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LE CAMP PERMANENT, FONDATION D’UNE CITÉ

Six ans après les événements que nous venons de rapporter, le siège d’Alésia terminé, César donna l’ordre d’établir un camp permanent sur le plateau d’Avon, à la place occupée par l’oppidum gaulois.

Ce plateau étant situé à proximité de la voie qui réunissait Châlons-sur-Saône à Langres, César jugea qu’il était prudent d’avoir sur ce point, naturellement défendu, un refuge assuré pour un corps de troupes nombreux, d’autant que cette route passait dans des contrées assez difficiles. Le camp devait contenir au besoin deux légions et des auxiliaires, environ vingt mille hommes. Or, la surface de l’oppidum étant beaucoup plus étendue qu’il n’était besoin pour un corps de cette importance, il fut décidé que le camp serait établi sur la partie méridionale du plateau dont le niveau était élevé de quelques pieds au-dessus de la pointe Nord et qu’un large fossé l’isolerait de cette extrémité Nord.

Voici le tracé des dispositions adoptées (fàg. 14). Un fossé de trente pieds de largeur sur une profondeur de septpieds,

coupa obliquement le plateau de l’Ouest Nord-Ouest, à l’Est-Sud-Est. La porte prétorienne s’ouvrit en A et le prétoire fut établi en B. La porte décumane fut percée en D. Les deux portes latérales F, E, regardaient le levant et le couchant. Les voies creuses des Gaulois durent être rectifiées, disposées en chaussées ferrées, elles partaient à droite et à gauche du pont C, suivaient les rampes du plateau en s’élevant jusqu’à l'embranchement G de la voie de Châlons à Langres. De ces deux voies militaires latérales, on montait aux portes E, D, F, sur le champ de manœuvre H et aux deux entrées latérales du petit camp antérieur I établi à la pointe Nord du plateau.

Ainsi, les rondes extérieures pouvaient-elles se faire sans difficulté.

Les remparts de la ville bâtis sur les déclivités Sud du promontoire furent détruits et les habitants durent s’établir de l’autre côté de la rivière, soit au Sud-Ouest, soit au Sud. La tête dupont C fut réparée.

Les portes du camp furent munies de bonnes clavicules avec chacune deux tours bâties en pierre sèche, pisé et charpente, (fig. i5).

De distance en distance, le long du vallum qui, sauf le front Nord-Nord-Est suivait exactement l’arête du plateau, furent élevées des tours, ou plutôt des guettes de charpenterie. Indépendamment des puits qui existaient sur l’emplacement du camp, les Romains captèrent des sources sur le plateau du Nord et les amenèrent dans des tujraux faits de troncs d’arbres perforés dans leur longueur et assemblés bout à bout. Ce canal suivait la chaussée G et conduisait l’eau dans cinq bonnes citernes creusées dans le roc et revêtues de ciment. Il y avait une citerne sous le prétoire et deux pour chacune des légions.

Des palissades réunirent du côté Ouest, le petit camp au fossé creusé vers l’angle du prétoire. Quant au côté Est

du plateau, son escarpement permettait' de négliger cette précaution.

L’ingénieur chargé de ce tracé avait disposé le fossé obliquement, ainsi que le fait voir la figure 14, afin d’opposer un plus grand frontaux assaillants, qui, ayant pris le petit camp, se porteraient sur le champ de manœuvre H. Le pré-

toire défendait bien l’angle saillant, et l’oblicité du vallum permettait aux défenseurs, faisant une sortie par la porte prétorienne et par la porte E, de prendre l’ennemi presque à revers et de le précipiter sur les rampes Est du plateau.

Le chemin de ronde du vallum avait trois pieds de re-

lief au-dessus du niveau du camp et était garni d’une crête de pieux avec clayonnage pour maintenir les terres du parapet (voy. fig. i5). Le fossé avait douze pieds de largeur sur sept de profondeur et était tracé tout autour du camp, même sur les faces dont les rampes étaient abruptes.

Le Némède fut démoli. Les Druides le firent élever sur le plateau en face du camp, au Nord, à l’entrée des bois. Les habitants du Val d’Avon durent, sous peine de voir leur ville détruite, ne causer aucun dommage à ces retranchements lorsqu’ils seraient inoccupés; ils eurent même la charge de les entretenir, et de livrer des vivres aux troupes qui viendraient y séjourner pour protéger la contrée contre les invasions des barbares ; car la Gaule étant alors pacifiée et mise sous la dépendance de Rome, on n’avait plus à craindre que les attaques des Germains; ceux-ci menaçaient toujours les provinces du Nord-Est.

