‹ Histoire d'une forteresseChapitre 60 sur 70 · DU CHEMIN COUVERT · texte numérisé non relu

DU CHEMIN COUVERT

La huitième nuit, on continuerait de cheminer à la sape en zig-zag, et on armerait les demi-parallèles d’obusiers et de mortiers pour commencer leur feu au jour, en même temps que les contre-batteries.

La neuvième nuit, les têtes de sape atteindraient le glacis à cinquante ou soixante mètres des angles saillants du chemin couvert; les zig zags amorceraient la troisième parallèle qu’on continuerait au jour.

La dixième nuit, ces ouvrages seraient perfectionnés, la troisième parallèle devrait être achevée, et on y établirait des batteries de pierriers.

La onzième nuit, on devrait pousser à droite et à gauche de la capitale, sur une longueur de vingt-six à trente mètres, deux sapes (fig. 71). On creuserait les tranchées circulaires ; on cheminerait droit alors sur la capitale, en sape double, jusqu’à la portée des grenades à la main, à vingt-six ou trente mètres du saillant des places d’armes. Protégé par le feu de la troisième parallèle, ce travail serait continué le jour.

La douzième nuit serait employée à tracer le cavalier de tranchée au moyen de deux sapes; ces ouvrages devraient être terminés au jour.

La treizième nuit, partant des extrémités des cavaliers de tranchée qui sont près des capitales, en sape double, on couronnerait les angles saillants du chemin couvert. Au jour, ces couronnements seraient achevés et la construction des contre-batteries commencée. On descendrait à l’aide de deux .sapes dans la place d’armes pour établir un logement parallèle à l’arrondissement des fossés.

En cas de nécessité, on pousserait, à droite et à gauche du couronnement, deux sapes qui se réuniraient au milieu de ce couronnement. On établirait, si besoin était, une quatrième parallèle sur laquelle on placerait alors les pierriers de la troisième parallèle. Si cette quatrième parallèle n’é-

tait pas nécessaire, on se dirigerait, de la troisième parallèle au moyen de la sape double défilée, directement sur le saillant de la place d’armes rentrante.

La quatorzième nuit, le couronnement devrait être étendu le long des branches du chemin couvert jusqu’à la première traverse. La construction des contre-batteries serait continuée ainsi que celle de la quatrième parallèle. Si cette quatrième parallèle n’était pas nécessaire, la sape arriverait jusqu’au saillant de la place d’armes rentrante, que l’on couronnerait. Au jour, seraient commencées les batteries de brèche.

La quinzième nuit on perfectionnerait ces travaux ; puis si l’on avait dû creuser une quatrième parallèle, de celleci on partirait en deux sapes, qui se réuniraient pour former une forte traverse à l’abri de laquelle ces sapes arriveraient jusqu’au saillant de la place d’armes rentrante, que l’on couronnerait en étendant ce couronnement à droite et à gauche. On devrait commencer la descente du fossé.

Pendant la seizième nuit, les batteries de brèche seraient terminées et commenceraient leur feu. On travaillerait à la descente du fossé. Si on le pouvait, on descendrait dans la place d’armes pour s’y loger et y établir une batterie de pierriers.

La dix-septième nuit serait employée à achever la descente du fossé, et on commencerait l’épaulement du passage.

Pendant la dix-huitième nuit, on ferait brèche et on approcherait le passage du fossé de la brèche qui devrait être faite le matin.

Pendant la dix-neuvième nuit, on ferait reconnaître la brèche, et les sapeurs la rendraient praticable. On terminerait les épaulements du passage du fossé pour que l’assaut pût être donné au jour.

Ainsi, d’après ce plan de siège, en dix-neuf fois vingt-

quatre heures la place devait être au pouvoir de l’ennemi.

Les tracés étaient arrêtés, et le général Werther ne doutait pas du succès, puisqu’il ne supposait pas que la Roche-Pont pût être secourue, et qu’il n’ignorait pas la faiblesse de la garnison et la pauvreté de son artillerie.

