HISTOIRE B'UME FORTERESSE
d.iit en menaces aussi bien contre les siens que comrc les ennemis. Il n'avait pas daigné tenir compte do l'avis de son ingéLiîcurqui, des le jour Je l'arrivée Je l' a rmée devant la cité Juliana, conseillait de camper au Nord et de n'investir la ville qu'après avoir reconnu ses approches. Consulté après ces premiers échecs, Secondin — c'était le nom de ringéuicar lutin — admit q;i'il était diilicïle de reculer, puisque l'armée étui: engagée amour de la place; que le plus pressé était d'empêcher tome sortie des assiégés, et que pour obtenir ce résultat, ceux-ci ne pouvant guère sortir salis péril que par la porte de l'K.-t et par les tètes Je pont, il fallait fure des ouvrages devant ces issues afin de les clore complètement; qu'il était cktr.ceuï et peu profitable d'essayer de s'emparer de la grande tète de pont par une attaque directe; mais qu'il fallait occuper le quartier de l'Ouest, sous les remparts, et par conséquent passer la rivière; qu'ai"-'-., du même Cirjp, les lè-.es de pont, la muet les charpentes des maisons île la ville basse enlevées. Un fossé, rempli par les cau\ de la rivière, entourait les ouvrages de la grande télé de p.int ; nuis ceux de la petite n'en avaient plus; ce fossé avait élé comblé depuis longtemps, et l'as-iégé avait néglige de ie creuser de nouveau.
cette petite tèie de pont, était crénelé et au pouvoir des défenseurs, y compris I; retour d'é;|ucn-o sur i:t voie venant de l'Ouest. Ainsi, la moitié de lu surface de l'cmporium était battue dans sa longueur par ce mur'. A cheval sur cette voie de l'Ouest, Secondin fit élever un agger qui s'appuyait à la rivière, à cinquante pas du retour dYquerre,
i. Voici la figure 16.
ki sur cet agger il fit dressât un travraga Je charpente qui dominait k rempart de l'assiégé (fig. 21), Il se contenta,
de la cité, l'opération présentait de grandes dillicultés à Cause de la forte inclinaison de la pente du plateau. Chaque nuit les travaux du? assistants étaient bouleversas par les défenseurs, qui avaicnlVavanla^e de la position dominante. Secondîn, après plusieurs tentatives infructueuses, dut se
borner à établir au bas du rampant du plateau un ouvrage on terre et (vis [■•■i-inant une punion .le cercle, a mi fermement au tracé ci-contre 'ftg. 22).
L'assiégeant arrivaîl à cet ouvrage, qui était hors de portée du trait du plateau, par une voie qui descendait doucement vers le bras occidental du ruiss.'au.
T 1 S IIISTOIKE D'UNE FORTERESSE.
Ces travaux ne s'étaient pas faits sans que l'assiégeant cherchât à les détruire et sans pênes assez sensibles chez les Francs. Cependant quinze jours après l'arrivée Je l'ennemi, ils étaient achevés et bien gardés.
Voici quelle était kl disposition des troupes de l'ennemi autour de la cité. Le grand campement sur le plateau du N'ord renfermait iïoqo hommes; les défenseurs de la
pont, de 5oo hommes; celle de la con travail a tion autour de la grande tête de pont, de i 200 hommes. L'ouvrage élevé au bas du plateau, en regard de la porte de l'Est, contenait [200 hommes. Total : 22 900 hommes. 11 restait, déduction faite des perler depuis le commencement du siège, environ 10000 soldats qui battaient l'estrade, dévastaient le pays. ramassaient dus vivres e; fuun'aiies.vt formaient un corps de réserve pour donner un coup de collier au moment opportun.
Ces préparatifs faisaient asseï voir à Clodoald que l'ennemi agissait depuis sus premiers échecs avec méthode, et préparait une action décisive. Il avait reconnu facilement que cette action se porterait sur les points faibles de la place, c'est-à-dire sur le saillant du Nord et sur les bords de la rivière, en face de la convexité occidentale de la cité; aussi avait-il fait barricader fortement toutes les voies de la ville donnant sur le quai et renforcer celui-ci par un vallitm.
En outre, à deux cents pas en arrière de la tour carrée sur la rivière, au Nord, il lit, à travers les maisons et jardins, élever tin autre l'a/.'™; .!, /», v.iivjnt obliquement les pentes du plateau et venant joindre la porte Sud-Ouest {fig. 23). Les habitations avaient été laissées comme masque devant ce retranchement; on s'était contenté de l'isoler
ce ment du sié^e, ses c-pimis. lui rapponèrent qu'il y avait dan-; le erand camp beaucoup de mouvement; qu'on apprêtait îles fr-ïme^q-i- l.:- s: ■ Lia' s prép^ii aiei!; leurs arme-, qu'on montait des engins. Un de ces espions, qui p.rs-ait
à l'Ouest, lui fit un rapport semblable. Clodoold jugea donc que le moment était proche où l'assiégeant tenterait un grand effort à l'Ouest et au Nord.
