‹ Histoire d'une demoiselle de modesChapitre 3 sur 5 · LOUISE · texte numérisé non relu

LOUISE

Ayant achevé sa lettre au milieu d'abondantes larmes, elle vint s'accouder au balcon. La ville se répandait au loin, à l'infini, et soudain elle sentit que toutes ces choses, qu'elle aimait, fuyaient, lui échappaient. L'âme de cette ville ne lui était plus de rien, lui devenait aussi étrangère que si tout à coup s'étendait devant elle Ninive ressuscitée.

Son petit sac à la main. Fairy sous le bras, elle monta en voiture.

Sans plus songer, elle s'en allait au hasard, épave emportée sur des flots rapides, et autour d'elle tout semblait mouvant, brisé, comme des objets réfléchis dans une eau courante.

Pourtant, à la rencontre de la rue d'Ofïémont, elle se pencha hors du fiacre, regarda la maison si connue sur laquelle se dressait la cime verte des arbres. De tant d'heures qu'elle y avait vécues il ne restait plus en elle

qu'une image, douloureuse, une flamme éteinte dont la fumée lentement se dissipait.

Hôtel Bristol, à travers un long couloir on la conduisit dans un grand salon. Là, au-dessus d'une avalanche de chiffons jetés à terre, sur les meubles, parmi les malles béantes, il apparut : il avait l'air de régner sur ce tumulte, de démêler le prodigieux fouillis de mousselines, de gazes, de soieries, jupes, peignoirs, mantelets, aux couleurs tendres d'aurore ou d'azur, garnis de dentelles ou de fleurs, atours de quelque bergère d'une pastorale de Florian. Et plus loin, les lingeries blanches, rangées en piles, avec les nœuds roses ou bleus qui les attachaient, figuraient les moutons accroupis et dociles de quelque fabuleuse bergerie. Et Smith lui-même était transformé. De la voix et du geste, il animait des hordes de serviteurs, d'emballeurs, de demoiselles de magasin. Sous la froideur anglaise, le sang d'Espagne éclatait, luisait dans son œil, dans sa cravate rouge comme les grenades d'Andalousie.

Mais, en voyant Louise, il se retrouva gentleman correct, William Smith, Esquire.

— Nous faisons les paquets, dit-il ; beaucoup d'objets manquent, les robes seront expédiées là-bas. J'attends les chapeaux. Je les ai pris chez Block, comme pour la comtesse...

» Voici, ajouta-t-il en désignant une jupe et une redingote, qui sera convenable, pour la route. A Vienne, demain soir, vous pourrez mettre un autre costume. Je m'entends en toilette : la comtesse me

chargeait de beaucoup d'achats. Et voilà, dit-il avec quelque orgueil, le sac de voyage; je suppose vous en serez contente.

Sous une housse en drap mastic il découvrit un immense nécessaire de maroquin fauve garni d'innombrables flacons aux bouchons de vermeil.

— Vous trouverez comme parfumerie et eaux de toilette les meilleures marques... Dans cette bouteille, c'est le cognac, si vous en désirez... Et voici un livre de messe, puisque naturellement vous êtes romaine catholique.

Puis, tout à coup, il se frappa le front :

— Ah ! c'est le petit chien que j'ai oublié. Vite, garçon, courez au Bazar de voyage et rapportez un panier.

Et ainsi arriva-t-il que Fairy, griffon d'Ecosse, partit pour la Russie dans un panier d'osier.

William Smith poussa la porte-fenêtre qui ouvrait sur le balcon, et le jardin à la française, déroula au loin ses plates-bandes et ses massifs, où, parmi les fleurs, brillaient les statues et les bassins de marbre.

Le château aussi était de style français, datait de

cette époque où le goût de France régnait sur le monde. Du côté de la cour d'honneur, une grille en demi-cercle aboutissait au portail, œuvre achevée de cette ferronnerie qui eut sous Louis XV une si élégante floraison. La façade principale donnait sur les parterres et les allées. L'entablement en reposait sur des colonnes aux chapiteaux ioniques. Une balustrade à l'italienne la couronnait, ornée aux angles et sur la façade de groupes d'enfants et de trophées.

Devant cette demeure somptueuse et charmante, sorte de Trianon égaré en ces solitudes, on se prenait à songer à l'architecte venu de nos pays, cent cinquante ans auparavant, avec ses dessins et ses épures. Et l'on se demandait par quel sortilège il avait fait jaillir de ces terres sauvages cet aimable palais.

— Cela ressemble à Versailles, dit Smith.

— A Versailles, fit Louise.

Et ce nom, qu'elle répéta machinalement, lui donna tout à coup le sentiment prodigieux de la distance : telle une pierre tombant dans un abîme et dont le son ne remonte pas.

Versailles... Elle revoyait le château, la petite chambre... Puis, très nettement, elle crut entendre ces mots dits par Lenoël : « On ne vit pas du passé. »

Sur les massifs et les marbres le jour déclinant jetait des roses.

William Smith ajouta :

— Vous n'occuperez cet appartement que juste le temps de réparer celui de la comtesse. Le comte désire

que vous l'habitiez afin que ne reste aucune trace de celle qui l'a déserté. Le château est plein de meubles anciens et très beaux. Un aïeul du comte les a achetés en France durant la grande Révolution. Des tapissiers viendront de Komenetz et tout sera prêt bientôt.

Et il la quitta en disant que le comte rentrerait vers huit heures et qu'on dînerait un peu tard, en demitoilette.

Depuis qu'elle voyageait, tant de paysages, tant de villes avaient fui sous son regard lassé, que Louise se croyait toujours emportée dans l'espace. A Vienne, elle s'était arrêtée un jour pour choisir la femme de chambre qu'elle n'avait pas voulu emmener de Paris, et elle avait engagé Magda, cette jolie brune aux épais cheveux frisés, dont, en cet instant, s'agitait la vague silhouette, inconsistante comme le reste. Seule Fairy gardait sa réalité, parmi toutes ces apparences. Inquiète, désemparée, la petite chienne tendait le nez vers les senteurs inconnues, appliquant et haussant sa sagesse à cette nouvelle et démesurée conception de l'univers qui lui était révélée.

Louise la prit sur ses genoux et lui parla. Maintenant, d'ailleurs, à qui aurait-elle parlé?

— Nous sommes aux confins de la terre, lui dit-elle. Je ne sais plus bien pourquoi et voici que toutes les deux nous avons très peur. Qu'en penses-tu, ma pauvre Fairy ?

Fairy eut un grognement léger qui semblait un blâme, puis, abaissant la tête entre ses pattes, elle

s'endormit. Et Louise, à travers la fatigue qui lui faisait si incertains les contours des choses, continua de réfléchir.

Oui, pourquoi était-elle venue? Car, de tout ce qui l'avait tant fait souffrir, rien ne se montrait plus à elle distinctement. Dans le crépuscule qui descendait, le passé, le présent se diluaient. Une forme cependant, confuse comme les autres, se levait et venail à elle. C'était le comte Kowieski. Qu'était-il, cet homme qu'elle avait entrevu à peine, dans une avenue que dorait le soleil couchant? Elle se le rappelait long el frêle, avec des moustaches d'un blond si pâle qu'elles semblaient blanches. Il n'avait pas l'air méchant, mais si étrange et spectral qu'il l'effrayait.