En effet, ce camp fut plusieurs fois occupé par les troupes romaines, et des travaux successifs y furent tracés et exécutés. Le pays étant fertile et la situation excellente entre les grandes villes de Chalon-sur-Saône (Cabillonum), Langres (Andematunnum), et Autun (Bibracte). Le camp reçut le nom d "Abonice Castrum, la ville étant désignée désormais par le nom d’Abonia qui lui resta jusqu’au quatrième siècle.

Ce fut d’Abonia que partit Vindex avec une partie des troupes qu’il réunit dans les plaines de la Saône pour soulever la Gaule contre Néron et donner l’empire à Galba. Après la mort du héros gaulois, Galba voulut témoigner sa reconnaissance aux villes et contrées qui s’étaient déclarées en sa faveur.

Abonia acquit alors les droits de cité et jouit d’une longue paix.

Dès le règne de Titus, le camp ne fut plus exclusivement réservé aux troupes. A l’époque où l’oppidum avait

HISTOIRE d’une forteresse.

été converti en camp permanent, tout ce plateau, ses rampes et une certaine étendue des terrains situés au Nord avaient été considérés comme ager romanus.

C’était, comme on dirait aujourd’hui : domaine de l’État : ager publiais. Les habitants ne pouvaient donc ni posséder, ni bâtir sur ce terrain, ou si on leur permettait d'en occuper une partie, c’était comme usufruitiers, non comme propriétaires du fonds.

Cette loi romaine, qui datait de la République et qui s’appliquait dans l’origine à tout sol provincial, ne fut jamais exécutée à la rigueur. C’eût été difficile, les populations des provinces, aussi bien que celles d’Italie, sollicitaient et obtenaient assez facilement le droit-italique qui consistait dans la pleine possession du sol, avec faculté de l’exploiter, de le vendre ou de le transmettre par voie d’héritage. Lorsque le Gouvernement impérial fut définitivement établi, les empereurs se montrèrent favorables au développement de la propriété privée, parce qu’alors les grands propriétaires du sol étaient les seuls qui pussent être considérés comme la classe aristocratique possédant des privilèges mais supportant aussi des charges spéciales, telles, par exemple, que les magistratures urbaines, fort onéreuses alors. Il faut dire aussi que les droits de cité accordés par Rome, s’étendaient non-seulement à une ville, mais à tout son territoire.

Le Val d’Abonia possédant les droits de cité et tout l’emplacement du camp restant inoccupé, les habitants demandèrent l’abandon de ce sol si bien situé pour recevoir des habitations. Il fut décidé alors par l’empereur Vespasien, que Y ager publiais d’Abonia serait colonisé. Ce qu’on entendait, sous l’empire romain, par colonisation n’était autre chose que la division d’une partie de Y ager publiais en lots, faite avec solennité par les agrimensores , suivant certaines prescriptions religieuses.

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Ces lots étaient inégaux, et bien qu’on les tirât au sort entre les colons, c’est-à-dire entre les gens du pays ou étrangers qui se présentaient pour les posséder, il arrivait toujours — nous ne savons par quel moyen — que les lots étaient échus en raison du rang ou de la fortune de chacun.

L’ancien oppidum fut donc colonisé.

Bientôt les restes de ses remparts disparurent ; le large fossé qui divisait le grand camp du petit, devint une voie aboutissant, par des chemins en pente, aux niveaux du plateau -, un théâtre s’éleva sur le versant oriental ; les eaux furent amenées, en abondance, par un bel aqueduc en maçonnerie dans des bains établis à la pointe sud et dans toutes les nouvelles habitations qui ne tardèrent pas à surgir de tous côtés, entourées de jardins. Un temple dédié à Auguste, fut élevé sur l’emplacement de l’ancien prétoire, au lieu même de l’édicule existant auparavant et un second édifice sacré dédié, disent quelques-uns à Hercule — ce qui est douteux — prit la place de l’ancien réduit méridional. Un forum et une basilique occupèrent le centre du plateau. Les villce franchirent l’enceinte et s’étendirent sur les deux rampes à l’Est et à l'Ouest.

La ville basse continua d’être occupée par les négociants, les artisans, les bateliers et le menu peuple; elle s’étendit sur les deux rives en aval. Le pont dont il a été question fut rebâti en pierre et on jeta un second pont de bois en amont à un demi-mille du premier, lequel se trouvait dans le prolongement de la voie creuse divisant le plateau en deux parts.

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