Voir la figure
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belle ordonnance. Mais de la plate-forme de la tour F, demeurée au pouvoir des Bourguignons, deux couleuvrines tirèrent simultanément sur cette colonne. Messire Charles d’Amboise avait cru que les pièces de cette tour étaient mises hors de service -, aussi l1 étaient-elles. Mais pendant la nuit, le sire de Montcler, par les trous de voûtes, avait fait monter trois des petites pièces de la batterie basse, et les avait masquées sous les décombres des parapets. Cette décharge produisit le désordre dans la colonne des assaillants. Heureusement pour eux, les pièces du boulevard extérieur, au pouvoir des Français, se mirent à tirer à leur tour sur la plateforme de cette tour F, et eurent bientôt fait taire les spiroles bourguignonnes.
L’assaut fut dur, bien donné, bien soutenu, pendant que du dehors les Français ne cessaient de tirer sur la porte et la tour F. Si bien que les gens de la ville, restés dans les ouvrages supérieurs de cette porte, durent les abandonner et se sauver par la courtine et la tour F.
Messire Charles d’Amboise, debout sur la brèche a b , ne cessait d’envoyer des renforts aux assaillants, et quand il voyait ses gens trop fatigués, il les remplaçait par des troupes fraîches. Les Bourguignons n’avaient pas assez de monde pour procéder de cette façon, aussi vers quatre heures ils étaient exténués, quelques-uns commençaient à filer le long des remparts. Un coup de vigueur enleva enfin le centre du retranchement et les Français poussèrent en avant dans la rue longeant l’ancien mur de l’abbaye. Le sire de Montcler faisait battre en retraite en bon ordre toutefois, en trois colonnes, deux le long des remparts et la troisième par la voie intermédiaire. Quand il vit ses gens abrités derrière le second retranchement, il fit tirer le pierrier placé en M et la couleuvrine montée en I, si bien que les assaillants reculèrent en désordre. Alors, entraînant quelques braves gens avec lui, sa dernière réserve, il se
jeta sur les Français arrivant le long de l’abbaye et du rempart de l’Ouest. Du haut de ce rempart, les assaillants recevaient en même temps une grêle de traits. La nuit venait; les braves gens attachés aux pas du gouverneur poussaient devant eux, prétendant reprendre le premier retranchement. Beaucoup de Bourguignons, retirés derrière le deuxième retranchement, voyant l’ennemi reculer, sortaient à leur tour, remplis d’une nouvelle ardeur*
Messire Charles d’Amboise maintenait toutefois son monde sur le premier retranchement, y faisait amener de petites pièces qui tiraient sur les groupes de Bourguignons que le crépuscule permettait encore de distinguer.
Le combat dura ainsi pendant deux heures encore, au milieu de la confusion, et le sire de Montcler dut faire sonner la retraite à plusieurs reprises pour rallier son monde.
Dans cette affaire, il avait perdu près de cinq cents hommes, pris, tués ou blessés. Vers dix heures du soir, des deux parts le silence se fit; le sire de Montcler, retiré derrière le deuxième retranchement, fit rentrer tous les hommes restés sur les remparts au delà de ce retranchement, et se disposa à défendre vigoureusement cette dernière ligne, après laquelle il n’avait plus que le château comme refuge. Mais, en faisant la revue de son monde, il vit qu’il manquait un corps de cinq cents Allemands qu’il avait maintenus dans l’abbaye pour protéger la retraite des défenseurs du premier retranchement.
Ces Allemands, voyant les choses tourner mal et profitant de la confusion générale pendant le dernier combat, étaient sortis par la poterne de l’abbaye.
Il ne restait plus au gouverneur qu’un millier d’hommes. Il essaya de persuader à ses gens que les Allemands étaient par son ordre enfermés dans le château ; mais peu furent la dupe de ce dire, car il était évident pour tous que les Allemands, depuis la prise de la tour du Coin, n’étaient
guère soucieux de se battre pour une cause qui les intéressait médiocrement et qu’ils regardaient comme perdue.
Le sort de ces fuyards fut, d’ailleurs, assez triste. Pour vivre, ils se mirent à piller dans les environs, furent surpris par un corps de gendarmerie française qui battait l’estrade autour du camp, et passés au fil de l’épée ou pendus comme larrons. Le peu qui parvint à s’échapper périt sous ‘ les coups des paysans armés contre les coureurs.
Abandonner son second retranchement sans attendre une attaque, semblait dur au sire de Montcler; aussi, n’ayant plus guère à ménager les vivres de la ville, il fit donner double ration à ses gens et les encouragea par de bonnes paroles, conservant son entrain et sa bonne mine au milieu d’eux. Il leur dit qu’un secours devait bientôt arriver, et qu’en résistant quelques jours encore, Charles d’Amboise serait obligé de lever le siège.
Après avoir examiné le retranchement, posté des hommes dans les maisons en retraite et dans le bâtiment nord de l’abbaye, le sire de Montcler se disposait à prendre quelque repos, quand on vint lui dire que le long des rampes, au-dessus du pont, les sentinelles postées sur les boulevards croyaient apercevoir un mouvement de l’ennemi. Il se dirigea aussitôt de ce côté et, en effet, vit une masse noire qui semblait envahir la pente comme une marée montante, en face du boulevard B h
Faire sortir la garnison du château et la disposer sur ce boulevard — elle se composait de deux cents hommes seulement — fut l’affaire de quelques minutes. L’escarpe de ce boulevard, dont le terre-plein se trouvait au niveau du fossé du château, offrait peu de relief au-dessus des rampes (deux toises environ). Avant que l’assaillant n’eût disposé ses échelles, le gouverneur fit tirer sur cette masse
i. Voir la figure 48.
mouvante que l’obscurité de la nuit ne dissimulait pas entièrement. Les boulets de la couleuvrine et de la bombarde firent leurs sillons. On entendit des cris, puis les assaillants, se divisant en deux colonnes, vinrent appliquer leurs échelles sur les deux flancs du boulevard.
Presque au même instant le deuxième retranchement était attaqué vigoureusement, et pour faciliter cette attaque de nuit, les assaillants mettaient le feu aux maisons comprises entre le premier et le second retranchement. Ainsi, ayant la flamme à dos, ils voyaient parfaitement les défenseurs, tandis que ceux-ci étaient aveuglés par ce brasier d’où semblaient sortir les Français comme des ombres noires. Le sire de Montcler courait à cheval d’une attaque à l’autre, animant son monde, s’exposant aux projectiles, et les deux assauts étaient bien soutenus. Du bâtiment de l’abbaye, les arbalétriers et des porteurs de traits à poudre faisaient subir des pertes très-sérieuses aux assaillants, qui désespérant de forcer le retranchement sur ce point, se portaient vers la jonction M N*.
Il était évident, pour le brave gouverneur, que la place était perdue et qu’il n’avait plus qu’à rallier les restes de la garnison dans le château s’il pouvait y arriver. Mais il voulait faire payer à l’ennemi cette retraite. Il envoya donc une réserve qu’il tenait dans l’abbaye pour renforcer les défenseurs du boulevard B1 2. Cette réserve n’était que de cent hommes tout au plus -, mais c’étaient de braves gens ; il leur enjoignit de défendre à tout prix le boulevard, et s’ils étaient débordés de rentrer au plus tôt dans le château, d’en lever le pont et de ne l’abaisser que quand ils le verraient revenir avec les restes de la garnison, à travers les ennemis, sur le corps desquels il passerait.