‹ Histoire d'une forteresseChapitre 25 sur 70 · SORTIE DE NUIT DE LA GARNISON DU CHATEAU · texte numérisé non relu

SORTIE DE NUIT DE LA GARNISON DU CHATEAU

Cette sortie exalta le courage des assiégés -, aucun d’eux, si ce n’est ceux qui avaient fait la guerre outre-mer, ne connaissaient les effets du feu grégeois. Ils se considéraient dès lors comme invincibles. C’était bien là-dessus que comptait le baron Guy en combinant cette attaque, qui n’avait au total, pour les assiégés, qu’un résultat insignifiant.

A la place de la tour de bois brûlée, le duc fit élever une terrasse, composée de clayonnages et de gazon, sur laquelle fut placé un bon plancher de poutres pour recevoir un trébuchet qui battait les lices et atteignait presque la barbacane. Puis, une autre terrasse, au milieu même du front de la contrevallation avec un mangonneau dont les projectiles tombaient en plein dans cette barbacane. Les assiégés contre-battaient ces engins avec le premier trébuchet et avec un autre dressé dans la barbacane. De part et d’autre, pendant une journée que dura le tir, on ne se fit pas grand mal, car, sitôt que les soldats voyaient abaisser la verge de l’engin opposé, ils se gâraient. Les assiégeants élargirent la terrasse centrale et alors purent y installer trois mangonneaux qui parvinrent à briser entièrement le trébuchet des assiégés installé dans la barbacane, les palissades en avant et à écrêter le crénelage. Force était aux gens du château de se blottir contre les murs pour ne pas abandonner l’ouvrage. Quand les assiégeants jugèrent les palissades indéfendables et les crénelages suffisamment détruits, l’assaut fut ordonné (2 5 mai).

D’abord, couverts par des mantelets ou leurs pavois, les. archers et arbalétriers s’avancèrent jusqu’à soixante pas de la barbacane, formant autour d’elle un arc de cercle, les archers en avant, les arbalétriers derrière. Sitôt qu’un défenseur se montrait sur le chemin de ronde, il était touché. Ceux-ci, garantis comme ils pouvaient par les débris des nierions et par leurs pavois, ripostaient de leur mieux, mais sans succès, car ils étaient fort gênés Ne voulant

pas risquer la vie de ses hommes inutilement, Anseric les fit coucher à plat-ventre sur le chemin de ronde pour être prêts au moment de l’assaut.

Deux troupes de Bourguignons s’avancèrent alors munies d’échelles à crochets et de planches qu’ils jetèrent sur le petit fossé de la palissade. Quelques hommes déterminés la défendirent-, mais elle était tellement brisée par les projectiles, que ses défenseurs durent l’abandonner. Alors une trentaine d’échelles furent dressées contre la barbacane, et des chapelets d’hommes gravirent leurs échelons -, mais les gens du château parvenaient à décrocher les montants et précipitaient les assaillants en bas; d’autres, se servant des débris des nierions, les écrasaient. Ceux de ces assaillants qui parvenaient jusqu’à la crête étaient reçus à coups de fauchards, d’épieux et de leviers.

Le pied de la barbacane était déjà couvert de morts et de blessés, de débris d’échelles et de pierres. Des tours de la porte de la baille, de bons arbalétriers, bien abrités, touchaient la plupart de ceux des assaillants qui parvenaient à enjamber les restes du parapet. L’assaut, trois fois renouvelé, fut trois fois repoussé, avec des pertes considérables chez les Bourguignons. L’assaillant avait brisé la porte de la barbacane; mais le baron, voyant qu’on ne pouvait défendre les lices, avait fait barricader cette porte en ne laissant qu’une étroite issue pour permettre aux derniers combattants des palissades de rentrer. Sitôt ceux-ci en dedans, des chevrons, des tonneaux furent accumulés contre cette porte. Sur ce flanc, les assaillants étaient exposés aux projectiles lancés des tours et courtines de la baille. Ils parvinrent cependant à établir des mantelets pour se protéger, et jetant du soufre et de la résine sur ces débris de la porte, ils y mirent le feu. L’incendie se communiqua à la barricade; mais les défenseurs y apportaient sans cesse de nouveaux débris de bois, et la nuit vint sans

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