Dans le froid qui peu à peu se glissait en elle, la chaleur de sa petite chienne lui était douce.

Une voix rompit le silence.

— J'ai déballé toutes les robes, dit la femme de chambre. Madame choisira celle qu'elle veut mettre.

On l'appelait « madame » maintenant, « madame de Kérouall ». Cela s'était fait sans qu'elle s'en aperçut. L'impeccable Smith avait tout réglé.

Mais ce que cette désignation apportait dans sa vie de nouveau et de définitif, elle n'en pouvait guère douter.

Parmi les chiffons et les parures étalés, Magda se mouvait accorte et vive. Elle savait les manier avec le respect, le souci et la tendresse que l'on doit à ces choses augustes. Agréable de sa personne, elle était en

plus, une perle, coiffant en perfection et ayant appris la couture et le français à Vienne chez une grande ouvrière de Paris.

Louise désigna au hasard un fourreau de dentelle doublé de soie. Tandis qu'on l'habillait, elle se sentait tremblante, prête à défaillir. La toilette achevée, la femme de chambre piqua une rose au corsage, de sa maîtresse, toute blanche et fluide, et mortellement pâle sous l'or de ses cheveux, avec sa fleur sanglante au côté.

On frappa.

— Voici le comte, dit Smith, paraissant, peut-il vous saluer ?

Par la porte demeurée ouverte, le comte entra.

Il était grand, légèrement voûté et fermait à demi les paupières comme ébloui par la clarté. Il s'approcha, presque avec crainte, et cette allure était singulière et faite pour surprendre chez ce puissant seigneur.

Il regarda la jeune fille longtemps, puis il dit :

— Vous êtes belle. Je vous remercie d'être venue. Et, s'inclinant non sans grâce, il lui baisa la

main.

Puis, assis en face d'elle, il continua :

— Je vous remercie, mais sans doute vous ne saviez pas ce que vous faisiez et vous ne voudrez pas rester ici : c'est trop isolé, trop solitaire, pour vous qui êtes habituée à Paris, cette ville joyeuse. Moi, j'aime ce pays où l'on est comme perdu.

Louise l'écoutait, envahie d'une tristesse sans bornes

qui se dégageait de lui et de tout l'inconnu qui l'entourait, de ces jardins, de ces forêts qu'enveloppait la nuit.

— Ce qui me touche le plus en vous, dit-il, c'est l'infini qui est dans vos yeux. Je n'en ai vu de pareils à aucune Française. Elles ont des yeux rieurs et spirituels qui reflètent la vie, mais les vôtres emportent au delà de tout... De quelle partie de la France êtesvous?

— Mon père est Breton, fit Louise, et je lui ressemble.

— Ah! oui, je comprends, dit-il, toute la mer est dans votre regard, la mer et le ciel aussi.

Puis il ne dit plus rien, s'absorba dans une rêverie profonde.

Une sonnerie brusquement l'en arracha.

— Il n'y aura qu'un coup de cloche ce soir, dit-il, à cause de l'heure tardive. Je suis allé très loin aujourd'hui visiter des fermiers. Il y a si longtemps que je négligeais tout !

Côte à côte, ils descendirent.

L'escalier était de marbre blanc à rampe très large. Des enfants ailés, toute une bande d'amours, décoration conçue en une époque galante, se jouaient sur cette rampe, couchés, assis ou prêts à s'envoler, tandis que passaient ce seigneur mélancolique et cette jeune fille craintive qui n'étaient plus du même temps.

La salle à manger, revêtue de brèche d'Alep, se divisait en panneaux entre lesquels des colonnes

engagées s'ornaient aux chapiteaux de bronzes ciselés. Un surtout d'argent, œuvre de Germain, était posé sur la table, autour de laquelle des laquais à la livrée bleu et orange des Kowieski étaient rangés

Le comte plaça Louise vis-à-vis de lui. Fine et fière, elle s'harmonisait avec cette demeure aux airs de palais. Il la considérait et un sourire singulier, rapide, traversa son visage morne. Il lui plaisait qu'elle fût là au lieu de l'autre, de celle qui maintenant sans doute courait les grands chemins, s'avilissait aux grossiers contacts.

Cette vengeance convenait à ce méditatif, dont les bonheurs et les peines étaient silencieux et profonds, et il jouissait âprement d'asseoir à l'endroit où jadis l'altière comtesse trônait dans son orgueil et son ennui cette petite fille de rien, cueillie sur une avenue de Paris.

Le service se faisait avec une gravité solennelle. Le comte ne parlait pas, et ce repas était imposant comme la célébration d'un rite.

— Vous ne touchez à rien, dit-il tout à coup. Cependant la cuisine ici est française : mon chef vient du Café Anglais.

Louise répondit que la fatigue l'empêchait de prendre la moindre chose.

Il insista pour qu'elle goûtât au moins d'un plat et acceptât quelques fruits, qui étaient très beaux.

Ce qui, plus que la fatigue, la tenait immobile et effarée, c'était la stupeur d'être là, et l'impression, que tout, autour d'elle, était illusion et mirage, que ce château,

ces serviteurs, le comte lui-même allaient s'abîmer ei disparaître.

Le dîner achevé, ils se rendirent dans un salon, lam brissé de blanc et tendu de tapisseries représentant l'histoire de Psyché. Il était garni de meubles dt l'époque Louis XVI, consoles et bahuts d'un prh inestimable et ressemblant à ceux dont la richess< excessive fut reprochée à la reine de France.

Comme la jeune fille les admirait, le comte dit qu'il: provenaient de cette vente qui eut lieu, durant plu d'une année, sur la place du château à Versailles, el au cours de laquelle tous les meubles royaux furen mis à l'encan et dispersés.

— Ceci, — dit-il en désignant un pupitre où s'en castraient des plaques de Sèvres, — c'est la liseus* dont se servit la reine Marie- Antoinette.

Ils s'approchèrent de la cheminée, où, malgré h saison, le feu brûlait, et prirent place en face Fui de l'autre.

— J'aime tant le feu, dit-il, que j'en fais allu mer presque tout l'été. Depuis mon enfance, j< n'ai jamais pu me réchauffer tout à fait. A tra vers mes souvenirs les plus lointains, c'est un ven glacé qui souffle et me transit. Jusqu'à l'âge d< vingt ans je passais une partie de l'année dans 1< nord de la Russie et toute cette époque de ma vie esi comme pénétrée de froid... Chez vous, poursuivit-il la température est douce.

— Nous avons aussi des froids et de la neige, répon dit-elle, mais qui ne durent pas. Je me rappelle qu'ai

mariage d'une amie les voitures, les chevaux étaient couverts de flocons blancs. Nous trouvions cela très joli et même un peu féerique.

Il la regarda longtemps avec sympathie.

— Vous aussi, dit-il, vous mettez un peu de joie en moi. J'en ai eu si peu dans la vie ! Mon père était un homme très dur, devant qui je tremblais, et ma mère n'aimait que mon frère aîné. Lui et moi, nous fûmes projetés, un jour, hors du traîneau sur la Neva gelée. Mon frère se tua ; moi, je demeurai d'abord presque stupide, et ma mère ne voulut plus me voir, ne pardonnant pas que ce fût moi qui eusse survécu. Depuis lors, nul être ne m'a jamais témoigné quelque sollicitude, excepté Smith, mon secrétaire.