Cependant, ces prévisions théoriques furent quelque peu dérangées par l’énergie de la défense.

Le colonel Dubois n’avait pas assez de monde pouragir efficacement à distance ; il tenait fort à ménager ses hommes, et se contenta de gêner les premiers travaux avec son artillerie. Celle-ci se composait, ainsi qu'on l’a vu, de :

Pièces de divers calibres 20

Pièces de vingt-quatre 6

Obusiers 2

Mortiers 4

Pièces de campagne 4

Bouches à feu, total 36

Une douzaine de pierriers et fusils de rempart complétaient cette artillerie. L’arsenal renfermait aussi un certain approvisionnement de grenades et artifices.

Le 20 février en effet, les batteries de la première parallèle, au nombre de dix, ouvrirent leur feu. Chacune d’elles était armée de trois pièces; la première de droite (de l’assiégeant) à ricochet, enfilait le chemin couvert en avant de la face droite du bastion de gauche (de l’assiégé).

La deuxième battait la face de droite de la demi-lune de gauche; la troisième, la face gauche de la demi-lune milieu ; la quatrième, à ricochet, enfilait le chemin couvert en avant de la face gauche du bastion de gauche ; la cinquième battait le saillant de la demi-lune ; la sixième battait la face droite de cette demi-lune; la septième, à rico-

chet, enfilait le chemin couvert en avant de la face gauche du bastion de droite ; la huitième, à ricochet, enfilait la face gauche de la demi-lune milieu ; la neuvième, battait la face gauche de la demi-lune de droite, et la dixième, à ricochet, enfilait le chemin couvert en avant de la face gauche du bastion de droite. Quatre mortiers étaient montés entre les batteries 4 et 5, 6 et 7. Le capitaine Allaud ne doutait pas que l’attaque principale ne se portât sur le bastion de gauche ; il fit donc remparer la gorge de ce bastion pendant la nuit. Les six pièces de vingt-quatre furent mises en batterie sur les cavaliers des bastions du corps de place, et bien protégées par des traverses et blindages. Ces six pièces concentrèrent leur feu sur la quatrième et cinquième batteries de l’assiégeant, et parvinrent vers le milieu du jour à éteindre leurs feux. Puis elles tirèrent sur la batterie n°3, et, avant la nuit, firent taire aussi ses trois pièces. Les bouches à feu en batterie sur les cavaliers des bastions de l’ouvrage étaient suffisamment protégées pour n’avoir pas à souffrir des projectiles ennemis, auxquels elles ne répondirent que faiblement. Mais dans la nuit du 20 au 21 février, les plans de l’assiégeant durent être modifiés. A minuit, le colonel fit prendre les armes à cinq cents hommes, fit atteler ses quatre pièces de campagne, dont les roues avaient été garnies de chiffons et de laine, et, sortant par la demi-lune de gauche, il fit placer deux pièces à droite, deux pièces à gauche de la route, à deux cents mètres en avant des glacis, et, sur la route même, les deux obusiers à cent mètres en arrière. Puis il se porta résolument en avant vers le boyau de communication, entre la troisième et la quatrième batterie ennemie, dont les feux étaient éteints. Les postes se défendirent assez mal ; les sapeurs lâchèrent pied, abandonnant la tranchée et furent poursuivis la baïonnette dans les reins jusqu’aux batteries.

Les renforts survinrent alors, et le colonel fit retirer ses

hommes doucement, par échelons, jusqu’aux pièces. Celles-ci alors firent feu à la fois sur l’ennemi, à mitraille, et les cinq cents hommes se portèrent de nouveau en avant,

ramenèrent quelques prisonniers, et, se voyant de rechef attaqués par des forces supérieures, se replièrent. Cette fois, les Allemands ne dépassèrent pas leurs tranchées et

se contentèrent d’envoyer quelques volées de mitraille au jugé. Cette échauffourée ne dura pas plus d’une demi-heure. A une heure après minuit, le capitaine Allaud mit deux cents travailleurs à deux cent cinquante mètres en avant de la face de la demi-lune de gauche n° i, à cheval sur la route, pour commencer sur ce point une tranchée (fig. 72). Ces travailleurs étaient protégés par un poste de cent hommes et les deux obusiers laissés sur la route.

