REDOUBLEMENT D'ACTIVITE
Tout en poursuivant la publication des romans dont nous avons déjà parlé, les deux collaborateurs mènent avec acharnement leur tâche pendant les années i844 et i845. C'est une prodig-ieuse floraison de volumes avec La Guerre des Femmes, La Reine Margot, Le Chevalier de Maison-Rouge, La Dame de Monsoreau^ Les Quarante-Cinq.
On travaille jour et nuit. Pour La Guerre des Femmes, Dumas écrit : « D'abord, très bien. » Puis il donne une indication. Je la reproduis parce qu'on verra sur quelles notes rudimentaires Maquet devait travailler, Dumas se fiant
le plus souvent à i'intellig-ence de son collaborateur pour mener l'intrigue, qu'il allongeait ensuite à son gré.
D'abord, très bien.
Ensuite voici.
Cauvignac réclame près de Lenet et de Larochefoucauld les 3o,ooo livres qui lui restent dues.
Larochefoucauld répond qu'il faut d'abord payer les mécontents, etc.
Cauvignac lui donne huit jours. Le huitième jour on renvoie Cauvignac aux calendes grecques.
Le neuvième, Cauvignac se présente à la reine.
Voilà ce qu'il faudrait, je crois : que Cauvignac fût renvoyé par la reine comme insolent.
Cauvignac assiste en amateur à l'assaut.
Les troupes royales sont repoussées, on revient alors à Cauvignac.
Puis c'est La Reine Margot.
Cela va bien jusqu'ici, malgré G ou 8 pages de politique. Mais nous reprenons l'intérêt et l'on avalera les susdites pages.
Charmant.
Maintenant, Catherine — M"'' de Sauves — les pré-
paratifs de Tassassinat de Henry par Maurevel — la chasse — Les envoyés polonais — tout ce que vous trouverez à côté de cela.
La chasse est venue admirable.
C'est votre faute, cher ami, si nous n'allons pas plus vite ; depuis hier 9 heures, je me croise les bras.
Ne serait-il pas urgent que nous nous entendissions sur les détails de la nuit : où les tenez-vous ?
Le mot n'est-il pas charmant? Dumas se plaint de se croiser les bras en rejetant la faute sur Maquet qui travaillait avec acharnement et qui écrit des pages admirables. Et Dumas vient à la rescousse :
Je suis complètement à sec, un coup de collier et notre volume sera fini le G.
A propos écoutez ceci :
Charles a conservé le livre.
Au retour de la chasse, il a interrogé Henri qui lui a dit qu'il avait voulu quitter la cour, parce qu'il avait peur, ayant échappé à deux tentatives d'assassinat, de succomber à la troisième.
Enfin, il a fait tout avouer à René, que le livre lui appartenait et que la reine mère l'a pris chez lui. Par
ce livre, qui fait preuve, nous aurons plus tard une belle scène.
J'attends ! j'attends ! j'attends !
Bravo, piochez. Où trouverai-je quelques vers do Charles IX ? J'en savais de charmants. Je les ai oubliés.
Si vous en avez, envoyez-les-moi.
Cela va très bien : mais je ne vois pas l'affaire de la clef, du billet que Marguerite envoyait à M"'* de Sauves. Je n'ose marcher.
L'avez-vous oubliée ou la gardez-vous pour un autre endroit ?
Que va-l-il arriver de Maurcvel et de de Mouy ? J'ai besoin de le savoir pour ne pas marcher tout à fait eu aveugle.
Quel parti tirez-vous du créancier de Coconas? F^ai- 8ons-le féroce : ne le faisons pas vil.
Ecrivez-moi un mot ce soir.
Je suis aux Anglais, n'ayant rien à faire.
La scène du Louvre est bien venue.
Je ferai la scène ainsi que vous la décrivez. Le récit
78 HISTOIRE d'une COLLAUGRATIOX
dans la bouche de Henri est donc inutile. Envoyezmoi le plus vite possible la suite.
11 y aurait peut-être quelque chose de charmant à faire d'une nuit chez Marie Touchet.
Cette figure charmante, qui console le roi de la puissance, qui est la seule qui l'aime dans son royaume — le petit duc d'Angoulême dans son berceau — Le roi qui oublie. — Songez, rêvez, voyez.
