et signés seul, et rien ne marque mieux la parenté étroite de style et d'imagination entre les œuvres anciennes et les œuvres nouvelles, avec cette différence cependant que l'action est conduite d'une façon plus rapide. C'était, d'ailleurs, l'éternel objet de cou-

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troverse entre Dumas et Maquet au sujet du nombre inusité de volumes. Maquet était le partisan résolu des romans plus resserrés, mais Dumas voulait, il n'y avait qu'à s'incliner.

Maquet était libre cette fois, mais comme il le constate lui-même dans la préface de La Belle Gabrielle, lorsqu'il se remet à sa table de travail, privé de l'ami des anciens jours, il ne peut se défendre d'une certaine émotion.

Il la traduit dans une lettre à un journaliste qui lui demandait des renseignements biographiques :

Monsieur.

La biographie que j'ai l'honneur de vous envoyer vous donnera une idée assez exacte de ma jeunesse et de mes travaux. L'auteur sJest adressé à ma famille, en 18^7. pour obtenir ces renseignements.

Il reste à combler la lacune qui sépare 1848 de i857.

Lorsque le Théâtre Historique, sur lequel j'avais fondé tout mon avenir — argent et renommée — eut succombé, tant sous le poids des affaires publiques que sous la fâcheuse direction de Dumas, mal entouré, la faillite arriva et je me vis obligé de recom-

ifa HISTOIRE D'UNE COLLAUÛRATION

mencer l'énorme travail que j'avais soutenu pendant dix ans.

Travailler n'était rien. Mais décidé à travailler seul, j'allais avoir à prouver ma valeur — comparativement à celle de Dumas. Tâche immense, puisque Dumas m'avait eu pour collaborateur et que je serais seul en face du monceau d'oeuvres brillantes qu'il avait signées. J'eus ce courage; ce ne sera pas un de mes moindres mérites un jour. J'écrivis pour la Gaité un drame, Le Château de Grantier, qui eut un magnifique succès littéraire et un succès d'argent. Toute la presse, qui me guettait à celle manifestation, cria bravo avec un réel enthousiasme.

Valéria, au Théâtre-Français, eut un grand succès que je partageai avec M. Jules Lacrui ...

J'écrivis Le Comte de Lavernie, roman historique,

La Belle Gabrielle, immense succi

Lu Maison du Baigneur, etc., vous les lirez.

Enfin, je reconquis une réputation plus solide que

iâtre et dans la pn Je regarde aujourd'hui tout ce passé si brillant I li aut, sans regret, mais nui ne admiration,

mus me permettrez de trouve] Légitime.

D'Harmental, Monte-Cristo, !->■ Maison-Rouge sont, malgré beaucoup

trop de négligences, de fort bons livres auxquels un peu de gloire restera plus tard. Si Dumas eût voulu suivre mon conseil et réduire d'un grand tiers tous nos ouvrages, j'en citerais dix excellents au lieu de quatre ou cinq.

Recevez, aime tutor, mes compliments respectueux et bien dévoués.

MAQUET

La séparation ne fut guère favorable à Dumas. S'il produisit encore, il ne remporta guère de succès ; il suffit de citer Le Marbrier, La Tour Saint- Jacques, Le Verrou de la reine. Il faut faire cependant une exception pour L'Orestie, tragédie en trois actes et en vers d'après Eschyle, qui fut représentée en i856 à la Porte- Saint-Martin et qui reçut un chaleureux accueil.

Auguste Maquet, au contraire,, bénéficiait d'une publicité bruyante et flatteuse, qui s'a d sait à son œuvre personnelle. Sans doute on faisait une allusion au passé, mais bien discrète ; le passé était méconnu même par les journalistes qui auraient dû être renseignés sur le mouvement littéraire.

Maquet pouvait mesurer le préjudice que lui avait causé l'anonymat. Il comptait au nombre des collaborateurs de Dumas, mais sans désignation d'oeuvres, et, perdu dans la foule, il était contraint de rectifier bien des erreurs et de se rendre une justice qui lui avait été refusée.

A ce titre, cette lettre fort intéressante, et dont nous avons donné un extrait page 33, précisait des détails sur sa collaboration :

A Paul Lacroix (Bibliophile Jacob).