Cet ouvrage consistait en deux redans avec puissantes traverses-abris (voir en A). Il était assez avancé au jour pour pouvoir abriter les travailleurs. Lorsque l’ennemi, qui s’était remis à la besogne aux boyaux de tranchée B et C, afin de commencer la deuxième parallèle, reconnut de bon matin le nouvel ouvrage de l’assiégé, il s’empressa de diriger dessus le feu de la batterie n° 1 , car les batteries 2, 3, 4 n’avaient pas encore été remontées. Mais, des cavaliers des bastions n° I et V, six pièces, en deux heures, réduisirent au silence cette batterie n° 1 , malgré le feu des batteries 5 et 6 de l’assiégeant. La journée se passa ainsi en canonnades, et les Allemands ne purent continuer leur boyau de communication B qui se trouvait enfilé par un des obusiers que l’assiégeant avait placé derrière la grosse traverse du saillant du redan de gauche. Ils durent modifier le tracé de cette tranchée conformément à la ligne ponctuée a b.

Dans la nuit du 21 au 22 février, le capitaine Allaud fit perfectionner ses redans, augmenter les traverses, établir des blindages pour sept pièces, et le matin, l’ouvrage présentait intérieurement l’aspect (fig. 73). La pièce de gauche A dirigeait son feu sur la batterie n° 1 ; les deux pièces du rentrant de gauche B C sur la batterie n° 4 ; les pièces D E du rentrant de droite sur la batterie n° 1 , et les deux pièces F G de la face de droite sur la batterie n° 6 b Ce

1. Voir, pour les numéros des batteries ennemies, la fig. 72.

qui n’empêchait pas les bastions V, VI, I, II et III de tirer sur ces batteries.

Cependant, cette même nuit, l’assiégeant avait pu amorcer sa deuxième parallèle ; mais il était évidemment gêné sur sa droite et modifiait de ce côté son tracé. Il semblait

renoncer à entamer la place par le saillant du bastion n° II, et travaillait activement sur sa gauche.

Pendant la journée du 22 février, les assiégeants ne purent rétablir la batterie n° 1 , parce que l’assiégé ne cessait d’envoyer sur ce point une grêle de projectiles. Ils parvenaient seulement à la tombée du jour à remonter leurs pièces dans les batteries 2 et 3, et, ayant réglé leur tir avant la nuit, envoyèrent les boulets de deux pièces sur les saillants des redans. Vers minuit, le colonel Dubois fit sortir cinq cents hommes qui, longeant la crête occidentale du plateau, se jetèrent sur la batterie n° 1 . Quelques instants après, une seconde troupe de quatre cents hommes se dirigea sur les deux batteries 2 et 3, et l’assiégeant ayant été délogé de la batterie n° 1 , la première troupe de l’assiégé vint se former en ligne de tirailleurs entre la batterie n° 2 et le saillant du redan de droite, pendant que des fusiliers postés sur la tranchée A 1 et un des obusiers balayaient le terrain jusqu’à la batterie n° 1, afin d’empêcher l’ennemi de prendre la sortie à revers.

■ Cette opération eut un plein succès* non-seulement les travaux de la batterie n° 1 furent endommagés et les trois pièces qui l’armaient enclouées, (les affûts de ces pièces, ainsi que nous l’avons dit, étaient déjà brisés), mais, autour des batteries 2 et 3, il y eut un combat très-vif, à la suite duquel les Allemands ayant été repoussés, les pièces furent mises hors de service, les munitions dispersées, les gabions et sacs à terre bouleversés. Une troupe de cent hommes avait en outre été postée sur les rampes du plateau par le colonel, afin d’empêcher l’ennemi de filer le long de cet escarpement pour attaquer l’ouvrage A .

A la faveur de cette sortie, deux cents travailleurs avaient été disposés par le capitaine Allaud, le long de la crête oc-

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