DEUXIÈME SIEGE
Deux siècles et demi s’étaient écoulés, la vallée d’Avon était devenue le centre d’une nombreuse et riche population du pays de Lingons. Au pied de l’oppidum s’étendait une ville à cheval sur la rivière, centre commercial assez important, car cette rivière étant navigable au-dessous du promontoire, de nombreux bateaux qui venaient du pays des Séquanes remontaient jusque-là, chargés de marchandises provenant du midi et s’en retournaient emportant des chevaux, des cuirs tannés, du fer ouvré, des viandes salées et fumées, du bois, des grains, des fromages, etc., etc.
L’oppidum était alors en partie couvert d’habitations avec jardins appartenant aux descendants des guerriers de Sigild et de Ditovix. Ses remparts, réparés plusieurs fois, n’étaient pas en parfait état, on y vojiait des ouvrages en terre, avec quelques tours de pierres sèches, principalement du côté du Nord. La partie de la ville sur la rive droite était ouverte, mais celle qui s’élevait sur les rampes méridionales du promontoire était enclose de murs bâtis en
pierres sèches, qui allaient joindre les remparts de l’oppidum. Une tête de pont construite suivant la même méthode se présentait sur la rive droite et touchait presque les maisons de la partie de la ville bâtie de ce côté (fig. 9).
Il ne faudrait pas supposer que cette ville présentât l’aspect de nos cités modernes. Elle consistait en une série de clôtures de bois ou de pierres sèches enveloppant des jardins au milieu desquels étaient bâties les maisons de bois, couvertes de chaume ou de roseaux.
Cependant, sur la pointe méridionale de l’oppidum, en arrière du Némède et regardant la vallée, s’élevait un ouvrage en pierre et bois qui se dessinait par-dessus le rempart (voir en A). C’était la demeure du chef des guerriers et de ses Ambactes1 lesquels étaient nombreux.
Catognat était son nom, riche par sa naissance, il tenait à ferme les péages et les impôts d’un vaste territoire des Lingons et avait ainsi beaucoup accru son avoir. Par ses largesses, il s’était fait de nombreux partisans et était toujours entouré d’une troupe de cavaliers équipés et nourris à ses frais. Par ses alliances de famille, il avait acquis une influence considérable jusque chez les Éduens et participait aux guerres que ceux-ci soutenaient contre les Arvernes. Il pouvait réunir de cinq à six mille guerriers, tant parmi ses clients directs que parmi ceux de ses Ambactes.
Lorsque César se mit à ia poursuite des émigrants Helvètes qui prétendaient passer à travers la province romaine pour se répandre dans la Gaule, les Eduens lui avaient promis d’approvisionner ses troupes de blé.
Déjà les Helvètes, et après eux les Romains qui les serraient de près, avaient passé l’Avar2, et les grains promis n’arrivaient pas. C’est qu’en effet, chez les Éduens, cer-