‹ Histoire d'une forteresseChapitre 12 sur 70 · LE PONT MOBILE · texte numérisé non relu

LE PONT MOBILE

DESTINÉ A FRANCHIR LE PETIT BRAS DE LA RIVIÈRE d’aBONIA

prêt à soutenir le premier, et sur la rive opposée on voyait arriver un troisième corps.

Secondin était passé un des premiers sur la rive gauche, et n’augurait rien de bon de l’apparente inertie de l’assiégé. Il voulait qu’on ne s’avançât qu’avec prudence, et après avoir établi une tête de pont au moyen de pieux et des débris empruntés aux maisons voisines. Il fit donc entrer des hommes dans ces maisons. Elles étaient désertes, et derrière les barricades élevées aux débouchés des voies sur le quai, il n’y avait pas de défenseurs.

Il donna donc l’ordre de démolir ces barricades. Tout cela prit du temps, et les Francs murmuraient hautement, demandant si on leur avait fait passer la rivière uniquement pour en garder les bords. Leurs chefs prétendaient que l’assiégé avait abandonné cette partie de la cité, comme il avait abandonné la ville basse, qu’il s’était retiré derrière ses murailles, et que si on ne profitait pas de sa retraite, il se rassurerait et viendrait assaillir les Francs à la nuit; qu’il fallait au plus tôt occuper l’espace abandonné par lui, et s’établir sous les murs en prenant à revers la petite place d’armes. Secondin hochait la tête et continuait à ordonner des mesures de sûreté. Vers le milieu du jour, un des chefs francs, plus impatient encore que n’étaient les autres, rassembla ses hommes et déclara que c’était trop tarder, qu’il fallait occuper les rampes. « Que les braves me suivent, et que ceux qui ont peur restent ici à se faire des abris ! » Et avec son monde, il se dirigea vers le sommet du plateau. Son exemple fut bientôt suivi et, par plusieurs voies, à travers les maisons et les jardins, plus de deux mille hommes gravirent les pentes.

Arrivés le long du vallum tracé en écharpe1, ils furent reçus par une grêle de pierres et de traits. Mais se remet-

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