Louise écoutait cette voix basse exhalant sa plainte au milieu de la profusion des richesses, de tout l'appareil de l'immense fortune. Puis il tisonna nerveusement, et tout à coup se levant, marcha jusqu'au fond du salon. Revenant, il dit :

— Et vous n'ignorez pas, personne n'ignore comment j'ai été quitté.

— Moi aussi, je l'ai été, fit Louise tristement.

— Vous ! dit-il surpris, vous !... D'ailleurs, que vous importe? Vous aurez à vos pieds ceux que vous voudrez. Mais laissons ces sujets, car, dès le premier soir, je vais vous ennuyer tellement que vous voudrez paitir. Dites -moi, savez -vous jouer aux échecs?

Elle ne savait pas.

Tout de suite il voulut lui donner une leçon. Il

prépara lui-même la table et l'échiquier, disposa les pièces et se mit à lui expliquer les règles du jeu. Elle suivait, attentive, comprenant vite. Lui soudain s'était animé. Penché sur le damier, il réglait avec soin la place des combattants. Cet homme, que toute action effrayait, se complaisait à la lutte idéale de ces figures d'ivoire, et les combinaisons mathématiques de l'échiquier lui donnaient des plaisirs abstraits, où toute son ardeur était intéressée, où se dérivait un instant son inguérissable mélancolie.

— Aujourd'hui, dit-il ce sont des semblants de jeux, comme les manœuvres qu'on fait faire aux soldats pour les instruire. Mais, si vous m'écoutez, vous^ deviendrez une grande joueuse d'échecs. En des simulacres de parties elles gagnait et perdait tour à tour.

Vers onze heures, il eut pitié d'elle, lui dit qu'elle ferait bien de se retirer. Près de la porte, il lui baisa la main.

— Merci encore, dit-il, d'être venue. Depuis que vous êtes'là, il me semble que l'air est rempli de fleurs: de parfums, de musique. Ne repartez pas tout de suite.

Précédée de deux laquais tenant des flambeaux, Louise gravit l'escalier où, sur la rampe, se dispersait une bande d'amours.

Louise était arrivée depuis près d'une semaine, et le comte Kowieski la traitait avec une grâce courtoise et attendrie. Il avait secoué un peu son apathie, ne demeurait plus des journées entières à fumer, dans la pénombre, des cigarettes mélangées d'opium. Et vraiment quelque joie était entrée avec elle dans ce château où elle passait claire et blonde et toute semblable aux déesses tissées sur les tapisseries. Car, ainsi que l'observait jadis Jacques Lenoël, sa beauté était allégorique.

Le comte l'avait promenée dans les salons sans nombre, faisant remarquer surtout les objets de provenance française ; puis ils s'étaient attardés dans la longue galerie consacrée aux portraits de famille. C'étaient d'abord les premiers comtes lithuaniens, farouches sous leurs armures ; ensuite, à partir du xviie siècle, les courtisans, les ministres, les ambassadeurs, vêtus somptueusement à l'imitation de la cour de Louis XIV. Des comtesses aux types russes, polonais ou allemands, avaient été peintes un peu hâtivement par des artistes venus d'Italie. Les comtes du xvme siècle portaient la poudre et l'habit brodé ;

parmi eux ce Stanislas Kowieski, grand capitaine qui battit les armées russes, et, plus loin, le comte Jean, qui, ne résistant pas aux avances de l'impératrice Catherine, fut traître à sa patrie. Une comtesse Kowieska, très belle, avait, au commencement du xixe siècle, posé devant madame Vigée-Lebrun. Enfin le comte s'arrêta, et, désignant deux portraits par Angely, le peintre viennois :

— Voici mon père et ma mère.

— Sont-ils morts tous deux ? interrogea Louise.

— Non, ma mère vit encore. Elle avait divorcé et s'est remariée avec le prince Giustiniani. Elle habite Naples. Nous ne nous voyons plus.

Sans doute cette dame aussi avait eu la nostalgie du soleil et s'était enfuie.

Après le parc, aux nobles avenues, aux massifs s'allongeant en tapis fleuris, ils avaient visité l'orangerie et les écuries, construction superbe où chaque stalle s'ornait d'une tête de cheval sculptée dans la pierre, le centre formait un vaste manège.

— Si vous ne savez pas monter à cheval, mon piqueur qui est un fameux écuyer vous servira de professeur. Dans les écuries se trouvent plusieurs chevaux dressés pour dames... J'ai aimé le cheval, on est emporté dans l'espace, on s'oublie, on oublie tout... Il y a quelque temps que je n'ai fait d'équitation, mais avec vous je m'y remettrai volontiers...

Depuis lors Louise prenait des leçons. Elle n'avait aucune peur, montrait d'étonnantes dispositions, et

Smith avait écrit à Vienne pour commander une amazone.

Des jours s'écoulèrent, limpides et monotones, où, sous l'azur du ciel, volaient les brises chargées des parfums acres de la terre.

Le comte faisait avec Smith de longues courses à travers ses domaines. La vigne, le mûrier, le chanvre et le lin s'y cultivaient, mais c'était du blé que les Kowieski tiraient des revenus considérables. Smith en avait organisé l'expédition par bateau sur le Bug et sur le Dniester jusqu'à Odessa, le marché européen des céréales.

Et Louise allait se promener avec Fairy, celle-ci désormais rassurée, puisque partout c'étaient des brins d'herbe, du sable, des cailloux et qu'au regard d'un chien la constitution du globe ne diffère pas visiblement d'un lieu à l'autre.

Au delà des plates-bandes, des allées en quinconces coupées çà et là de bassins, où dans l'eau verdie s'ouvraient des lis d'eau, elle atteignait la lisière des forêts. t

Elles étaient formées de chênes dont les masses puissantes s'étendaient au loin. Plongeant dans ces terres noires, toutes traversées du sel qui filtrait des soubassements glaciaires, ils y puisaient leur force abondante et magnifique. Le printemps, dans ces régions, se pare d'une pompe sauvage. Des touffes d'absinthe et d'immortelles jaunes jaillissaient du sol, et l'odeur des roseaux aromatiques se répandait dans l'air.

Au fond, sur la gauche, s'élevaient les premières

collines d'Ouratinsk, découpées çà et là en escarpements, et recouvertes de la sombre parure des bois.

Et, dans l'émoi persistant de sa nouvelle destinée, Louise ne reconnaissait plus son âme d'autrefois. Tout son passé, ses souvenirs, qui s'enchaînaient depuis sa petite enfance, devenaient comme étrangers, depuis le moment où ce singulier Smith lui avait remis, à Paris, sur le quai de la gare de l'Est, un billet pour des régions inconnues. Parfois elle en venait presque à se demander si cet homme n'était pas sorcier, s'il ne l'avait pas transportée dans la lune, dont les paysages argentés luisaient à l'horizon dans le ciel pâle.

