‹ Histoire d'une collaboration: Alexandre Dumas et Auguste Maquet; documents inéditsChapitre 22 sur 30 · LA DAME DE MONSOREAU (DRAME) ASSIGNATION ET PROCÈS · texte numérisé non relu

LA DAME DE MONSOREAU (DRAME) ASSIGNATION ET PROCÈS

On se souvient peut-être que, dans sa lettre de décembre i85o, Dumas répétait à Maquet : « Vous voyez une1 pièce dans Chicot. Je ne la vois" pas. Tirez donc la pièce du roman. y>

Chicot c'était La Dame de Monsoreau.

Maquet, qui possédait bien la pièce, s'était mis à l'œuvre, et le 19 octobre i85o le drame était reçu par Hostein, directeur du théâtre de la (la île. Reçu, mais non joué. Le ,'io juillet i853, Hostein, armé de son traité, réclame la pièce à Dumas et à Maquet; il avait attendu deux ans et neuf mois, loiijLr délai pour un homme qui use

tout à coup de procédés expéditifs en envoyant une sommation d'avoir à lui livrer le drame dans les vingt-quatre heures; et il invoquait cette raison qu'il avait versé aux auteurs 1,000 francs comme premier gage d'exécution.

« Un instant, dit Maquet, je n'ai rien reçu. » Dumas avait, il est vrai, touché les 1,000 francs.

Hostein revient à la charge trois jours après; il assigne Maquet et Dumas, réclamant en dommages-intérêts 25, 000 francs, sommefixée comme dédit dans des conventions verbales formulées le 19 octobre i85o.

« Qu'à cela ne tienne, répond Maquet par huissier le 2 août, le jour même, je suis prêt à livrer le manuscrit du prologue et des cinq premiers tableaux; je vais me concerter avec mon collaborateur pour y mettre la dernière main, mais je n'ai jamais reçu aucune somme; de plus, j'ai offert autrefois le drame, et je n'ai jamais obtenu de réponse ; et, depuis plus de trois années, la direction de la Gaité n'a pas donné signe de vie. n>

Hostein, parti en guerre avec ses huissiers,

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ses sommations aux auteurs d'avoir à lui livrer leur drame dans les vingt-quatre heures ou de lui payer 20,000 francs, garde tout à coup le silence; les jours, les mois s'écoulent, Ilostein ne bouge pas.

Deux années et demie passent; le 18 février i856 Ilostein se réveille et il envoie une sommation aux auteurs d'avoir à livrer l'ouvrage dans les vingt-quatre heures. C'est la sommation chronique, mais à longue échéance. Il faut avouer que les auteurs avaient eu le temps d'o.iblier Ilostein. Pourquoi tout à coup se rappelaitil à leur souvenir, car il y a longtemps que le drame aurait pu être livré, joué et avoir eu un bon nombre de représentations, puisque la convention datait de i85o? Alors pourquoi ce sursaut? C'est qu'Hostein avait appris que les auteurs avaient signé un traité avec M. Billion, directeur du théâtre du Cirque. Voilà peut-être une bonne occasion pour avoir un dédit.

Pour le coup, Maquet juge la plaisanterie un peu forte, et deux jouis après, le 20 lévrier, il répond par huissier que deux; ans et demi aupa-

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ravant il a fait offrir le drame à M. Hostein, que ces offres avaient été refusées, et que, devant ce refus et ce silence prolongé, il s'était considéré comme dégagé.

Hostein se rebilïe : le 8 mars, il assigne Dumas et Maquet à comparaître le 12 mars suivant, toujours pour lui livrer le drame. Mais Billion, le directeur du théâtre du Cirque, intervient; c'était bien ce qu'espérait Hostein : et Billion ayant signé un traité, ayant versé 1 ,000 francs (c'est le même tarif), lance le 27 mars son assignation à Dumas et Maquet pour leur réclamer 5o,ooo francs (cette fois le tarif est double), au cas où le tribunal donnerait le drame à M. Hostein.

Le 2 juin i856, le jugement est rendu. Dumas et Maquet sont condamnés à remettre le manuscrit à Hostein, mais sous la réserve la plus expresse que la pièce serait jouée dans le délai de deux mois. Billion était débouté de sa demande.

Hostein doit être satisfait, il a sa pièce, le voilà obligé de s'exécuter. Mais le tribunal avait

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considéré que les exploits... d'huissier devaient avoir un temps, et il avait fixé un délai de deux mois. Hostein retombe dans sa létharg-ie, suivant sa constante habitude, après chaque procès qu'il gagne toujours. Les deux mois fixés par le tribunal se passent, et Hostein est sans voix.

Quel est donc ce mystère? Pourquoi ces procès? Pourquoi ces demandes dédommagesintérêts? Pourquoi ces offres de Maquet toujours refusées? Pourquoi ces silences prolongés? C'était simplement une vengeance, Hostein n'avait jamais eu l'intention de monter le drame.

Mais à cette même date de 1 853 où il entamait les hostilités, Maquet lui avait fait demander le paiement de /j,ooo francs, remis à titre de prêt et d'un effet de 5,ooo francs; cet effet avait été obligeamment souscrit par Maquet. Hostein avait été condamné en [853 à rembourser ces sommes, mensuellement. Il usait simplement de représailles envers son bienfaiteur.

Les directeurs s'étaient disputé celte Dame de Monsoreau. Le drame était à peine ébauché, elle premier traité datait de [85o! Survint le

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procès de i858, qui séparait les deux collaborateurs. Maquet avait bien écrit quelques tableaux. Dumas, qui était passé maître dans l'art de faire des drames, et surtout avec une étonnante rapidité, aurait souhaité que cette Dame de Monsoreau si souvent ajournée fût enfin représentée. Il lui était difficile de recourir à Maquet, des mots trop vifs avaient été échang-és ; Maquet avait laissé de côté le drame, travaillait seul et publiait son roman La Rose Blanche. Dumas s'était décidé à faire, un peu à la hâte, La Dame de Monsoreau et en -avait envoyé le manuscrit au directeur de l'Ambigu, de Chilly.

Maquet reçut de de Chilly les lettres suivantes :

AMBIGU COMIQUE /«<• juillet i85g.

Mon cher Monsieur Maquet,

Après avoir pris connaisance du manuscrit de M. Alexandre Dumas, La Dame de Monsoreau, je suis convaincu qu'il est inacceptable et impossible à jouer tel qu'il est. Il y a donc nécessité que vous remaniiez entièrement celte pièce.

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Or, voulant reconnaître le travail tout exceptionnel dont vous vous chargez en dehors de la collaboration, je m'engage à vous donner à litre de prime :

r i,ooo francs lors de la livraison de votre manuscrit ;

2° 1,000 francs le jour de la cinquantième représentation;

3° 1,000 francs le jour de la quatre-vingtième représentation de La Dame de Monsoreau.

Cela, bien entendu, en dehors du traité consenti entre nous à la date du 28 juin dernier.

Bien et tout à vous.

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