‹ Histoire d'une forteresseChapitre 16 sur 70 · PAR LES ASSAILLANTS · texte numérisé non relu

PAR LES ASSAILLANTS

ouverte à la gorge et non reliée aux remparts, fut évacuée.

Les Francs ne connaissaient pas Clodoald et ne surent que par des prisonniers, que ce brave capitaine avait été tué pendant l’assaut. Ils firent rechercher son corps, et sa tête, fichée sur une longue perche, fut placée devant la porte du Nord. Cette fois, les prisonniers furent épargnés et envoyés comme esclaves dans les domaines royaux.

La cité Juliana était désormais enserrée de tous côtés et réduite à ses murs, lesquels pouvaient longtemps défier les attaques des Francs. Mais la mort de Clodoald enlevait aux assiégeants toute confiance, et le roi Bourguignon n’était pas assez énergique pour remplacer son habile lieutenant. Le soir de cette malheureuse journée, il réunit les chefs des défenseurs afin d'aviser sur les mesures à prendre. Habitués aux entreprises hardies de Clodoald, ceuxci furent d’avis que l’on était assez nombreux encore pour tenter une sortie sur deux points, par la place d’armes du Sud et par la porte de l’Est, que la cité n’aurait plus de vivres dans quelques semaines, puisqu’on ne pouvait plus rien tirer du dehors et qu’on ne devait pas attendre cette extrémité pour se rendre honteusement. La sortie de la place d’armes du Sud serait appuyée par un corps sortant par la porte du Sud-Ouest.

Ainsi, pourrait-on refouler les Francs jusqu’au mur qu’ils venaient de franchir. La sortie de la porte de l’Est les occuperait pendant ce temps su1' le flanc gauche du plateau.

Mais pendant qu’on délibérait ainsi, Secondin entendait bien profiter de l’avantage si chèrement acheté. Pendant la nuit, il fit élever un retranchement à quelque distance de la porte de la place d’armes, couper la route et garnir les rampes de la cité d’abatis d’arbres, puis il fit commen-

cer immédiatement une galerie de mine sous la descente du château à cette place d’armes, afin de détruire cette muraille fortifiée.

Donc, quand le matin, les Bourguignons se disposaient à franchir la porte Nord de la grande place d’armes, ils virent en face d’eux un retranchement bien gardé, hérissé de pieux aiguisés et de branches d’arbres entrelacées. Cependant, comptant sur l’attaque du corps qui devait sortir par la porte Sud-Ouest, ils s’avancèrent avec résolution contre le retranchement dont les défenseurs pouvaient ainsi être pris à revers. Mais le cas avait été prévu par Secondiri, un autre retranchement en équerre était déjà élevé devant cette porte et la route coupée-, les abords garnis d’abatis. Après avoir perdu une centaine d’hommes, les deux troupes rentrèrent donc sans avoir pu exécuter leur dessein. L’initiative, la promptitude dans l’exécution, manquaient désormais à ces braves gens, bien décidés à ne pas capituler cependant.

Trois jours après, la descente à la place d’armes était minée et s’écroulait en partie. Les défenseurs du poste et de la tête de pont étaient coupés et n’eurent que le temps de se retirer à la hâte par la route montant à la porte de l’Est. Un certain nombre d'entre eux resta aux mains des Francs.

La cité était ainsi complètement entourée à portée de traits. Toute sortie ne pouvait aboutir à un résultat sérieux; car Secondin avait fait élever autour des remparts des postes appuyés à des retranchements.

Voyant le succès de ses derniers efforts, les chefs Francs accordaient plus de confiance à l’ingénieur latin et exécutaient ses ordres.

Alors Secondin reprit son attaque du front Nord, et fît commencer quatre galeries de mine, en se servant de celle qu’il avait été forcé d’abandonner. Trois étaient dirigées

sous la tour carrée du coin Nord-Ouest1 (fig. 33). Les assiégés entendirent bientôt les coups de pics des mineurs et tentèrent de faire une contre-mine dont l’ouverture partait de la tour même en A, mais Clodoald n’était plus là pour diriger les travailleurs qui, voulant renouveler la manœu-

vre adoptée précédemment, creusèrent trop profondément, croisèrent les galeries des ennemis en contre-bas et ne surent plus exactement où diriger leur sape.

Page 1