Un jour, Louise accompagna le comte en voiture. La route devait traverser un pays pittoresque varié. Elle côtoya d'abord de riantes habitations peintes de tons vifs, entourées de jardins fruitiers, puis des champs de blé se déployèrent comme un océan couleur d'or, où le vent creusait les vagues d'une mer houleuse. Les épis et les fleurs s'élançaient d'une telle vigueur qu'ils montaient plus haut que la tête des hommes.

Au retour, dans un village juif, de hâves figures aux prunelles luisantes et craintives se levèrent furtivement sur eux.

Ce soir-là, le comte négligea l'échiquier, se mit au piano.

Distraitement d'abord, il laissa errer les doigts sur les touches, fit naître des airs anciens, des chants

russes âpres et farouches. Peu à peu les sons s'adoucirent, en mélodies rêveuses et formèrent le Gondolier de Rubinstein, où la rame frappe d'une cadence endormeuse l'eau des lagunes. Et Venise et ses dômes et ses campaniles se mirèrent dans l'eau.

L'image s'effaça et ce fut Chopin qui régna seul. Kowieski aimait entre toutes la musique du maître polonais. Il la sentait voisine et expressive de sa propre âme. Pathétique et fiévreuse, elle contenait toute sa misère à lui, coulant au long des notes, se répandant, s'égrenant ainsi que des larmes. Ses douleurs, ses désirs, tout le tumulte de son cœur s'y répandaient.

Lorsqu'il cessa de jouer, il vit les joues de Louise toutes baignées de pleurs. Il pensa qu'elle exprimait divinement la tristesse.

Car, si, à son premier amant, le pauvre et vaniteux Fernand Epstein, elle avait paru éclatante et rare et de luxe suprême, si Jacques Lenoël la tenait pour une réalisation harmonieuse et sereine de parfaite beauté, aux yeux de ce dernier venu, à l'âme troublée, elle était l'image de la mélancolie, charme douloureux du monde.

Le comte Kowieski vint s'asseoir sur un tabouret aux pieds de Louise,

— J'ai peur, dit-il, de vous aimer, parce que comme les autres vous fuirez. Et alors je souffrirai. D'ailleurs, de toute façon, on souffre, la source de toute souffrance est en nous, et, si notre âme s'aventure au dehors, elle revient meurtrie et déchirée.

Vous êtes belle et douce et redoutable, et vous m'effrayez.

Et, posant le front sur les genoux de la jeune fille, il pleura.

Quelques jours plus tard, Louise reçut une réponse à la lettre que, dès son arrivée en Pologne, elle avait écrite à sa tante. Félicité se faisait d'amers reprocha, se disait qu'elle aurait dû deviner, empêcher ce coup de tête déplorable. Elle songeait avec angoisse à la façon dont M. Toussard accueillerait cette nouvelle folie. Et même elle demeurait insensible à tout ce qui aurait pu l'émouvoir ou la flatter. L'opulence du comte Kowieski la touchait bien moins que ne la désolait le scandale probable. Et, la chose n'étant pas ébruitée encore, elle suppliait sa nièce de rentrer à Paris.

Mais cette lettre, loin d'ébranler Louise, ne fit que raviver ses souffrances récentes. Elle n'était pas, comme sa tante, soucieuse de correction, et elle avait appris à so^ dépens ce qu'il entre do frivolité cruelle dans ce qu'on appelle l'opinion.

Un après-midi, à sa leçon d'équitation, le piqueur lui dit qu'il la trouvait si bien en selle qu'il ne verrait aucun danger à ce qu'elle s'en allât en promenade.

Le lendemain, avec le comte Kowieski, ils sortirent vers le soir alors que s'apaisait la chaleur de la journée.

Sous l'amazone expédiée de Vienne, Louise apparaissait fine et fière silhouette noire sur le ciel clair. Souple et bien campée, elle maniait son cheval

avec aisance et sûreté, et son port et son air rappelaient ces écuyères de l'époque romantique qui, dans les tableaux d'Alfred de Dreux, montent des coursiers alezans ou gris pommelé, au col de cygne.

Ils partirent au trot modéré, puis, en rase campagne, ils prirent le galop. Ils filaient rapides et les épis se courbaient, les saluaient au passage.

Le professeur encourageait son élève, du geste et du regard. Précédant d'une demi-longueur, il réglait, l'allure. Et le comte Kowieski suivait, libre, heureux comme s'il avait secoué tout à coup ses pensées mornes et sa tristesse. Ayant atteint les coteaux d'Ouratinsk, ils s'en revinrent plus lentement. Autour d'eux les brises volaient caressantes, parfumées. Dans la forêt, un rossignol jetait ses trilles d'une voix si éclatante qu'ils s'arrêtèrent pour écouter.

Ils pénétrèrent par la cour d'honneur, firent halte devant le perron, et, lorsque Louise se laissa glisser à bas du cheval, ce fut le comte Kowieski qui la reçut dans ses bras.

Le visage animé, l'œil brillant, il n'était plus le même, et, tandis qu'il la tenait contre lui, elle s'aperçut qu'il tremblait.

Elle alla à sa chambre et, quittant l'amazone, jeta sur ses épaules un peignoir flottant. Le jour déclinait, sur le parc et les bois descendaient les voiles blancs du crépuscule, puis la nuit, ainsi qu'une berceuse, se pencha sur le monde endormi.

Tout à coup, dans la pièce presque obscure, sans qu'elle l'eût entendu ou vu entrer, le comte se

trouva tout près d'elle. Il tâchait de l'envelopper, et ses bras étendus étaient comme les ailes éployées d'un grand oiseau nocturne.

Elle eut peur, poussa un faible cri.

Mais la frayeur, la pitié, la lassitude et le dég it d'elle-même lui ôtaient toute force. Elle lutta à peine. Un spasme rapide, aigu, la traversa. Des soupirs s'achevèrent en un sanglot et ce fut tout.

Comme elle restait abîmée et prostrée sur la chaise longue, un bruit la fit tressaillir; c'était une chauvesouris qui battait les murs de son aile lourde.

Elle fit prier le comte de l'excuser si elle ne des-

tdait pas dîner avec lui, la promenade à cheval l'ayant brisée. Les heures de nuit sonnèrent tour à tour à la petite pendule ancienne. Blottie dans son lit, Louise ne dormait pas, et, se rappelant ces jours si proches où l'amour était pour elle l'abandon déli-

iix et consenti, longtemps, amèrement, désespérément elle pleura.

Vers le matin, elle s'abîma en un sommeil plein de rêves. Elle fuyait dans une forêt toute noyée d'ombre. Un grand oiseau la poursuivait. Haletante, éperdue, elle arriva devant une grille. L'ayant ouverte, elle se trouva au milieu d'une allée dont les arbres étaient garnis de feuilles jaunes et elle reconnut Villeneuve- Saint-Georges. Lenoël venait à sa rencontre, mais, dans l'instant où il allait la joindre, une femme vêtue d'un linceul se dressa et, lui saisissant la main, l'entraîna avec elle.

Alors, restée seule, Louise dans une plainte se réveilla. Par la lame des persiennes, le soleil répandait ses rayons comme des brassées de fleurs d'or.

Au cours de la matinée, William Smith la prit de le recevoir.

