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tant bientôt de la première surprise et entraînés par leurs chefs, les Francs se ruèrent sur l’escarpe. Ils avaient le désavantage de la position. Dominés par les assiégés, ce premier assaut ne réussit pas. Il fallut se rallier en s’abritant derrière les habitations et haies laissées par Clodoald en dehors du vallinn. Entendant les cris de l’attaque, les troupes restées près du passage se précipitèrent à leur tour sur les rampes. Secondin jugea prudent alors de faire passer un millier d’hommes du corps resté dans l’îlot, en donnant les meilleures raisons pour les maintenir sur ce point.

Voyant arriver le renfort qui gravissait les rampes, les premiers assaillants se divisèrent en trois grosses troupes, et à un signal s’avancèrent de nouveau contre le vallinn. Les premiers tombés n’arrêtaient pas les survenants, qui leur passaient sur le corps. A certains moments, on pouvait croire le retranchement emporté, car sa crête se couronnait de soldats francs; mais les défenseurs, indépendamment de ceux qui garnissaient le vallinn , s’étaient aussi divisés en troupes compactes qui, tenues en arrière, se précipitaient contre les colonnes d’assaut quand leurs têtes arrivaient sur la crête. Ainsi ce combat présentait une série incessante de prises et de reprises du vallinn , et les choses semblaient devoir présenter les mêmes péripéties tant que les assaillants et les défenseurs pourraient former quelques groupes de soldats. De part et d’autre beaucoup d’hommes tombaient, car on se battait corps à corps.

C’est alors que Clodoald, qui tenait la petite place d’armes du Sud-Ouest, sortit en bon ordre avec un millier d’hommes, longeant la rivière; il transmit l’avis à ceux qui occupaient la grande place d’armes du Sud, de passer entre lui et le vallinn et de se jeter sur le flanc des assaillants. De la rive droite, les Francs voyaient le mouvement de Clodoald et se précipitaient vers l’îlot pour aller le combattre et soute-

nir ceux des leurs qui étaient sur la rive gauche. Mais Clodoald avait de l’avance, marchait sur une voie directe, pendant que les ennemis étaient obligés de faire des détours. Il arriva donc en quelques minutes sur la troupe des Francs qui, sur les instances de Secondin, gardaient le passage. Il l’attaqua avec la plus grande vigueur et culbuta les premiers qui s’offrirent à ses coups. Les Francs résistaient toutefois et, couvrant la chaussée, ils se plaçaient en équerre appuyant leur droite à la rivière. De nouveaux assaillants passaient sur la chaussée et se plaçaient à la gauche, de telle sorte que la troupe de Clodoald fut bientôt débordée et dut faire, pour se dégager, un mouvement de retraite, non sans perdre bon nombre de soldats, en abandonnant la rive gauche pour se porter vers les rampes et choisir un terrain plus avantageux.

Arrivait alors sur le flanc des Francs acharnés à la prise du vallum , la seconde troupe des Bourguignons. Les assaillants attaqués de flanc, presque à revers, par suite de la direction du retranchement, lâchèrent pied et descendirent en toute hâte vers le passage, poursuivis par les Bourguignons. Ce que voyant, Clodoald, soutenu, attaqua avec une nouvelle énergie. A ce moment arrivait Gondomar sortant de la porte de l’Ouest avec des troupes fraîches, pour renforcer les défenseurs du vallum. Voyant l’ennemi précipiter sa retraite vers le passage, il jugea que les siens étaient assez forts pour le pousser vigoureusement, et suivant la muraille rampante du Nord, puis tournant à gauche, il attaqua l’ennemi sur la rive en face de l’îlot. Le retranchement du quai le garantissait assez bien des pierres et traits lancés de cet îlot. Les Francs, attaqués ainsi de face et sur les deux flancs, ayant un passage étroit à dos, se défendaient avec rage, mais leur nombre même entravait cette défense. Des frondeurs bourguignons postés dans les maisons sises sur les rampes les couvraient de projectiles.

128 HISTOIRE d’une FORTERESSE.

A la nuit, il ne restait plus sur la rive gauche un seul ennemi vivant-, beaucoup s’étaient jetés à la nage pour gagner l’îlot-, un assez bon nombre avait pu passer encore sur la chaussée ; mais plus de deux mille cinq cents morts restaient le long du vallum et au débouché du passage. Clodoald avait fait accumuler des fascines et de la paille sur le pont mobile, qui bientôt fut en flammes, ainsi que l’estacade. La perte des assiégés était d’un millier d’hommes. Clodoald était blessé.

