‹ Histoire d'une forteresseChapitre 61 sur 70 · Voir la figure · texte numérisé non relu

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cidentale du plateau, pour élever un nouvel ouvrage B C D (fig. 74) qui consistait en trois nouveaux redans présentant

trois batteries pour deux pièces chacune, tracées en crémaillère et séparées par de fortes traverses. Le matin, 2 3 fc-

vrier, la première batterie B était suffisamment forte pour résister aux projectiles.

D’ailleurs cette batterie ne pouvait être immédiatement battue par la batterie n° i qui était abandonnée et dont les pièces étaient hors de service. Il fallait au moins quarantehuit heures pour que l’assiégeant pût rétablir les batteries 2 et 3. Les batteries 4 et 5 devaient changer leurs embrasures pour diriger leurs feux sur cette batterie B, et il n’y avait que les batteries 6 et 7 qui pussent battre les redans A et B. Or, ces batteries 6 et 7 recevaient les projectiles des deux pièces de la face droite du redan de droite, des deux pièces de la face droite du bastion II, des deux pièces de la face gauche du bastion III et d’une pièce de la face droite de la demi-lune 2. A chaque instant il fallait réparer les gabionnades, replacer des sacs à terre, et l’ennemi avait eu depuis le commencement du jour dix artilleurs tués et autant de blessés, dans ces deux batteries.

L’ingénieur allemand qui avait si méthodiquement tracé les opérations successives du siège, était visiblement gêné par les dispositions de l’assiégé. Cela, suivant lui, était barbare, absolument contraire aux règles, et indiquait chez le commandant du génie de la garnison une ignorance et un mépris de l’art de la fortification qui devaient finir par un désastre.

Pendant la nuit du 2 3 au 24 février, les Allemands terminaient leur seconde parallèle, sauf du côté du Nord- Ouest. Ils inclinèrent la branche orientale de cette parallèle vers le Sud 1 et commencèrent les batteries 11, 12, i3, 14 et i5. La batterie i3, de deux pièces, devait enfiler l’ouvrage A.

Mais, cette même nuit, le capitaine Allaud fit terminer la seconde batterie C, ébaucher la troisième D, remparer la

x . Voyez fig. 74

crête du plateau et élever un épaulement E pour battre les rampes, avec bon parados.

Si l’assiégé parvenait à terminer et à armer ces ouvrages, les batteries 1 1 et 1 2 de l’assiégeant étaient prises en écharpe, les boyaux de communication étaient la plupart enfilés, et c’était un siège à recommencer. Le général allemand était de fort méchante humeur et s’en prit au commandant du génie qui, son plan sur table, cherchait à démontrer comment son siège avait été étudié suivant toutes les règles ; qu’on ne pouvait prévoir l’audace ignorante de ces Français, et que, si on voulait agir avec vigueur, on les ferait cruellement repentir de s’avancer ainsi en flèche sur le flanc de l’attaque -, qu’on n’avait jamais vu pareille chose, et que si on faisait converger sur ce saillant en l’air trois batteries, on l’aurait bientôt écrasé.

Le 24 février au matin, deux pièces de vingt-quatre, mises en batterie sur la face gauche du bastion VIII, ouvrirent leur feu sur les batteries 1 3, 14 et 1 5 de l’assiégeant, qu’elles enfilaient et leur causèrent de graves dommages avant qu’elles ne fussent entièrement terminées. Pour le coup, le général allemand passa de l’humeur à la colère et en vint aux menaces. Si bien que le malheureux commandant du génie se rendant, après une scène violente, à ces batteries, pour faire établir des traverses et rectifier le tracé qui, prétendait-il, n’avait pas été exécuté conformément à ses instructions, eut la tête broyée par un éclat d’affût.

La direction des travaux du génie revint alors à un officier jeune et qui, après une conférence avec le général Werther, modifia le plan d’attaque. Pendant cette journée du 24, le feu fut à peu près nul de part et d’autre, l’assiégeant ne tirant que par longs intervalles. La garnison française, qui voulait ménager ses munitions, répondit à peine, mais travailla avec ardeur à perfectionner ses ouvrages avancés de l’Ouest.

Une sortie effectuée pendant la nuit du 24 au 2 5 pour s’assurer si l’ennemi reprenait possession des batteries 1 , 2 et 3, ne se heurta qu’à des postes avancés qui ripostèrent mollement et se retirèrent. Ces trois batteries étaient dans l’état où les avait mises la sortie précédente.

Le capitaine Allaud employa toute cette nuit à faire renforcer les batteries B, G, D. Elles furent armées de six pièces qui, le matin du 2 5, balayèrent les boyaux de communication et toute une branche de la deuxième parallèle.

Les Allemands répondirent à peine et semblaient abandonner leurs ouvrages.