— Je viens, dit-il, prendre les mesures de votre cou et de vos bras : le comte m'envoie à Vienne acheter un collier de perles et d'autres bijoux. Si je ne puis me procurer ce qu'il faut, on écrira à Paris. Il veut que le collier soit aussi beau que celui de la comtesse.

La bibliothèque était un des endroits les plus agréables, du château de Ma Folie. De forme ovale, elle s'éclairait au moyen d'un plafond vitré, et sur les hautes armoires peintes en gris et fermées de grillages dorés qui l'entouraient toute, étaient posés les bustes en bronze des philosphes grecs. Majestueuse et sereine, cette pièce semblait faite pour les méditations qu'au xvme siècle des esprits sceptiques, élégants et préoccupés de problèmes scientifiques ou sociaux, poursuivaient parmi des décors et des emblèmes galants.

Louise d'abord avait traversé cette bibliothèque, et maintenant elle n'en sortait quasi plus qu'au moment des repas ou des promenades.

Dépourvue d'instruction, nourrie au hasard de quelques lectures faciles, elle avait puisé dans l'intimité de deux hommes d'inégale mais réelle valeur des notions qui avaient fleuri çà et là dans son esprit. Tant qu'elle était demeurée auprès de son ami Toussard et de Jacques Lenoël, elle pensait être à la source de toute science, et apprendre en vivant. Maintenant, livrée à elle-même, réduite à une destinée fastueuse et sans joie, elle voulut demander aux livres l'oubli et la distraction. Peu à peu, elle découvrait le passé si profond et encombré, qu'elle se trouva comme perdue parmi les lointaines avenues où se déroulaient les histoires des peuples.

Bientôt, s'efforçant de procéder avec ordre et méthode et, s'aidant des catalogues, elle tenta de se renseigner sur l'antiquité. La bibliothèque commencée à l'époque où la gloire des lettres françaises emplissait le monde, leur avait fait une belle place. Les noms de Voltaire et de Rousseau, de Montesquieu et de Buffon luisaient sur les dos de veau fauve et de maroquin des livres alignés au long des tablettes. Mais ce fut le bon Rollin qui fournit à Louise ses premiers enseigne ments. Les récits bien conduits, et d'une solennité naïve du recteur de l'Université de Paris, intéres sèrent la jeune fille. Par instants elle se prenait 1 tête, craignant qu'elle n'éclatât dans l'effort pour loger tant de noms, tant d'événements, une telle

succession vertigineuse de grandeurs, de décadences et de morts.

Son illusion et sa hantise devenaient parfois si fortes qu'elle croyait voir par delà les murs des armées en campagne et des contrées formant d'immenses empires prêts à disparaître dans la ruine et la fuite de tout.

A sa petite chienne posée sur ses genoux et poursuivant son rêve innocent, elle disait :

— Nous nous croyons importantes, ma pauvre Fairy, et nous ajoutons du prix à nos tristesses et à nos colères, mais elles sont chétives et ridicules et d'une insignifiance que tu ne peux te figurer.

C'est ainsi qu'étudiant l'histoire, elle acquérait par surcroît quelque teinte de philosophie.

Elle s'attacha surtout aux Grecs, dont elle savait qu'ils révélèrent la beauté, et, se souvenant qu'elle avait tenu entre les mains quelques fragments où leur génie s'attestait encore, elle en conçut une fierté mélancolique.

Après l'histoire ancienne dont elle avait désormais une idée légère et supérieure à celle qu'en a d'ordinaire la belle société, elle se résolut à lire l'histoire de France. Outre le xvme siècle, la bibliothèque contenait les principaux écrivains du xixe siècle, jusqu'en 1850 environ. Depuis lors, les achats avaient été peu nombreux, les voyages ou d'autres distractions absorbant sans doute les comtes et les comtesses. Les œuvres françaises les plus récentes étaient celles d'Octave Feuillet, quelques pièces de Dumas fils, et divers

roman?, dont un exemplaire de Madame Bovary très délabré. Tous ces volumes portaient le chiffre de la mère du comte actuel.

L'ouvrage que le hasard mit sous les yeux «le Louise fut celui de Michelet. Ces récits puissants, colorés et si évocateurs lui causèrent une bien autre émotion que les fresques correctes et pâles du pauvre Rollin. Le drame de la Révolution la captiva tellement qu'elle en vint à encourir le blâme discret de sa femme de chambre, la jolie Magda, qui la vit avec chagrin négliger de changer sa toilette pour le repas du soir.

Le comte, étonné de cette ardeur, venait de temps en temps trouver Louise dans la salle silencieuse dont les parois s'éclairaient des lueurs d'or qu'y jetait la chevelure blonde.

— Comme vous vous plaisez à la lecture! disait-il avec surprise. Moi, cela me donne toujours une ode tristesse de savoir qu'il se soit passé tant de ses... Les œuvres d'imagination ne m'agréent pas plus que les œuvres d'histoire. Nos grands romanciers ont failli me rendre fou : ils m'inspirent l'épouvante de la vie, qui est déjà assez fâcheuse. Je sens bien plus de poésie dans la musique que dans les livres. Et du reste, les correspondances de mes paysans et de mes fermiers, et les autres lettres d'affaires que souvent Smith s'obstine à me communiquer me cassent la tête bien suffisamment.

Louise expliqua qu'elle lisait pour s'occuper ot s'instrui

— C'est singulier, fit Kowieski, cette activité qu'ont les Français. Elle n'est pas méthodique et réglée comme celle des Anglais, elle est souvent sans but... C'est peut-être ce qui les rend aimables.

Ce fut un matin d'août, sous un ciel bleu et frémissant de chaleur, que Louise eut pour la troisième fois des nouvelles de sa tante. Dans la deuxième lettre Félicité lui avait annoncé le retour de M. Toussard. « Son chagrin et sa colère, disait-elle, ont dépassé tout ce que j'avais redouté. Il a déclaré qu'il ne te re verrait jamais...

Elle ajoutait que, pour des raisons qu'elle donnerait prochainement, M. Toussard voulait qu'elle-même se retirât du magasin de modes.

Or, dans la lettre qui arrivait en ce matin d'août, il n'était question ni de M. Toussard, ni des propres affaires de Félicité, mais d'une chose qui devait troubler Louise de façon autrement vive.

« Hier, — lui écrivait sa tante, — j'ai reçu la visite du docteur Lenoël. J'ai été saisie à tel point en le voyant quo je n'ai pas d'abord trouvé de paroles. Lui-même n'avait plus sa parfaite aisance, mais il s'est vite remis et m'a dit : « Vous n'ignorez pas, » madame, l'affection profonde que je porte à votre » nièce; je viens vous supplier de me dire où elle » est. ))

» Je lui ai dit qu'après son départ tu avais été en butte à tant et à de si cruelles épreuves que tu t'étais décidée à quitter Paris, en me défendant de faire connaître le lieu de ta retraite. Il a violemment

insisté, m'assurant que cette précaution ne pouvait s'appliquer à lui, et que j'agissais avec une' cruauté qu'il ne méritait pas. Il m'a demandé enfin si je voudrais bien te faire parvenir une lettre de lui. J'ai dit que je me conformerais à ta décision, et je dois la lui transmettre. Il est parti en me laissant voir son dépit amer. Je crois bien qu'il t'aime toujours. Depuis, j'ai su qu'il avait ramené madame Darsier, encore dolente, mais sauvée pour l'instant. Il paraît qu'il va l'épouser. Dans ces conditions, ma pauvre enfant, tu feras bien de ne plus songer à lui, et je lui écrirai en conséquence, si tel est ton avis... »

Tenant entre les doigts la feuille de papier qui lui apportait ces lointaines nouvelles, Louise resta longtemps accablée. L'air brûlait comme des flammes, semblait sa propre douleur qui la consumait. Elle se dit : « Il se marie. Alors que me veut-il? Et si je suis ici, c'est surtout par sa faute : qu'il m'y laisse donc en paix ! » Et, du fond de sa détresse, quelque ressentiment lui vint, qui lui lit retrouver un peu de force.