Les assiégés avaient gardé la portion de la ville à l’Ouest, mais ils ne pouvaient sur ce point prendre l’offensive, car ils voyaient devant eux des masses compactes d’ennemis.

Pendant cette journée, les deux rois francs avaient fait simuler une attaque contre le front du Nord de la cité-, mais les remparts et les tours élevées sur ce front ne pouvaient être pris que par un siège en règle, et les soldats bourguignons laissés sur ce point étaient en nombre plus que suffisant pour défier une attaque sérieuse.

Childebert et son frère, retirés sous leur tente, s’accusaient réciproquement du mauvais succès de leur opération, et tous deux s’entendaient pour rejeter sur Secondin la défaite de leurs troupes. Celui-ci, mandé près des rois, eut à subir les plus violents reproches. « Si, répondit l’ingénieur, vos troupes étaient disciplinées, si elles n’avaient pas voulu se jeter à l’aventure dans le quartier sur la rive duquel nous avions heureusement pris pied, nous serions encore sur cette rive et nous aurions pu demain nous emparer de tout cet espace de terrain; non que je prétende qu’il faille attaquer la cité sur ce front, mais parce qu’ainsi nous empêchions toute sortie et que nous pouvions sans risques attaquer le front du Nord et le prendre, ce qui n’est qu’une affaire de temps.

« Ne possédant pas le quartier de l’Ouest, en dehors des remparts de la cité, tous nos travaux de siège peuvent être

détruits pendant une sortie vigoureuse; car l’assiégé est audacieux, il l’a montré; et la muraille rampante qui, de la tour du coin Ouest descend à la rivière, mettra toujours notre attaque sur le front Nord de la cité, à la merci d’un vigoureux effort.

« Cette muraille rampante est dépourvue de portes apparentes, mais il sera facile à l’assiégé de faire des issues s’il n’en existe déjà de cachées, et alors, à la faveur de la nuit, il peut se jeter sur le flanc droit de l’attaque, incendier nos ouvrages et rendre le siège beaucoup plus long et incertain. Chacun de vos che(s prétend commander, et, si braves qu’ils soient tous, devant une cité aussi bien munie et défendue, la bravoure' aveugle ne fait que compromettre inutilement vos armes. Obtenez donc d’eux l’exacte obéissance aux ordres que vous donnez, et souvenez- vous que votre père illustre a dû ses victoires à la discipline rigoureuse qu’il avait su maintenir au milieu de ses troupes. » Ce langage ferme ne laissa pas de faire une impression sur les deux rois qui, réprimant leurs emportements, commencèrent à délibérer froidement sur la situation. Il fut résolu qu’on s'emparerait de la grande tête de pont, encore au pouvoir de l’assiégé; que l’on surveillerait attentivement les bords de la rivière, et que l’on attaquerait la place sur toute l’étendue du front Nord, y compris la muraille rampante. Les deux rois décidèrent que les chefs des divers corps obéiraient à Secondin, lequel était chargé par eux de la direction des opérations. Ces chefs furent convoqués et reçurent, de la bouche même de Childebert, l’ordre de ne rien tenter en dehors du commandement de Secondin. Mais ces Francs n’aimaient pas le Romain, comme ils l’appelaient, et reçurent cet avis d’assez mauvaise grâce. Plusieurs élevèrent des objections, en déclarant que les lenteurs du Romain étaient la cause de leurs échecs, et que si on les laissait faire, la cité serait bientôt en leur pouvoir. Childebert et