ïl était probable qu’ils allaient tenter une autre attaque. Le colonel ne voyait pas sans inquiétude les nouvelles dispositions prises par le capitaine Allaud, lesquelles présentaient, en face d’un assaillant hardi, de graves dangers. Le calme de l’ennemi faisait pressentir quelque projet nouveau’, peutêtre une attaque de vive force contre ce saillant qui, s’il était emporté , fournirait aux assiégeants un logement excellent pour établir rapidement des batteries de brèche contre la demi-lune n° 1 et le bastion IL II fallait donc défendre ce saillant à tout prix, puisqu’on s’était laissé entraîner à l’établir, afin de déconcerter l’attaque en règle des Allemands. D’ailleurs, si on le perdait, on perdrait probablement en même temps la plupart des pièces qui l’armaient. Or la défense n’en possédait qu’un nombre restreint.

Treize pièces armaient cet ouvrage avancé. Les deux obusiers furent mis en batterie, l’un à l’extrémité du saillant D, dirigé vers la batterie n° 1, l’autre dans la place d’armes rentrante de droite de la demi-lune n° 1 . Deux pièces furent en outre placées sur la face droite de cette demi-lune ; deux pièces sur le front, entre les bastions I et II, et deux pièces sur les faces droite et gauche de ce bastion, pour balayer les ouvrages avancés s’ils étaient pris.

Total : dix-neuf pièces et deux obusiers. De plus, la crête du plateau fut bien défendue par une bonne tranchée-abri avec traverses, pour que l’ouvrage ne put être pris d’assaut à revers par l’escarpement. Une des pièces de vingt-quatre fut mise en batterie dans le bastion V du corps de place, suivant la capitale, pour balayer cette rampe.

Le 2 5 février, des deux parts on ne tira que quelques coups de canon. Les batteries de mortiers de l’assiégeant concentrèrent leur feu sur le redan de l’Ouest sans causer beaucoup de dommage; mais pendant la nuit du 2 5 au 26, le tir des bombes redoubla si bien qu’il devint difficile de travailler dans ces ouvrages. Il continua pendant la journée du 26, mais les assiégés démontèrent trois de ces mortiers avec les pièces laissées sur les bastions II et III. L’assiégé mit, de son côté, les deux mortiers en batterie sur le front entre ces deux bastions, et envoya des projectiles dans les batteries 1 1 et 12.

On voyait pendant cette journée du 26 (le temps étant clair) l’ennemi élever trois batteries au Nord-Ouest, évidemment dirigées contre les batteries A, B, G, D, pour les écraser. On ne pouvait répondre à ces feux; le colonel décida donc qu’on rentrerait en ville les six pièces des batteries B, C, D, provisoirement. Les bombes continuèrent à tomber dans les ouvrages pendant toute la nuit du 26 au 27, et le 27 au matin, le feu des trois batteries ennemies, élevées à six cents mètres en arrière de la batterie abandonnée n° 1, s’ouvrit contre les redans B, C, D; il dura toute la nuit du 27 au 28 et endommagea très-gravement les blindages, bouleversa les traverses. Le matin du 28, cette crémaillère n’était plus tenable; seul, l’ouvrage A n’avait pas été sérieusement entamé. L’obusier placé en D avait été ramené derrière la grande traverse F couronnée d’une banquette.

Vers neuf heures, l’ennemi reprit possession de la bat-

terie n° i , y installa quatre pièces de campagne, malgré le feu des bastions I et II, et lança une colonne d’assaut contre les ouvrages bouleversés D, C, B. C’était bien ce qu’avait prévu le colonel. Cette colonne fut reçue pair le feu des trois pièces laissées dans les redans A, par l’obusier et un front de fusiliers postés sur la grande traverse F. Inclinant sur la droite et se défilant au-dessous de la crête du plateau, cette colonne put s’emparer de l’ouvrage B C D sans de trop grandes pertes, et, se couvrant derrière les ruines des terrassements, elle put s’y maintenir pendant que les pièces de campagne de la batterie n° i enlevaient les défenseurs de la grande traverse F. Le colonel toutefois prit le temps de rentrer les bouches à feu laissées dans l’ouvrage A, et donna l’ordre à son monde de se replier. Mais alors, de la demi-lune n° i , des bastions I et II et de la courtine entre ces bastions, vingt-deux bouches à feu et des pierriers tirèrent à outrance sur l’ouvrage abandonné, en faisant éprouver des pertes très-sensibles à l’assiégeant qui essayait de s’y maintenir. Cette canonnade dura jusqu’à midi. Le colonel, jugeant l’ennemi ébranlé, sortit à la tête de huit cents hommes et se jeta sur les logements que les Allemands avaient ébauchés. Il fit soutenir son attaque par les deux obusiers. L’ouvrage fut repris, non sans perdre une centaine d’hommes. Il s’agissait de le conserver. Vers deux heures, deux pièces de campagne amenées derrière les épaulements ruinés des batteries nos 2 et 3, et les quatre de la batterie n° 1, couvrirent de nouveau le saillant d’obus, de boulets et de mitraille. Les bastions I, II et III répondirent aussitôt et démontèrent quelques-unes des pièces de l’ennemi, mal protégées par les épaulements bouleversés. Le colonel fit coucher son monde derrière les traverses C, B, F, et attendit un second assaut qui, en effet, fut tenté vers quatre heures, l’ennemi croyant l’avancée de nouveau abandonnée,

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