Je vous remercie, mon cher Paul, de m'avoir fait lire l'ouvrage de M. Guérard. C'est assurément un travail plein d'excellentes recherches et de curieux détails; mais quant à l'article qui me concerne, j'y ai Irouvé une quantité d'erreurs qui me promeut combien peu mes travaux ont été connus de M. Guérard. S'il me f allai 1 les relever une à une. j'aurais trop à faire, d'ailleurs je n'ai plus le livre sous les yeux ; je me souviens seulement, que l'on y attribue ma première : Bathilde, à un tiers, Cordellier-Delanoue, qui ne l'a peut-ôlre jamais v ue, ni lue.

J'y vois encore qu'on attribue le commencement de Monte-Cristo à \l. Fiorentino qui, axant cédé à Dumas certaines histoires sur l'Italie, peut bien se

trouver ainsi son collaborateur, mais n'a jamais participé au roman de Monte-Cristo, dont seul j'ai fait le plan et exécuté chaque chapitre avec Dumas.

Je crois néanmoins devoir excepter de ce livre tout ce qui est relatif au bandit romain, l'histoire de Campo par exemple, que Dumas a intercalée, malgré moi, et aussi malgré toute raison, dans Monte-Cristo, cet épisode ayant peut-être son mérite hors de Monte- Cristo, mais il a fallu bien des soudures plus ou moins heureuses pour l'y rattacher. L'histoire de Luigi Vampa est-elle de M. Fiorentino? peut-être.

Quant au reste de mes ouvrages faits en collaboration avec Dumas : Le Chevalier d'Harmenlal, je l'avais fait seul avant de connaître Dumas ; l'ouvrage, que plusieurs de mes amis ont connu alors, faisait la matière d'un fort volume, Dumas me l'a demandé pour en faire, disait-il, une pièce pour Bouffé; il en a fait trois volumes.

Sylvandire, de moi d'abord, est devenue sienne par le même procédé.

Nous avons fait ensemble Les Trois Mousquetaires, dont les premiers volumes furent écrits par moi, sans plan arrêté entre nous, d'après le premier volume des Mémoires de d'Artagnan, comme dit M. Guérard.

Une Fille du Régent, Le Chevalier de Maison-Rouge,

i46 histoire d'une collaboration

La Reine Margot, Vingt ans après, La Dame de Monso- . Le Bâtard de Mauléon, La Guerre des Femmes, Le Vicomte de Bragelonne, Les Quarante~cinq, Les Mémoires d'un Médecin, e'est-à-uire Balsamo, Le Collier de la Heine, Ange Pitou, Monte-Cristo. Ions ces ouvrages sont de nous deux seuls, plan et exécution, Dumas m'a prié d'exécuter Olympe de Clèves et La Tulipe noire, dont l'idée est, je crois, de vous.

J'ai aussi travaillé à Ingénue. Là s'esl arrêtée noire collaboration.

Voyez, cher ami. quel immense travail et que d'erard a commises sans s'en douter.

A. vous de cœur.

\. MAQl El •

Si pendant 1rs années de i853 à i856 Dumas el Maquet travaillaient chacun de leur côté, les relations d'intérêt ne pouvaient pas cire rompues, puisque Dumas était toujours le débiteur de Maquet. Peut-être Dumas désirait-il lier les relations littéraires ? Peut-être iet, qui avait envoyé à plusieurs reprises émissaires à Dumas pour lui rappeler les ments pris, a-t-il provoqué celte lettre de Dumas :

Cher ami.

Pourrions-nous régler l'avenir ainsi : dites-moi la îe fixe que v( : îz tirer de notre

tion. Supposons — je suppose — 36.ooo francs, exemple.

Vous avez déjà, assurés :

3 de billets.

6,000 de prit

:>oo

res et

les livres vous fassent 23,ooo. Total : 36,ooo.

Vous feriez de votre cùtc une ou deux pi comme de m j en ferais une ou deux — vous

m'aideriez, je vous aiderais — cela no regarderait

Et voici ce qui ai -

1 que pi 1 en théâtre qu'en tout autre

'. beaucoup plus de théâtre que

vous. vous me donneriez par

exemple la matière de 12 volumes de la Presse ou

de i5 du C institutionnel, ce qui reviendrait au même.

Et il le priait de venir le voir avenue Frochot.