son frère, ébranlés, sentaient faiblir leur résolution et regardaient Secondin. Celui-ci, s’adressant alors aux chefs qui l’accusaient : « Que ceux d’entre vous, dit-il, qui ont un moyen d’attaque à présenter, parlent, qu’ils expliquent par quels procédés ils prétendent forcer des muraides défendues par des hommes aguerris et bien commandés; et, s’ils montrent un plan meilleur que celui proposé par moi, je suis prêt à les suivre comme le dernier des soldats, mais les rois, l’armée tout entière, avant de marcher en avant, ont le droit d’exiger que leurs vies ne soient pas engagées dans une entreprise sans issue , ne présentant aucune chance de réussite. » A ce discours, nul ne répondit. « Toi, qui as parlé, dit alors Childebert à un des chefs, que proposes-tu? — Nous avons pris Autun par la vigueur de nos hommes; nous avons cerné la ville, abattu un pan de mur et nous sommes entrés. — Oui, reprit Secondin; mais Autun n’est pas une cité bâtie sur un lieu escarpé comme l’est celle-ci; nous pouvions l’attaquer de plain-pied sur deux de ses fronts, sans avoir une rivière à dos. Ses murailles, si bonnes qu’elles fussent, étaient mal défendues et nos attaques simultanées sur deux points opposés, déconcertaient les assiégés. Ici, nous ne pouvons attaquer de plain-pied qu’un seul front; tous les autres couronnent des escarpements que l’on défendrait facilement, même sans murailles. Il n’y a donc ici que deux partis à prendre, ou de serrer la place si étroitement qu’elle soit obligée de se rendre, faute de vivres, ce qui peut être long, car l’assiégé est bien approvisionné, et l’armée des Francs, qui n’aime pas l’immobilité, se dissoudra pendant ce blocus, ou d’attaquer le seul côté attaquable et de concentrer toutes les forces sur ce point.

K Dans l’espace de trois semaines, en procédant régulièrement, ce front sera en notre pouvoir. Alors pourronsnous investir étroitement le Castellum , en laissant une

troupe nombreuse pour empêcher toute sortie. Il faudra bien qu’il se rende ; et pendant ce temps, les rois soumettront le reste de la Bourgogne, sans s’attarder ici. » Plusieurs chefs répondirent à ce discours en proposant des moyens d’attaque insensés et qui parurent tels à l’assemblée, car si tous étaient d’accord pour blâmer ce qui avait été tenté jusqu’alors, aucun n’était capable de présenter un projet soutenable. Chacune de ces propositions était donc accueillie par des murmures ou des rires ironiques. Ce que voyant, Childebert déclara formellement que lui et son frère entendaient qu’on obéît de tous points à Secondin puisque personne n’ouvrait un avis acceptable et l’assemblée se sépara. Les deux rois, restés seuls avec l’ingénieur, insistèrent pour qu’il fît en sorte d’obtenir immédiatement un succès qui pût faire oublier les échecs derniers et rendre la confiance à leurs hommes.

« La difficulté, répondit Secondin, est d’obtenir, sans risques, ce succès avec des troupes qui n’observent pas exactement les ordres donnés. Ce qui assure le succès dans la guerre de siège, c’est la patience, le travail assidu, l’exacte discipline ; or, vos hommes ne sont pas patients, n’aiment pas remuer la terre et ne sont pas disciplinés. Ils préfèrent se faire tuer en livrant un assaut dans de mauvaises conditions, au labeur pénible et non périlleux qui, au bout de quelques jours, leur assurerait la prise de la place sans perdre beaucoup des leurs. »

Sur ces entrefaites , arriva au camp des Francs un secours de deux mille hommes environ, envoyé par Théodoric qui, ayant terminé son expédition en Auvergne, comptait prendre des avantages dans la guerre entreprise en Bourgogne. Ces deux mille hommes étaient des gens robustes assez mal armés et peu propres à la guerre active; mais pouvant rendre de grands services dans les travaux de siège. Us furent directement placés sous les

ordres de Secondin, et aussitôt, celui-ci les mit à l’œuvre, en leur promettant une large part du butin, lorsque la cité serait prise.

On a vu que le saillant du Nord était resté au pouvoir des Francs. Secondin fit élever sur ce point un agger devant la porte de la cité, puis, sur le penchant du plateau, un autre agger en face et sur la contrescarpe du fossé de la muraille rampante (fig. 27). La crête de ces ouvrages

n’atteignait pas le niveau des chemins de ronde des murs de la cité, mais avait cependant assez de relief pour permettre d’envoyer de grosses pierres sur les crénelages au moyen d’onagres, et d’en rendre l’occupation périlleuse. Cela était fait surtout pour occuper l’assiégé. A l’abri de ces deux terrassements, Secondin fit commencer deux trous de mine, l’un au point A, l’autre au point B, lesquels dirigés sous le fond des fossés secs, devaient arriver jusque

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LA DEFENSE

BATTERIE d’oNAGRE

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