‹ Histoire d'une forteresseChapitre 9 sur 70 · Le pied gaulois était le pied de roi · texte numérisé non relu

Le pied gaulois était le pied de roi

venait aboutir aux deux rampes Est et Ouest. Le fond du fossé fut, aux deux bouts, garni de palissades et on pouvait descendre dans ce fossé par un escalier ménagé dans une des tours, ainsi que nous allons le voir. En dehors du fossé, il fit faire un vallum de quatre cents pas de longueur environ, avec un ouvrage avancé contenant un poste et une guette. La route romaine allant à Langres arrivait sur ce point. Du côté de l’Est, l’aqueduc qui amenait les eaux dans la cité, suivit le vallum et fut crénelé (voir en A). Le front Nord fut percé d’une porte, flanquée de deux tours cylindriques vers l’extérieur. A l’angle Nord-Ouest une tour carrée s’éleva, assez haute pour découvrir au loin le vallon, au fond duquel coule la rivière, et le plateau-, une autre tour carrée fut bâtie à l’angle Nord-Est, puis entre ces deux tours et la porte deux autres tours, de telle sorte qu’entre chaque tour-, il restait environ un intervalle de quatre-vingts pas.

Philostrate observa qu’un assiégeant audacieux pouvait se couler vers l’Ouest entre la rivière et la cité, et tenter un coup de main vers le saillant du front Ouest dominant un escarpement assez doux. De la tour carrée B, à la rivière et un peu en retraite, pour être flanquée par la face Ouest de cette tour, il fit faire un mur avec une tour carrée à son extrémité, commandant le cours d’eau. En retraite, fut établi un pont de bois réunissant les deux rives et passant sur Pîlot de sable C. Cet ingénieur suivit à peu près exactement le long des deux escarpements, les sinuosités de l’arête du plateau, mais en plaçant les portes dans les angles rentrants. Deux portes furent disposées sur le front de l’Ouest et une sur le front de l’Est, à peu près au point où était l’ancienne entrée de Y oppidum de ce côté. Ces trois portes furent, chacune, flanquées de deux tours comme celle du Nord. L’enceinte de la cité, composée d’un rempart de vingt pieds de relief au-dessus du terre-plein, com-

pris le crénelage, sur neuf pieds d’épaisseur, fut ainsi renforcée de trente-six tours, non compris celles des portes. A l’extrémité Sud, sur l’emplacement de l’ancien refuge de Catognat, fut élevé un castellum ou réduit, séparé de la cité par un mur crénelé et isolé des remparts de 1 80 pieds environ. A la pointe extrême Sud du rempart, une tour carrée dut être construite plus haute que les autres, pour surveiller le val d’Abonia. Sous cette tour, une issue fut ménagée aboutissant à un mur épais, suivant la déclivité du terrain, crénelé des deux côtés et sur la crête duquel on pouvait descendre dans l’ouvrage E commandant l’embouchure du ruisseau dans la rivière et le pont de pierre bâti sur ce point. Sur l’autre rive, une vaste tête de pont fut construite. La porte de l’Est fut munie d’une avancée commandant le chemin G; sur le flanc Nord de l’entrée Nord-Ouest, un poste commanda les abords de cette porte. Les voies furent rectifiées. Un pont de bois fut jeté en H avec tête de pont et ouvrage commandant le nœud de voies sur ce point. Il ne fut permis, sur les rampes de l’Ouest, jadis occupées par des maisons et jardins, de bâtir qu’à une distance de cent dix pas des remparts ou de la route militaire I. On laissa donc subsister ou on permit de bâtir des habitations en dehors des servitudes militai res1. A l’intérieur de la cité. Philostrate fit percer, à travers les îlots confusément groupés des anciennes maisons, des voies nouvelles propres à mettre les portes en communication les unes avec les autres et à faciliter la défense2. Un forum fut établi en F avec un temple à Apollon en L (car Julien avait fait démolir une petite église chrétienne qui avait déjà été construite dans la cité). Une basilique en M,

1. Le trait noir indique les habitations conservées, le trait rouge les propriétés rebâties sur les terrains laissés libres après les déblais nécessaires à rétablissement des fortifications et de leurs abords.

