‹ Histoire d'une forteresseChapitre 34 sur 70 · Voir la vue générale à vol d’oiseau, figure · texte numérisé non relu

Voir la vue générale à vol d’oiseau, figure

2. Les parties du château indiquées en rouge sont celles qui sont au pouvoir des Bourguignons; celles en noir demeurent encore aux défenseurs. En a est indiquée la brèche de la barbacane; en h, le comblement du fossé et la première brèche faite dans la courtine; en c , la seconde brèche. On voit en 00 les postes bourguignons établis la nuit du 6 au 7 juin; en x, le tracé du souterrain de la poterne de secours du donjon; en z, la carrière; en P, le chemin parcouru par Jean Landry et l’escorte d’Élienor; en R, la cachette de cette escorte, et en S, le point où elle avait été introduite dans le château à l’aide d’une corde.

LA PUISE DE LA liAILLK

core au pouvoir des défenseurs et prenaient à revers ies assaillants, prétendant entrer dans la chapelle I et dans le bâtiment des écuries D, incendiés.

Il fut résolu entre Anseric et son oncle qu’on abandonnerait le retranchement AA. Il était inutile de perdre des hommes pour le défendre, l’ennemi ne pouvant s’aventurer dans le rentrant formé par les deux tours de la porte et le bâtiment F. Il était préférable de porter tous les efforts de la défense en C, car, évidemment, c’était le point d’attaque.

Vers cinq heures du matin, le retranchement AA fut donc abandonné et, en effet, les Bourguignons se contentèrent d’y pratiquer des trouées sans aller plus avant.

Le duc, dès l’aube, avait fait jeter force traits enflammés sur les combles de la tour M ; mais l’arbalète à tour montée sur celle du coin V par les détenseurs, gênait beaucoup les assaillants groupés en dehors et se préparant à faire un vigoureux effort par la brèche C.

Ce fut vers midi que l’ordre fut donné par le duc d’attaquer à la fois sur deux points; alors le comble de la tour M avait pris feu. La première attaque assaillit vigoureusement le retranchement C. La seconde faisait un trouée dans les murs calcinés de la chapelle, afin de s’emparer de la palissade E. En même temps, deux arbalètes à tour, mises en batterie en dehors, couvraient les combles des tours m, ri et V' de traits enflammés pendant qu’un trébuchet brisait à coups de pierres les hourds et crénelages.

Les défenseurs, postés au sommet de la tour V, en lançant des pierres et des carreaux d’arbalètes sur ies flancs des assaillants qui s’acharnaient à l'attaque du retranchement C, leur faisaient beaucoup de mal; leurs pavois ne pouvant les garantir de face et de flanc et, du petit front du château, de bons archers envoyaient, par-dessus la tête

des leurs, force sajettes aux assaillants qui se présentaient à la brèche C , car on était à portée de flèches.

Voyant qu’on ne pouvait mordre, le duc fit retirer ses gens et amener des mantelets qui furent établis perpendiculairement à la muraille et faisant face à la tour du coin, puis un petit bosson sur roues, solidement armé à sa tête d’une grosse pointe de fer. Les roues de ce bosson étaient pavaisées (fig. 46) pour préserver les gens chargés de le manœuvrer. Puis une vingtaine d’hommes, avec de lourdes pinces de fer, couverts, attendaient l’effet du bosson. Au

quatrième coup contre la palissade, une douzaine de pieux étaient fortement ébranlés et les traverses brisées. Alors les pionniers, armés de pinces, se mirent en devoir de faire tomber les pieux ébranlés ou tout au moins les écarter. La colonne d’assaut se rua sur ces ouvertures. On se battit là corps à corps et si bien serrés que les gens postés dans la tour du coin n’osaient plus tirer dans la crainte de blesser leurs camarades.

Du côté opposé, les Bourguignons étaient parvenus à faire un large trou dans le mur sud de la chapelle, et masqués par ses ruines, attaquèrent l’angle du retranche-

ment E1. De la courtine de l’Est, les défenseurs, toutefois, leur envoyaient des pierres et des traits par derrière, et cette attaque était molle, le duc étant tout occupé à diriger l'autre.

Anseric défendait ce point d’après le désir du baron qui lui avait dit de reprendre l’offensive en s’appuyant sur le bâtiment F’, pour peu que la chose fût possible.

Un des hommes postés sur les défenses de la porte descendit rapidement, et, passant par la poterne, vint lui dire que le retranchement C était forcé et son mcnde très- compromis sur ce point. Anseric alors, enlevant deux centcinquante hommes qu’il avait avec lui, sortit du retranchement par son extrémité Est, se jeta avec fureur contre les assaillants, les mit en désordre, et laissant une quaran taine de braves gens pour défendre le trou de la chapelle et la barricade B restée presque intacte, il traversa obliquement le terre-plein de- la baille, franchit le retranchement A détruit en partie, et tomba sur le flanc gauche des assaillants, poussant le cri de guerre : Rochepont! Rochepont!... Les Bourguignons surpris par cette attaque imprévue, r.e sachant d’où venaient ces gens-là, abandonnèrent le retranchement, le bosson et même la brèche C.

Les troupes du baron, à cette vue, reprirent courage et tuant tous ceux qui étaient restés en dedans de la baille, occupèrent de nouveau la brèche c, pendant qu’Anseric occupait la barricade C. Le bosson fut brisé à coups de haches et les mantelets, laissés par l’ennemi, disposés pour réparer les palissades renversées.

Le duc était hors de lui, il avait brisé son épée sur le dos des fuyards. Mais il n’y avait plus rien à tenter pour ce jour-là, et tout ce qu’il avait conquis avec tant de peine était compromis. On voyait les défenseurs barricader les

i. Voir la figure 45.

igS

brèches, et on entendait les cris des malheureux restés dans la baille, égorgés sans quartier.

Depuis le commencement du siège, les Bourguignons avaient perdu plus de deux mille hommes, et l’armée du duc ne comptait, au 7 juin, que quatre mille cinq cents ou cinq mille hommes au plus. Les assiégés étaient réduits au nombre de mille combattants environ; mais ils étaient pleins d’espoir, assurés du succès, tandis que les assiégeants perdaient confiance. Leurs progrès n’avaient été obtenus qu’à la suite de sacrifices énormes, et cette dernière affaire pouvait achever de les démoraliser.

Le duc avait cru enlever cette place en un mois tout au plus, il se trouvait, au bout de trente-deux jours, avoir perdu le tiers de son armée sans être beaucoup plus avancé que le surlendemain de son arrivée. La suite, la méthode avaient fait défaut dans les diverses phases du siège, il le reconnaissait un peu tard. Si, au lieu de poursuivre leurs avantages au centre du Iront de la baille, les assiégeants s’étaient contentés de la prise de la barbacane pour empêcher toute sortie de ce côté, et, si avec de bons terrassements, ils s’étaient avancés en se couvrant, contre l’extrémité occidentale de ce front sur la tour M‘, en portant tous leurs efforts sur ce point et en établissant un beffroi roulant, ils prenaient possession de la cour occidentale, détruisaient successivement les ouvrages à leur droite, pouvaient se garantir contre un retour offensif sur leur gauche et entamaient le château par son côté faible; c’est-à-dire entre les tours de la porte et celle Q. Ainsi pouvaient-ils prendre à revers toutes les défenses orientales en cheminant le long de la courtine occidentale par des brèches successives.

Le duc, il est vrai, ne connaissait pas la place et croyait

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