Comme elle n'était pas descendue de toute la journée, le comte, vers le soir, se rendit auprès d'elle.

Il la vit pâle et brisée et s'en inquiéta.

— Cette chaleur est écrasante, dit-il, et puis toutes ces lectures vous auront fatiguée. Il faudra recommencer nos promenades à cheval qui vous faisaient du bien. Si la chaleur continue nous sortirons de grand matin.

Après un silence, il reprit :

— C'est peut-être d'ennui et d'isolement que vous êtes malade : vous regrettez Paris, et tous les amis et les plaisirs que vous y aviez. Patientez un peu : dans deux ou trois mois, nous voyagerons. Je vous conduirai dans de beaux pays. Mon yacht est mouillé à Odessa ; c'est un bateau magnifique, on y est très heureux : on oublie tout, quand on n'aperçoit plus que le ciel et l'eau. D'ici là, nous aurons quelques visiteurs; entre autres, un cousin à moi, un garçon charmant, qui est attaché à notre ambassade chez vous.

Louise le remercia, le rassura. Son malaise, dit-elle, n'était rien, elle en était remise déjà.

Alors lui, la voyant si délicieuse et désirable dans sa langueur, s'enhardit, tenta de glisser le bras au long du divan parmi les mèches blondes répandues. Mais elle, émue, palpitante encore à la pensée de l'autre dont elle avait senti tout proches le désir et le souffle, eut un grand frisson, se déroba.

Et le comte Kowieski, timide, méfiant de luimême, n'insista pas .

Dès le lendemain, Louise écrivit à sa tante :

« Dites-lui de ma part que, puisqu'il a refait sa vie à sa guise, je le prie de ne plus se mêler de la mienne. »

Elle retourna à ses lectures, mais elle n'avait plus son calme. Elle s'adonna de préférence à des livres d'imagination, qui traitaient d'amour ; car ces livres pensait-elle, s'efforcent de peindre les douleurs et les joies auxquelles sont soumis les hommes. Elle espé-

rait ainsi se retrouver elle-même, entendre l'écho de ses tristesses renvoyé par d'autres voix. Elle lut quelques volumes de Balzac, de George Sand, les poèmes en prose de Chateaubriand, mais rien dans ces écrivains illustres ne sut la toucher, ne se trouva en haamonie avec sa propre âme. « D'ailleurs, pensait-elle, tout y est réglé, arrêté et ne change plus, tandis que la vie fuit sans trêve, emportant tout. Dans les livres seulement, le bonheur peut se fixer en un décor immuable, se découper à jamais sur un fond d'or comme une image de piété. »

Elle se faisait ainsi un ensemble d'idées qui, empreintes d'un amer pessimisme, contrastaient singulièrement avec sa jeunesse, son inexpérience et sa beauté. Et cette sensation de l'écoulement qu'elle gardait toujours présente, datait peut-être de son enfance, et du spectacle de cette rivière qui portait au loin ses Ilots sans cesse renouvelés.

Dès lors, elle ne demanda plus à la lecture que de l'instruire ou de l'amuser. Elle prenait de toutes parts, et son esprit devint comme ces forêts touffues qui se sont développées au hasard des germes déposés par les oiseaux. Un jour, elle ouvit cette Madame Bovary dont tant de mains fébriles ou négligentes avaient déjà froissé les pages. Cette aventure vulgaire et tragique, raccourci pitoyable et sublime d'illusions, d'orgueil et de misère, l'ttonna mais ne la toucha pas. Elle plaignit Emma sans pouvoir l'aimer, la jugeant d'une ardeur trop âpre et sèche. Elle lui reprocha aussi le choix médiocre de ses amants, se

refusant encore à concevoir que l'on pût aimer des hommes qui ne fussent pas à la ressemblance de Jacques Lenoël.

Et quelques semaines passèrent, monotones et paisibles Mais un matin, Smith entra chez Louise :

— Vous ne verrez pas le comte en ce moment, il a sa crise. Ces troubles, auxquels il est sujet, depuis le terrible accident qui a failli le tuer surviennent surtout quand il a de vives contrariétés. Il vient de se mettre dans une colère effrayante à cause de la comtesse. Ayant agi très grandement avec elle en exigeant qu'elle ne porte pas son nom et ne fasse pas de scandale, il a appris des détails déplorables que je voulais lui cacher. Cette dame devrait être enfermée, ce serait mieux pour tout le monde.

Puis Smith parla de sa propre famille, de ses filles, qu'il destinait à l'enseignement, de son fils, midshipman dans la flotte anglaise.

— Voyez-vous, mademoiselle Louise, — car il continuait à la nommer ainsi, quand ils étaient seuls, en souvenir de leurs relations au magasin de modes, — pour se tirer d'affaire, il n'y a que la bonne conduite et l'activité : j'ai élevé mes enfants dans ces idées, je veux qu'ils travaillent. Si plus tard il leur vient par moi quelque bien, ils en seront plus dignes. D'ailleurs vous connaissez, dans l'Évangile, la parabole des deniers et de celui qui ne sut pas les faire fructifier. Toute la prospérité de l'Angleterre est expliquée dans cette parabole.

Le comte ne quittait pas encore ses appartements,

lorsque arriva au château son parent, le prince Daltroiï.

Louise redoutait cette visite, dans la fausseté de sa nouvelle condition, il lui était très cruel de se trouver en face d'un Parisien.

Elle songeait à la résistance qu'en ses jours déjeune et farouche fierté elle avait opposée aux vœux et aux projets du pauvre Fernand Epstein. Certes elle n'ignorait pas avec quelle injustice se perpétuent bien souvent les préjugés. Mais elle-même restait sans force contre des scrupules naturels, qu'elle avait vu les magasins de modes partager avec les classes bourgeoises.

Ce fut dans ces dispositions qu'elle apprit, un matin, que le prince Daltroff était au château depuis la veille. Décidée à ne pas se montrer avant que le coint» eût reparu, elle restait à l'écart, lorsque, aux aboiements furieux poussés par Fairy, elle entrebâilla sa porte. Sur le palier, à l'endroit où aboutissait l'escalier, un homme jeune, mince, élégant, subissait en souriant les assauts de la petite chienne qui, hors d'elle, les soies hérissées, les yeux fous, jetait du fond de son menu gosier, contre cet étranger, des sons éperdus et stridents. Et rien n'était comique et plaisant comme cet être minuscule, s'efïorçant de répandre la terreur, dont il croyait posséder l'appareil redoutable.