Cette lettre de Dumas projette une éclatante

lumière sur la collaboration. On peut même dire

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qu'elle la fixe d'une façon ineffaçable : Dumas plus l'homme du théâtre, Maquet plus l'homme du roman. Dumas devait se trouver en plein désarroi après la rupture, puisque, pendant dix années, il n'avait pu se passer de Maquet. Mais Mac] net venait de remporter de grands succès. Il n'était pas disposé à passer un nouveau bail d'anonymat, il travaillait seul, pour acquérir de la notoriété et aussi de l'argent, car Dumas n'était pas très empressé à s'acquitter.

Une occasion se présenta cependant, et Maquet crut qu'il allait être dédommagé. En cette même année 180G Dumas gagna un procès contre Michel Lévy et la Presse et toucha 220,000 francs. Bonne aubaine. Maquet, sachant que Dumas disposait seulement de ce qu'il gagnait au jour le jour, avait patienté; il juge l'occasion favorable pour obtenir un amortissement, si faible qu'il soit, de ce qui lui riait dû. Il envoie un parlementaire, rappelle le traité de [848 et n'obtient pas de réponse. Il réitère sa demande, même silence. Alors il se fâche et intente à Dumas, en février 1 8f>7, un procès qui ne fut jugé qu'en

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i858. Les débats en ont été publiés. Que voulait Maquet? Sans doute le règlement de comptes, mais, à défaut de paiement, ce qu'il souhaitait surtout, c'était de recouvrer sa propriété et d'obtenir sa part de gloire en pouvant inscrire son nom à côté de celui de Dumas sur les couvertures des œuvres. Or Dumas n'avait pas rempli les engagements qu'il avait contractés en vertu du traité de 1848 ; la garantie donnée était perdue par suite de la faillite du Théâtre Historique ; la cession des droits, en raison de l'inexécution des engagements, devenait nulle. C'est bien là le traité de i848. On a invoqué, il est vrai, la lettre de Maquet écrite en i845. Or une note de Maquet que je trouve dans ses papiers est une réponse décisive à toutes les questions posées et à l'interrogatoire qui lui était adressé.

Pourquoi la lettre de 18^5 ?

— Pour ne pas laisser Dumas exposé à une réclamation de mes héritiers, puisqu'il m'avait promis de me désintéresser d'après nos conventions verbales.

Quelles étaient ces conventions ?

Deux cents francs par chaque volume de chaque

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édition de nos œuvre*, après la publication par le journal.

Pourquoi l'acte de 18U8 après la lettre de IS'i~> ?

Parce que, confiant en l'exécution des conventions verbales, j'avais continué à travailler, que ma créance sur Dumas avait pris des proportions énormes — parce que les chances d'être payé diminuaient de jour en jour et que le Théâtre Historique, récemment fondé, m'oflïant pour lu première fois une garantie palpable, je cherchais à assurer sur les produits de ce théâtre le recouvrement do la créance Dum

Évalue: cette créance.

L'évaluation fixée au traité est bien modeste si l'on songe aux sommes énormes touchées par Dumas, et à la valeur immense de la propriété de 200 volumes à lui cédée par ce traité.

Pourquoi ri us aujourd'hui la signature que

vous n'avez pas même réclamée dans le traité? — Y aviez-vous jamais songé lors de vos premières collabo" rations ?

Toujours. Tout de ma part en fait foi. Jamais, malgré la provocation de Dumas, je n'ai consenti à nier ma collaboration ou à renoncera la revendiquer moralement. J'\ ai toujours songé. Dumas m'\ a encouragé lui-même en me nom ma p.! spontanément son collaborateur dans les Mousquetaires de l'Ambigu. J'avais la

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certitude qu'il finirait par avouer aussi son collaborateur sur les livres. Le contraire devenait de jour en jour une iniquité plus honteuse, plus impossible. J'avais entassé,, j'entassais tous les jours trop de travaux, trop de succès sur le nom de Dumas, pour qu'il ne m'offrît pas un moyen de révéler ce que tout le monde savait. Les premiers pas étaient franchis. On traitait directement aux journaux et aux théâtres avec moi. Le nom de Maquet sur une couverture de livre auprès du nom de Dumas eût été un des plus beaux triomphes de Dumas — celui de son honnêteté, — après tant de triomphes de son talent, uni au mien.

Pourquoi n'avez-vous stipule nulle part cette condition de la signature?