// faut, vous connaissez ces deux mots charmants, n'est-ce pas ?
11 faut que j'aie fini la Reine Margot le i*' du mois prochain. Remettons-nous donc à la besogne.
Je vous envoie vos dernières pages afin que vous preniez à la suite.
Demain, mon ami, demain de la besogne et un vigoureux coup de collier.
Puis c'est Le Chevalier de Mcmon-Houge qui s'appelait tout d'abord Rouge- Ville, et c'est en même temps La Dame de Monsoreau^ puis les Quarante-Cinq.
Je n'ai pu commencer que ce matin, écrit Dumas, je vous recommande la Reine. Je vois que vous la laissez
au Temple. Ne faudrait-il pas nous servir du plan d'évasion ? Ce serait quand il serait échoué qu'on la conduirait à la Conciergerie.
Il y a quelque chose de beau à faire du jeune conspirateur amoureux, comme Mortimer de Marie Stuart, presque et même sans avoir vu la Reine.
Vous verrez comment il peut s'introduire près d'elle et nous-mêmes comment nous y introduirons le lecteur.
N*y-a-t-il pas sur le Temple des mémoires d'un valet de chambre du roi ? Quelque chose d'intime, enfin ?
Comment le billet pouvait-il se trouver dans la bouche du poêle ? Est-ce expliqué plus tard ? Et comment la Reine ne l'a-t-clle pas lu ? Est-ce un des municipaux qui l'avait mis ?
Comment relions-nous le voyage de Madeleine au faubourg du Roule avec le reste ?
Cela va à merveille jusqu'à présent.
< Vous m'avez envoyé du Maison-Roiir/e à merveille, d'autant plus que la scène est superbe. Dites-moi en deux mots où elle nous mènera.
Mais le Chicot, mon ami, le Chicot de ce soir? cet important Chicot, la scène principale, comment vaisje l'avoir? Je vous envoie un exprès h cheval.
Du Chicot, 3o ou 4o pages encore. Puis si vous pouviez demain faire un chapitre de Maison-Rouge, puis si vous pouviez après-demain venir déjeuner avec moi et prendre 5oo francs, nous ferions du Monte-Cristo.
Votre chanson était adorable. Faites-en seulement deux ou trois pareilles et Béranger sera bien peu de chose.
Cher ami,
Je ne crois pas que notre Gorenflot ait une importance suffisante. Il faut, puisque nous le tirons du couvent, le tirer pour une chose plus grave.
11 serait bien important que nous nous vissions demain.
Si nous ne tirons pas une grande chose de l'isolement et de l'ignorance où sont Dixmer et Maison- Rouge, réunissons-les. 11 sera bien difficile de les mettre agissant dans la môme prison sans qu'ils se reconnaissent.
Je vous embrasse.
Mais La Dame de Monsoreau paraît dans le Constitutionnel, il faut se consacrer à ce feuilleton et en même temps on ébauche la suite. Les Quarante-Cinq.
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LETTHK U AI.KXANDKK DUMAS
HISTOIRE d'une COLLABORATION 8l
Au contraire, mon ami, Ernauton va tout seul.
Ernauton a été envoyé pour espionner Mayenne. Mayenne est parti à la suite de Chicot. Comme il y a deux routes pour aller à Orléans, Mayenne, avec six hommes, a pris une route. Son officier, avec cinq hommes, a pris l'autre. Mayenne a rejoint Chicot. Ernautin a rejoint Mayenne.
Il faudrait qu'Ernautoo, en courant après Chicot, vît et reconnût M""^ de Montpensier.
Il faudrait que le petit Jacques la revît aussi.
Jetons le plus vite possible les germes de ce double amour.
Plus de Chicot! Je n'ai plus une ligne. Montjoie et Saint-Denis à la rescousse !
Véron est au courant et n'a rien pour demain. Lâchons le Monte-Cristo, qui allait bien cependant.
Vous n'auriez pas le temps de m'envoyer le Chicot et moi de le faire. Envoyez directement au Constitiitionnel. Écrivez sur mon grand papier, si vous en avez, six pages au moins.
Et Maquet noie au crayon :
Ou Maquet faisait souvent tout à lui seul, donnant directement aux journaux.
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