Louise, un peu interdite, appela Fairy avec sévérité.

— Je vous remercie, madame, de venir à mon secours, dit en s'inclmant avec grâce, l'étranger; mais, comme

j'ai chassé le tigre aux Indes, j'avais conservé tout mon sang-froid.

C'est ainsi que Louise et le prince Daltrofî firent connaissance.

A l'heure du dîner, le comte allant mieux, ils se retrouvèrent dans la salle à manger. Et la jeune fille, qui avait tant craint cette rencontre, fut rassurée tout de suite par l'aisance noble et charmante du jeune diplomate. Il causait avec agrément et vivacité, et, quand il s'adressait à Louise, c'était avec une courtoisie empressée qui semblait un discret et délicat hommage.

Fils de l'ambassadeur et Français par sa mère, ayant séjourné longtemps en Italie et à Paris, le prince Daltrofî était à peine Russe. Tout au plus gardait-il en parlant ce chantonnement léger, qui donne au français un air d'être en fête.

Grand amateur d'art, il était familier de tous les musées, avait tout vu, tout lu, et sa nonchalance était une coquetterie.

— Voici une jeune dame avec laquelle vous vous entendrez, dit le comte Kowieski à son cousin, car elle passe une partie de sa vie dans la bibliothèque. Cette pauvre bibliothèque, depuis des années, on n'en avait ouvert aucune armoire et les livres qui sommeillaient sous la poussière ont dû se sentir bien surpris d'être ainsi dérangés.

Daltrofî regarda Louise avec intérêt, lui demandant quel choix guidait ses lectures.

— En ce moment, dit-elle, je tâche d'apprendre,

et je sais trop peu pour m'être créé un goût ou une préférence.

— Aimez-vous les vers ? reprit-il. Il faut les aimer, ils sont comme les fleurs, inutiles et délicieux. Si vous le permettez, je vous présenterai mes poètes de prédilection. J'en ai de plusieurs sortes.

11 se tut quelques instants, puis continua :

— Je ne prétends pas que ce soit toujours une beauté d'être inutile. Ainsi, la diplomatie, quoique purement ornementale, n'a plus ni beauté ni raison d'être depuis que les questions internationales sont réglées par les banquiers.

Et comme le comte Kowieski laissait voir sa surse :

— Oh ! je m'en doute, vous me désapprouvez de m'ox primer si librement. C'est que, mon cher, j'en sais long sur ce qui se prépare chez nous : et il y a des jours où j'ai honte de ma vaine, de ma puérile

iière. Les idées là-bas mai «lient plus vite qu'on ne croit, et, de loin, je les vois s'avancer, ailées, armées, terribles. Mes sympathies, mes vœux secrets sont avec elles, mais ne craignez rien, je suis un allié, un ami, je ne suis pas encore un conspirateur.

On tint des propos moins graves. Daltroff raconta qu'Alice Cointel s'était aperçue que, d'être si distinguée et raisonnable, maintenant qu'elle était moins jeune, aurait le tort de la vieillir avant l'âge.

— Il paraît, dit-il, qu'elle va quitter la Comédie- Française à la suite de caprices divers. Il est question d'aventures romanesques. Comme l'Aurore, elle

aurait fait choix d'un très jeune amant et cela lui crée un renouveau opportun.

Le prince savait en perfection la chronique galante de la rampe. Il la disait gaiement en camarade de toutes ces héroïnes qui, menant à la fois tant d'existences imaginaires ou réelles, sont bien excusables de s'y égarer parfois. Il connaissait aussi tous les auteurs dramatiques et les autres, et ceux qui ne faisaient que des chroniques, et même les moindres, qui, ne glissant que des entrefilets, essayaient d'être les plus tapageurs. A quelques illustres exceptions près, il était sans enthousiasme pour le monde des lettres.

— L'époque est ingrate, dit-il, et l'on supplée au talent, comme les femmes à la fraîcheur, par le maquillage. Cela fait des succès factices et qui durent peu. D'ailleurs, si cela vous amusait, je vous amènerais quelques littérateurs quand vous viendrez à Paris avec Kowieski. -

La sympathie qui, dès le premier soir, s'était formée entre Louise et Daltrofî s'accrut encore. La bibliothèque les réunissait chaque jour, et, d'une voix sonore et bien timbrée, le prince lisait des vers. S'abandonnant à l'enchantement des images et des mots, Louise l'écoutait. Et la vaste pièce, si longtemps sans écho, s'emplissait de la noble harmonie du langage rythmé.

Un jour, comme il avait récité Néire, d'André Chénier, Daltrofî dit soudain:

— Vous ne vous doutez pas combien j'ai déjà entendu parler de vous. C'était par deux bien jeunes adorateurs, encore lycéens, le fils et le neveu de la comtesse de

Sauvignac. Et ces messieurs ne plaisantaient pas. L'un deux voulait se tuer, l'autre se proposait de vous enlever.

— Je sais, fit Louise en souriant. Classe de rétorique, division C. Ces jeunes gens m'ont envoyé des fleurs. Il y a déjà longtemps de cela.

Et le souvenir de tout ce qui était advenu en ces années tout à coup sembla pleuvoir sur elle comme des feuilles mortes.

Le prince reprit :

— A présent je vous connais, et je ne m'étonne pas du trouble que vous jetez dans les âmes. Et sans doute resterai-je un des seuls qui, vous ayant approchée, n'auront pas tenté de vous faire la cour. Mais vous m'avez conquis tout de même et je serai heureux toujours de vous donner des preuves de mon amitié, de mon dévouement.

— Pour une femme qui est jeune, l'amitié est plus rare à rencontrer que les hommages, dit Louise, et je vous remercie de m'accorder la vôtre. J'ai eu quelques amis et je les ai perdus, par la faute des circonstances plus que par la mienne. Et maintenant je suis presque isolée dans la vie.

Daltroiï observa :

— Je suis sûr que Kowieski vous est vraiment attaché. C'est un homme qui a souffert par lui-même et par les autres. Il rt'a pas les dons brillants qui séduisent, mais c'est un être excellent, et une femme de cœur peut s'intéresser à lui, et lui offrir des joies qui lui ont manqué jusqu'ici.

— Je suis touchée de sa bonté pour moi, répondit Louise, et je tâcherai de lui montrer ma gratititude. D'ailleurs, à mon âge, j'ai été en butte à tant d'épreuves que je ne souhaite plus maintenant que la paix. Et peut-être l'ai-je trouvée.

— Ah ! ma pauvre enfant, s'écria Daltroff, quelle illusion est la vôtre ! Vous, à la merci des autres et de vous-même, vous parlez de paix, et vous êtes l'image de celles pour qui, aux temps héroïques, les guerriers s'exterminaient. Enfin, quoi qu'il arrive, comptez que je suis votre ami. D'après ce que m'a dit mon cousin, nous nous verrons à Paris, au printemps, et peut-être, vers février, à Nice et à Monte-Carlo.

Au bout de quelques jours, le charmant prince s'en alla.

— Je le regrette, dit Kowieski, autant pour vous que pour moi. Il est un compagnon exquis. Mais on ne le garde jamais longtemps. Il appartient tout entier à une femme, la comtesse de Sauvignac, plus âgée que lui de dix ans. C'est une liaison déjà ancienne, il lui a sacrifié les plus beaux mariages.