Je n'ai jamais fait qu'un acte écrit avec Dumas au sujet de nos ouvrages.

Dumas vous a-l-il jamais promis de signer avec vous les livres faits en commun?

Il a fait plus que de promettre, puisqu'il a signé l'acte de 184S qui me garantit le retour de ma part de propriété en cas de non-paiement. Qu'est-ce que la propriété d'un collaborateur ? Ce n'est pas la part matérielle de la possession comme serait celle d'un éditeur, par exemple, c'est la part de renommée à la fois et de profit.

Mais si Dumas eût payé la somme fixée au traité de IS'jS, vous n'eussiez pu lui demander de mettre votre nom à côté du sien ?

Si Dumas se fût acquitté, c'eût été après douze années de travaux communs, après 36 nouveaux drames signés ensemble et presque tous tirés de nos livres. Alors, de deux choses l'une : ou Dumas eût de bonne grâce mis mon nom sur les livres — je n'en doute pas — ou trente-six pièces signées m'eussent fait une assez brillante réputation pour que je ne demandasse pas autre chose. Sans compter que le public eût fini par savoir mon nom aussi bien que le nom de Dumas et que ma réputation se fût trouvée aussi bien faite que ma fortune. Mais d'ailleurs, je le répète, en douze années de continuation de travaux, j'eusse contraint Dumas, par affection et loyauté, à signer avec moi nos livres.

Voilà ce que m'a fait perdre la faillite de Dumas. Voilà de quels dommages je lui demande aujourd'hui la double réparation.

Toutes les réponses de Maquet étaient d'une clarté saisissante, et, bien que l'inexécution des engagements de Dumas dût rendre à Maquet tous ses droits de copropriété, le grand avocat Marie allait plus loin et n'admettait pas la ces-

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sion de « ce droit sacré pour tout écrivain de mettre son nom au bas de ses œuvres, droit individuel, droit personnel qui, dans notre pensée, ne peut se prescrire ni se vendre; s'acheter! bien moins encore : droit intime, en un mot, qui ne peut pas plus s'abdiquer que ne pourrait s'abdiquer la personnalité elle-même, d'où elle émane ». Et avec quelle impitoyable logique Marie disait :

« La propriété intellectuelle est d'une nature si élevée et si spéciale que nul n'a jamais prétendu, par exemple, que le cessionnaire eût le droit, après la vente et en vertu de la vente, de supprimer l'ouvrage vendu et de le publier sous son nom. Quelque absolue que soit la formule de la vente, le nom reste toujours en dehors de la vente. La propriété intellectuelle se constitue de deux éléments : l'élément créateur que le nom révèle : celui-là n'est pas dans le commerce ; l'élément créé, la manifestation matérielle, l'intelligence qui a créé celui-là : celui-ci seul est dans le commerce. »

On ne saurait mieux dire, et Dumas le comprenait fort bien, mais il ne voulait voir là

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qu'une question financière; il ne craignait pas le partage de la gloire, mais celui des. droits d'auteur; effacez les affaires d'intérêt, Dumas n'aurait élevé aucune objection; le tribunal, lui, ne vit uniquement que la question d'argent.

Malgré les termes du jugement reconnaissant formellement qu'il résulte des circonstances et des documents du procès que la collaboration de Maquet aux ouvrages cédés par la convention de i848 « a été aussi importante intellectuellement que profitable pécuniairement à Dumas >>, qu'il est « certain que la collaboration était devenue plus utile à Dumas et plus importante encore dans les derniers ouvrages que dans les premiers », malgré la lettre de Dumas à la Société des liens de lettres « signant à jamais du nom de Maquet les ouvrages nés de celte collaboration », les juges repoussent la légitime indication de Maquet de signer les œuvres. Ils avouenl eux-mêmes cette paternité, mais se ent sur le terrain étroit des intérêts, assimilant Maquet à un créancier ordinaire ; étrange ir un ci ordinaire, un com-

ruerçant vend et cède sa marchandise, mais si on ne le paie pas, il reprend sa marchandise, sa propriété.

Le tribunal accorde à Maquet 25 °/0 et, moyennant ces 25 %, que Dumas ne paiera même pas, annihile la clause résolutoire qui permettait à Maquet de ressaisir ses droits de propriété littéraire, de signer les œuvres communes.

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