‹ Histoire d'une collaborationChapitre 14 sur 34 · JULES LACROIX · texte numérisé non relu

JULES LACROIX

Ce g novembre iSSy.

Dumas avait été loyal en reconnaissant que Maquet avait écrit avec lui tous les romans célèbres ; il était franc en avouant que l'intérêt pécuniaire seul le forçait à ne pas faire droit à la demande lég-itime et justifiée de Maquet de signer les œuvres qui leur appartenaient à tous deux. Il était obligé de garder des gages vis-à-vis de ses créanciers, et il désirait une lettre de Maquet qui le protégerait contre les réclamations des héritiers.

Maquet, qui attachait plus de prix à la gloire d'avoir été proclamé collaborateur qu'à la question d'argent, n'hésita pas à déférer au désir de Dumas.

HISTOIRE D^UNE COLLAIîORATION 99

4 mars !845.

Cher ami,

Notre collaboration s'est toujours passée de chiffres et de contrats. Une bonne amitié, une parole loyale nous suffisaient si bien que nous avons écrit un demimillion de lignes sur les affaires d'autrui sans penser jamais à écrire un mot des nôtres.

Mais un jour vous avez rompu ce silence ; c'était pour nous laver des calomnies basses et ineptes, c'était pour me faire le plus grand honneur que je puisse espérer ; c'était pour déclarer que j'avais écrit avec \ons plus leurs ouvrages ; votre plume, cher ami, en a trop dit ; libre à vous de me faire illustre, non pas de me renier deux fois. Ne m'avez-vous pas déjà désintéressé quant aux livres que nous avons faits ensemble P

Si je n'ai pas de contrat de vous, nous n'avez pas de reçus de moi ; or, supposez que je meure, cher ami, un farouche héritier ne peut-il venir, votre déclaration à la main, réclamer de vous ce que vous m'avez déjà donné ?

L'encre, voyez-vous, veut de l'encre, vous me forcez à norcir du papier.

Je déclare renoncer, à partirdece jour, à tous droits de propriété et de réimpression sur les ouvrages suivants que nous avons écrits ensemble, savoir :

lOO HISTOIRE D UNE COLLABORATION

Le Chevalier d'Harmental,

Sylvandire,

Les Trois Mousquetaires,

Vingt ans après, suite des Mousquetaires,

Le Comte de Monte-Cristo,

La Guerre des femmes,

La Reine Margot,

Le Chevalier de Maison-Rouge,

me tenant une fois pour toutes bien et dûment indemnisé par vous d'après nos conventions verbales.

Gardez cette lettre si vous pouvez, cher ami, pour la montrer à l'héritier farouche, et dites-lui bien que, de mon vivant, je me tenais fort heureux et fort honoré d'être le collaborateur et l'ami du plus brillant des romanciers français.

Qu'il fasse comme moi.

MAQUET

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