EN DEDANS DES REMPARTS
sous les murs. Clodoald, assez grièvement blessé, avait été forcé de confier la surveillance de la défense à ses lieutenants qui lui rendaient compte des travaux des assiégeants et croyaient que les Francs allaient, sur les deux terrasses, élever des ouvrages de charpente pour dominer les murailles, détruire les crénelages et jeter des ponts. Rien ne faisait supposer cependant que telle fut l’intention des Francs qui se bornaient à garnir les terrassements de mantelets pour garantir leurs machines. Cette inactivité apparente ne laissait pas que d’inquiéter Clodoald, qui savait, par ses espions, que les assiégeants avaient reçu des renforts-, il n’osait, ne pouvant diriger de nouvelles sorties, en ordonner à ses lieutenants, et se contentait de recommander la surveillance la plus minutieuse. Se fiant d’ailleurs à la solidité des murs romains et à l’assiette rocheuse du plateau, il ne croyait guère à l’efficacité des mines -, toutefois, prévoyant cette éventualité, il ordonna que l’on mît des hommes sûrs aux écoutes dans les étages inférieurs des tours et à la base des murailles, en face le front d’attaque; puis il fit dresser des plate-formes en arrière du rempart pour recevoir six machines qui lançaient force pierres sur les terrassements des assiégeants (fig. 28).
De leur côté, les Francs travaillaient activement à leurs deux galeries de mines, non sans de grandes difficultés, car ils avaient, sur bien des points, à percer une roche très-dure. Les déblais étaient amoncelés en dedans du terrassement et ne pouvaient être vus de l'assiégé. Tant qu’ils n’atteignirent pas le fossé, on ne pouvait de la cité entendre le travail ; mais quand les mineurs furent arrivés sous ce fossé, les surveillants de la ville entendirent résonner la nuit sourdement les coups de pic. Clodoald, aussitôt averti, ordonna de contre-miner, en partant du pied intérieur du rempart et dans la direction du bruit. De part et d’autre travaillaient donc les mineurs, ce qui
n’empêchait pas de faire jouer de part et d’autre, les machines de jet tout le jour.
Au bout de deux semaines, les galeries des assiégeants étaient assez voisines pour que les travailleurs pussent entendre le choc des pics dans le roc. Clodoald pouvait alors quitter son logis; il examina ce qui avait été fait, fit cesser le travail et écouta attentivement. Il lui parut que les mineurs ennemis creusaient obliquement sous la muraille
~*ni p° p° p° p0
voisine de la porte du Nord (fig. 29), tandis que la contre-mine des assiégés se dirigeait de A en B.
Il crut reconnaître aussi que la galerie des ennemis était percée à un niveau supérieur à celui de la galerie des siens. Cela lui parut favorable au plan qu’il se proposait de suivre, et pour plus de sûreté, il fit encore approfondir le sol de la galerie de contre-mine.
S’étant transporté à la base de la muraille rampante, il n’entendit aucun bruit sur ce point, quoique ses lieute-
nants prétendissent avoir, les jours précédents, entendu miner vers le tiers supérieur du mur. La galerie de contremine était également commencée en face de l’endroit où on avait cru entendre le mineur ennemi. Clodoald fit suspendre le travail jusqu’à ce qu’on eût acquis une connaissance exacte de ce que faisait l’assiégeant.
Le lendemain, sur le frond Nord, il devint évident que la galerie de contre-mine croisait celle de l’ennemi -, car on entendait les pas des pionniers au-dessus du plafond.
Clodoald fit alors étayer ce plafond le long des parois de la galerie et, au moyen de leviers et de pinces, donna l’ordre de faire tomber sans bruit les plaquettes de pierre qui formaient ce plafond, de manière à l’amincir le plus possible sous le point où on entendait marcher.
Quand cela fut fait et qu’il parut ne plus rester qu’une couche très-mince de roche, Clodoald fit amonceler dans la galerie de contre-mine des fagots secs, de la résine, du goudron et ce qu’on put trouver de matières inflammables;, puis promettant une bonne récompense au plus adroit de ses mineurs, il lui dit de faire tomber cette croûte et dès qu’il apercevrait une ouverture, si étroite qu’elle fût, de mettre le feu aux fagots en se retirant vers l’entrée.
En effet, quelques minutes après que l’ordre eut été donné, le mineur se présentait à l’entrée du puits suivi d’une épaisse fumée. Il remonta promptement et cette ouverture fut bouchée avec des madriers et de la terre.
Du trou pratiqué sous le sol de la galerie des assiégeants, la fumée montait dans cette galerie et suffoquait les mineurs. Ceux-ci voulurent boucher cet orifice, mais ils n’avaient pas sous la main les matériaux nécessaires ; la flamme surgit bientôt, le trou établissant un tirage. La chaleur faisait éclater les pierres et l’ouverture s’agrandissait. Bientôt la galerie de mine fut tellement envahie par la
fumée qu’il ne fut plus possible d’y demeurer, et quelques hommes tombèrent asphyxiés avant de pouvoir regagner l’issue assez éloignée.
Au mouvement qui se produisit parmi les assiégeants au delà du terrassement, Clodoald comprit que la mine était éventée, intenable. Il fit alors déboucher l’entrée de la galerie de contre-mine et quand la fumée fut dissipée, il voulut voir par lui-même l’état des choses. Les fagots brûlaient activement par suite du courant d’air, et la flamme passait bruyamment par le trou qui s’agrandissait de plus en plus. De nouvelles bourrées furent jetées sur le feu à l’aide de fourches -, la roche calcaire éclatait à chaque instant et tombait en larges plaques.
Secondin avait entendu le travail des contre-mineurs, mais n’avait pu se rendre compte exactement de sa direction, ceux-ci piochant sous le banc calcaire, dans un sable argileux. Il pensait que les galeries se rencontreraient à un moment donné et qu’alors ce serait un combat de mine à soutenir. Dans cette prévision, il avait fait préparer des mantelets, espérant ainsi rester maître de sa galerie et s’emparer même de la contre-mine.
L’événement déjouait ses projets; il n’y avait sur ce point qu’à attendre. Le long du mur rampant, les mineurs de Secondin avaient atteint le sable, et c’est pourquoi on ne les entendait plus. Il porta donc tous ses travailleurs de ce côté et fit creuser profondément ses galeries conformément au plan (fig. 3o). Cela fut terminé, grâce au peu de consistance du sol, dans la nuit qui suivit. Ces galeries étaient bien étançonnées et étayées avec du bois sec enlevé des maisons de la ville basse. Des fagots enduits de goudron furent disposés au milieu de ces étalements et, à l’aube, on y mit le feu.
Clodoald inquiet, était de nouveau venu visiter ce front de la défense, quand un craquement se fit entendre....
LA DÉFENSE