Des semaines se succédèrent, août glissa en septembre, le ciel pâlit encore, et la pourpre et l'or de l'automne s'étendirent sur les forêts comme des flammes qui bientôt allaient les flétrir toutes. Ce fut alors qu'une activité subite régna dans le château, d'ordinaire si calme. Sur l'aile gauche demeurée close jusqu'alors, on vit s'ouvrir toutes grandes les fenêtres et s'envoler la poussière qui semblait celle de tant d'heures endormies là.

Les écuries, les selleries aussi s'agitaient, se préparaient à quelque événement.

— Il va nous venir toute une bande de chasseurs, dit le comte à Louise, tandis qu'ils dînaient dans la salle de marbre. Je me dispenserais bien de les accueillir actuellement, mais c'est un vieil usage de famille, et difficile à supprimer. Nous aurons plusieurs officiels supérieurs de Komenetz, et des propriétaires de la province. Parfois il me vient de loin des visiteur-. Quant à moi je ne prends aucun plaisir à la chasse, je la trouve un divertissement cruel. La maison va être remplie de bruit et de inonde, et ce sera fini de vous retrouver à mon gré.

De plus en plus il s'accoutumait et prenait goût à elle. Sans effort et sans artifice, elle était de douceur si souple qu'elle se façonnait aux autres insensiblement. D'ailleurs en quelque chose elle était changée. Plus lente, plus languissante, elle semblait traîner derrière elle les voiles invisibles d'un deuil secret. Et cette tristesse qui l'enveloppait la parait, aux yeux de ce seigneur mélancolique, d'une grâce singulière. Sa coiffure non plus n'était pas la même qu'aux temps heureux où on la comparait à la Psyché de Naples. Magda à présent disposait à sa fantaisie la chevelure magnifique qu'on lui confiait. Elle était fort habile à en varier la disposition ayant servi deux ans une cantatrice en renom. Et Louise apparaissait tantôt av mèches éparses et fleuries comme Ophélie, tantôt avec des nattes relevées et ornées de perles et de brillants à la façon de Desdémone, patricienne de Veni

Le jour où devaient arriver les invités, William Smith se présenta chez madame de Kérouall.

— Je veux vous dire un mot seulement, fit-il, car je suis très affairé. Ces gens, évitez-les le plus possible. Quoique de haute naissance, ils sont tout le contraire de ce que nous appelons des gentlemen. Et je les considère plutôt comme des sauvages, des idolâtres et des ivrognes. Sans doute, les Anglais boivent aussi quelquefois, mais jamais ils ne perdent le respect de la morale et de la religion. Je vous dis cela parce que le comte est si distrait qu'il n'y songerait que trop tard.

Vers le soir, les coups de fouet et les grelots des postiers résonnèrent dans les avenues, atteignirent le perron, et bientôt un vacarme et des cris et des jurons retentirent dans le château.

Suivant l'avis de Smith, Louise ne bougea pas de chez elle, et le comte Kowieski, étant allé la voir, n'insista pas pour qu'elle revînt sur cette décision. Toute la nuit les lourdes bottes frappèrent les dalles de marbre, et des salles basses s'élevaient jusqu'au petit jour des clameurs, des chants et des querelles.

Lasse enfin de sa captivité, Louise s'en alla, un matin, en promenade avec le piqueur. Au retour, comme elle remontait l'escalier, vêtue de son amazone, trois hommes dressés sur la dernière marche lui barrèrent l'accès du palier. Ils avaient la tenue de chasse et, secoués de rires énormes, les habits en désordre, le regard allumé de vin, ils figuraient la troupe de quelque Bacchus tartare. Appuyés sur la

rampe, que décoraient des enfants ailés, incertains et chancelants, ils paraissaient gigantesques et redoutables encore. Louise eut peur d'abord, voulut s'enfuir, puis une audace lui vint, elle se résolut à passer en les bravant. Sous leur souffle chaud, sous leurs éclats de voix, elle avança tranquille, hautaine. Une main se tendit pour la saisir, an visage frôla le sien. D'un coup de cravache elle cingla si rudement le gentilhomme qu'il recula, étourdi.

Alors ce fut la lutte et la mêlée : tous, se poussant, essayant de s'emparer d'elle, perdaient pied sur le marbre poli. Elle put s'échapper.

Ils s'abattirent sur les marches, restèrent vautrés, anéantis par l'ivresse. Au-dessus d'eux se jouait la bande légère des amours dansants.

Tremblante encore de cette aventure, elle eut dans la journée la visite de Smith.

— Vous avez été splendide! s'écria-t-il; d'en bas je vous admirais. Je pensais au berger David, si frêle et jeune, qui, avec l'aide de Dieu, terrassa Goliath, le géant blasphémateur. Celui que vous avez châtié est le fils du grand-duc Boris. Parfois le Seigneur se sert des faibles pour abattre les forts et les puissants.

Les chasseurs s'en retournèrent comme ils étaient venus, parmi les grelots et les claquements de fouet, et de nouveau le silence régna dans le château. Au dehors, l'automne, précoce en ces régions, avait fait son œuvre. Le vent âpre et sec, précurseur de la dure saison, balayait les nuages en tumulte et le tour-

billon des feuilles mortes, et, la nuit, au long des couloirs et dans les hautes cheminées, on l'entendait siffler et gémir. Le comte décida que l'on partirait. Déjà à Odessa, le yacht était tout armé, n'attendait plus que les passagers.

Presque à la veille du départ, Louise apprit une grande nouvelle. Sa tante lui annonça qu'elle allait épouser M. Toussard.

« Maintenant que les deux nièces, dont il était tuteur, sont mariées en province, je n'ai plus aucun motif pour me refuser à ce qu'il désirait depuis longtemps, car il souffrait de l'incorrection de notre vie. D'ailleurs, sa belle-sœur accepte avec bonne grâce notre résolution. Nous habiterons, dans la banlieue de Paris, une maison agréable, au milieu d'un beau jardin. De là il se rendra à ses affaires.

» Ma pauvre enfant, disait-elle encore, je ne puis me défendre d'une sincère tristesse en t'apprenant une chose dont je devrais me réjouir absolument. Il m'est plus douloureux en cet instant de te sentir si loin de moi et je me reproche amèrement de n'avoir pas su te conduire avec plus de sagesse et d'énergie. C'est lui, c'est monsieur Toussard qui avait raison contre toi, contre moi.

En post-scriptum, elle ajoutait :

« Figure-toi que le docteur Lenoël est revenu me voir : « Louise n'est pas retournée dans sa famille, » m'a-t-il, je veux savoir ce qu'elle est devenue. » Je lui ai répondu : « Elle était libre, elle a disposé d'elle- » même, c'est tout ce que je puis vous dire. » Il a

pâli à tel point qu'il m'a fait peur, puis il s'est retiré. J'aime à croire qu'il en restera là. »

Un matin de novembre, Louise s'éloigna de ces lieux où pendant près de six mois elle avait langui doucement. Elle dit adieu à ce château, à ces allées profondes, à ces bois maintenant dépouillés. L'air était paisible et la brume drapait de voiles tout os ces choses qui semblaient déjà disparues dans le passé.

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