2, Ces voies nouvelles sont indiquées par des traits rouges.

et une curie en N . Des thermes s’élevèrent en T. Dans la ville basse, des murs de quai Q arrêtèrent les érosions de la rivière ; un vaste marché fut disposé en R et un dépôt des marchandises ou emporium en S. La ville ou plutôt ses faubourgs, s’étendaient sur la rive droite, à l’Ouest, jusqu’au milieu de l’îlot de sable C, et au Sud jusqu’au dessous de la grande tête de pont. Ces faubourgs furent seulement circonscrits par un vallmn , afin d’être à l’abri d’un coup de main ; car étant dominés, ils ne pouvaient recevoir des défenses propres à subir un long siège.

Ces ouvrages prirent plusieurs années, et furent exécutés en partie au moyen des ressources du Trésor impérial, et surtout à l’aide des impositions municipales. Abonia était riche , toutefois elle se ressentit longtemps des charges qui lui furent imposées pour la mettre à l’abri des incursions des barbares. Philostrate avait du reste le droit de faire des réquisitions, d’imposer des prestations, et il en usa largement.

L’entreprise achevée , cette cité , ainsi transformée sur l’ordre de l’Empereur qui avait sauvé la Gaule, reçut le nom de Juliana. Le Val seul conserva le nom d’ Abonia.

Il est utile de donner quelques détails explicatifs à propos de ces défenses. La figure 1 7 présente la section du rempart entre les tours. Son chemin de ronde, élevé de quatorze pieds, en moyenne, au-dessus du terre-plein du plateau, possédait, entre chaque tour, un escalier de cinq pieds de largeur -, les merlons étaient de six pieds de hauteur et les appuis des créneaux se trouvaient à trois pieds au dessus du chemin de ronde.

La construction du rempart se composait de deux parements de petits moellons cubiques avec rangs de briques de distance en distance. La maçonnerie entre les deux parements était faite d’un grossier blocage. En dehors, le long de la crête du plateau, un fossé de dix à douze pieds

de largeur protégeait la base du rempart etpourtournait les saillies des tours. Un petit chemin couvert A était pratiqué sur la contrescarpe pour faciliter la surveillance et permettre de faire les rondes. La figure 18 donne les plans de la porte du Nord avec ses deux tours, en A au niveau du rez-de-chaussée , en B au niveau du crénelage des courti-

nes. Dans, l’une de ces tours était pratiqué un escalier G qui descendait à une poterne D et, dans chacune d’elles, d’autres escaliers E qui permettaient de monter facilement aux étages supérieurs. La porte divisée en deux arcades pour l’entrée et la sortie, était surmontée d’une galerie G, au niveau du chemin de ronde et qui formait crénelage. La voie traversait le fossé F sur une arche a et sur

un tablier b de bois qui pouvait être rapidement enlevé en temps de siège. Alors sur la plate-forme H, on devait élever un tambour de charpente qui masquait entièrement les deux arcades. En dehors du pont, muni d’un crénelage sur la partie maçonnée, deux petits postes découverts I, défendaient les approches et une palissade F obligeait les arrivants de faire un circuit pour passer sur le pont. La fi-

gure 19 présente une perspective de cetteporte. Sous les combles était le crénelage qui composait la défense effective de ces tours. En outre, au niveau du premier étage étaient percées, dans chaque tour, trois baies, qu'en temps de guerre on munissait de mantelets et qui donnaient des vues de face et de flanc. Les munitions étaient montées aux étages supérieurs au moyen de poulies suspendues dans les grandes ouvertures plein cintres K (voir le plan du pre-

lOO

mier étage). Les autres portes étaient construites sur le même modèle, les avancées seules différaient en raison de la disposition du terrain.

La figure 20 donne la vue générale de la grande tête de pont du Sud, de la place d’armes et du mur crénelé mon-

tant à la tour carrée d’angle Sud de la cité, et au castel lum. Les tours carrées n’étaient point couvertes par des combles, mais par des plate-form.es, afin de pouvoir disposer des catapultes ou des onagres à leur sommet 1 .

1. Les catapultes lançaient des traits longs d’une toise environ et fort lourds. Les onagres jetaient des pierres du poids de soixante livres à deux cent cinquante pas au maximum.

C’est pourquoi ces tours quadrangulaires étaient élevées aux angles saillants des défenses qui étaient des points faibles, mais aussi qui permettaient de donner au tir un champ plus étendu. En cas d’attaque d’un front, des machines de jet étaient établies en arrière des courtines sur des terrassements ou sur des plate-formes de charpente.

La cité ainsi bien munie pouvait résister longtemps et défier les attaques des barbares qui alors n’étaient pas en état d’entreprendre le siège d’une place bien tracée et défendue.

VIÏI

Page 1