VUE CAVALIÈRE DU CHATEAU DE LA ROCHE-PONT
Le duc de Bourgogne, Hugues III, n’était rien moins qu’un défenseur des biens de l’Eglise. L’abbé de Saint- Julien ne l’ignorait pas; aussi, tout en se sentant l’esprit troublé par les dispositions défensives du sire de la Roche- Pont, et n’augurant rien de bon pour l’abbaye du voisinage d’un aussi fort château , n’osait-il manifester ses craintes et essayer de les laire partager à la cour du duc, car il craignait plus peut-être l’intervention de celui-ci que la puissance de son voisin immédiat.
Hugues s’émut à la longue et prêta l’oreille à tout ce qu’on rapportait des dispositions de son vassal. Une occasion lui découvrit bientôt ses véritables dispositions. Anseric, s’il avait des ennemis et des envieux à la cour du duc, avait aussi quelques amis. Ceux-ci ne manquèrent pas de l’informer des fâcheuses impressions qu’on avait fait naître dans l’esprit du duc à son égard, d’autant que celui-ci n’était guère réservé dans ses propos. On l’avait entendu dire qu’il irait bientôt éprouver si la forteresse de la Roche-Pont était aussi bonne qu’on le prétendait. La prudence n’était pas davantage le fait du duc. Il avait envoyé un parti de gens d’armes examiner les choses de près. Or les gens d’armes du duc avaient les habitudes du maître : ils étaient grands pillards et détrousseurs. S’ils s’ac- ■ quittèrent de leur mission, je ne le saurais dire, mais il est certain qu’ils pillèrent quelques hameaux et mirent le feu à plusieurs granges de l’abbaye de Saint-Julien.
Grand fut l’émoi parmi les moines, qui ne manquèrent pas de s’en plaindre au sire de la Roche- Pont.
Le fief de la Roche-Pont devait chaque année remettre au duc de Bourgogne, à titre de redevance, six chevaux de guerre harnachés. Habituellement, le sire de la Roche- Pont se rendait à cette occasion à la cour du duc après les fêtes de Pâques.
C’était en 1 1 85. Anseric ne parut pas à la cour et n’en-