‹ Histoire d'une collaborationChapitre 16 sur 34 · NEFFTZER · texte numérisé non relu

NEFFTZER

Ce billet de NefTtzer avait jeté Dumas dans un grand embarras. Il n'a pas le temps de répondre, je crois plutôt qu'il n'en avait pas le moyen. Il appelle son factotum Rusconi et lui prescrit d'envoyer le mot à Maquet.

Rusconi obéit et écrit sur la lettre môme de NefTtzer, en travers, ces lignes pressantes :

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M. Dumas prie M. Maquet de voir ceci et d'y pourvoir pour remplir le désir de M. de Girardin.

Son dévoue,

RUSCO>I.

Impossible de se débarrasser plus allègrement d'une corvée. L'anonyme envoie et Dumas est certainement très chaleureusement remercié.

De temps en temps, Dumas versait un peu de baume sur le cœur ulcéré de Maquet^ il saisissait l'occasion de lui rendre justice; ainsi, dans le tome P^" de ses Impressions de voyage, il écrivait ces lignes datées de i846 :

Bayonne, 3 octobre 1846.

... Quant h Maquet, mon ami et mon collaborateur, vous le connaissez moins, madame; Maquet étant, après moi, l'homme qui travaille peut-être le plus au monde, sort peu, se montre peu, parle peu : c'est à la fois un esprit sévère et pittoresque, chez lequel l'étude des langues antiques a ajouté la science sans nuire à l'originalité. Chez lui, la volonté est suprême et tous les mouvements instinctifs de sa personne après s'être fait jour par un premier éclat rentrent presque hon-

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leux de ce qu'il croit une faiblesse indigne de l'homme dans la prison de son cœur, comme ces pauvres enfants que le maître surprend faisant l'école buissonnière et qu'il fait impitoyablement rentrer à la classe, le martinet à la main. Ce stoïcisme lui donne une espèce de raideur morale et physique qui, avec des idées exagérées de loyauté, constitue les deux seuls défauts que je lui connaisse. Au reste, familier avec tous les exercices du corps et apte à toutes les choses pour lesquelles il est besoin de persévérance, de sangfroid et de courage.

Les deux amis avaient donné au théâtre : Les Mousquetaires (1845), La Reine Margot (i845), Le Chevalier de Maison-Rouge (1847), ^^Monte- Cristo (i848).

Pour le premier drame écrit en commun, Les Trois Mousquetaires ^ Dumas avait ménagé à Maquet la douce surprise de le faire nommer par Mélingue à la fin de la pièce. Dumas l'écrit lui-même en note dans ses Mémoires, après avoir déclaré qu'il était « résolu à se faire nommer toujours seul ».

J'ai tenu efTcctivemcnt cette résolution jusqu'au

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moment où la grande amitié que je portais à Maquet me détermina à lui faire la surprise de le nommer lîvec moi comme auteur du drame des Mousquetaires. C'était justice, d'ailleurs, puisque nous avions fait, non seulement le drame, mais encore le roman en collaboration. Je suis enchanté d'ajouter que, quoique nous ne travaillions plus ensemble, cette amitié est toujours la même, de mon côté du moins (i).

Celte « surprise y> laissait à Maquet un espoir pour l'avenir. La collaboration pour les drames étant avouée et affichée (c'est le cas de le dire), rien ne s'opposerait plus vraisemblablement à ce que la double signature figurât sur les couvertures des romans. Et Maqa t, plein de confiance, travaillait avec achLuncment,

(i) Les Mémoires ont paru en i852-i854.

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