LES ASSIEGES S APPRETENT A DÉFENDRE LA BRÈCHE
Un large pan de mur, en amont du retranchement oblique tracé par les assiégés, se lézarda aussitôt, s’inclina et tomba d’une pièce, en dehors, dans le fossé. Des tourbillons de fumée et de poussière s’élevèrent et on entendit de la cité les cris de joie des Francs.
Il n’y avait pas un instant à perdre -, tout affaibli qu’il fût encore par sa blessure, Clodoald réunit tous les hommes à sa portée et envoya demander du renfort. Avec les deux cents soldats environ, accourus à son premier appel,
il monta sur l’arête du mur écroulé (fi g. 3i), prêt à recevoir l’assaut.
Quand la poussière et la fumée furent un peu dissipées, il put voir les Francs, au nombre de deux mille environ rangés sur le terrassement et qui se disposaient à escalader les ruines. Heureusement pour les défenseurs, une machine de jet établie sur la plate-forme de la tour carrée à l’angle de la cité 1 fut promptement virée par ses servants
x. Voir en B, fig. 16.
et lança de grosses pierres sur le front d’attaque en tuant et blessant à chaque coup plusieurs hommes ; ce qui força les Francs de reculer jusqu’à ce qu’on apportât des mantelets. Ce délai permit aux assiégeants de se réunir sur la brèche, d’y accumuler des fascines — car les assiégeants, de leur côté, lançaient force pierres sur ce point — et de disposer des madriers pour monter plus facilement sur l’arête du mur écroulé.
Tout cela fut l’affaire d’un quart d’heure-, alors les Francs remontèrent de nouveau sur Yagger, garantis par les mantelets, jetèrent des fascines dans l’intervalle qui restait entre la tête du mur et l’escarpe de cet agger et se lancèrent résolument à l’assaut.
La position des assiégés était désavantageuse, car ils avaient à dos l’escarpement produit par l’épaisseur du mur écroulé, un terrain drevassé par la chute de la maçonnerie, tandis que ce mur tombé donnait aux assiégeants un talus peu incliné, d’un facile accès.
L’assaut fut rude et rudement soutenu -, mais les gens de la cité ne pouvaient qu’opposer un front peu épais à une colonne d’assaut compacte ; vers le milieu du jour, les Francs restèrent décidément les maîtres de la brèche (fig. 02). Clodoald était mort en combattant, et avec lui plus de mille Bourguignons.
Les Francs de leur côté avaient perdu beaucoup de monde et la brèche était littéralement couverte de cadavres. Soit fatigue, soit qu’ils craignissent quelque embûche, les assiégeants laissèrent rentrer dans la cité les restes des combattants sans les poursuivre.
Ils possédaient dès lors toute la partie occidentale de la ville, située entre la rivière et les rampants du plateau. Les Bourguignons n’occupaient plus, en dehors de la cité, que la place d’armes du Sud et la grande tête de pont; la petite place d’armes du pont brûlé précédemment, étant