Le vingt-deuxième jour du siège, en effet, dès le matin, quatre onagres, placés sur l'ouvrage en face de la petite
ne pouvaient manoeuvrer les deux engins placés sur ce point. En même temps, des bateaux chargés de matières inflammables furent lancés dans la rivière en amont du Pont de bois. Ces bateaux, bien dirigés, s'arrêtèrent en ira-
vrage qui fut bientôt occupé par les Francs. Retirés dai la place d'armes en arrière du pont, les assiégés ne poi raient que le regarder brûler.
A la même heure, couverte par des manielets d'osier, ut
acharnée. Grâce aux maçonnerie? de l'aqueduc, l'ennemi ne put forcer le fianc Nord-Est ; mais il parvint à s'établir ' sur celui opposé. L'assiégé fut obliué d'abandonner le saillant en se retirant de retranchement en retranchement
IÏ2 HISTOIRE ll'LNE FORTERESSE.
reprendre- l'ouvrage. Il craignait d'aiilem^ une autre attaqui: et ne se trompai! pas. Vers le milieu de la nuit, les Franc;, se jctéi'enl dans l'ilot de sable à l'aide de radeau*, et là ils se retranchèrent en face du quai. On était à portée d'arc, et de part et d'autre on commença a tirer, sans grand résultat.
HISTOIRE D'DNE FORTEBESSE. [ï3
La perte de l'avancée ne fit qu'animer les assiégés qui voulaient la reprendre aussitôt. Clodoald dut calmer leur ardeur en leur promettant de faire mieux que de reprendre cet ouvrage; il ajouta qu'il y avait pour l'instant autre chose à tenter ; que l'ennemi allait leur donner une belle occasion de le battre.
Clodoald renforça les défenses du front Nord qui ne pouvaient être prises d'emblée, fit mettre une bonne troupe â l'avancée de la porte de l' Ksi avec ordre de la défendre jusqu'au dernier hommc,et fît descendre autant de troupes qu'il en pouvait tenir dans les deux places d'armes du Sud et du Sud-Ouest. Il garnit puissamment le retranchement oblique, et descendant aus défenses du bord de l'eau, il mit là un chef en qui il pouvait se fier, avec des instructions particulières.
La journée suivante se passa sans combat. Les Francs se retranchaient dans l'avancée contre le front du Nord, e; détruisaient le vaUum. Ils apportaient dans l'îlot" des bois, des fascines, de la terre, des pierres, et commençaient à combler le peiii bras à l'aide de ces matériaux. Se couvrant de mantelets d'osier, ils jetaient des pierres dans l'eau, puis îles ûi-ci'its d;ms lesquelles étaient intercalé-; lIi: ri-us caillou* afin du les couler entre lespierres; puis, quand ces matériaux commençaient A émerge:', iis posaient desus des troncs d'arbres en travers du courant, et entre eux des fascines et des mottes de gazon. Les assiégés ne pouvaient guère s'opposera ces travaux. Deux onagres lançaient toutefois des pierres sur les travailleurs', mais ceux-ci, bien couverts et toujours en mouvement, étaient rarement
vingt pieds du mur du quai, et l'eau, assez' basse d'ailleurs à cette époque de l'année, passait à travers les fascines noyées, sans risque d'emporter le barrage. Toute la nuit, les Francs ne cessèrent de consolider ce barrage et de le-
largir : jtjs-î ils apportèrent des b^.i-:. Je; ■'clicllfs, et montèrent à son extrémité, à quinze pieds environ du mur du quai, une estacade de charpente préparée à l'avance. Au jour, les assiégés virent se destiner sur l'estacade, le bout d'une sorte de pont, garni d'un mairelet d'osier, et qui s'avaneaii doucement ver; l.i crête Ju quai, (lis;. e Sccondin avait fait charpenter un tablier de pont de dix pieds de largeur; ce tablier, posé sur des rouleaux qui portaient sur des pnuircs ii-kimi'es. était pmissé pat' des soldats à l'aide de leviers, e; tiré pas' deux câhics s'csiroulaut sur des treuils, à distance. Les hommes, munis de leviers, étaient masqués par de grosses toiles tendues devant eux qui arrêtaient les traits. Pendant ce temps, deu\ catapultes et deux ombres couvraient de longs dar.i- et de pierres le l'alium du quai ; des frondeurs et des archers ne permettaient pas aux défenseurs de se montrer.
Le chef qui commandait ces derniers, suivant les instructions île (il iJuiild. lit liler peu à peu se; hommes vers les maisons; et quand le pont roulant atteignit la Crète du raliitm du quai, il n'y avait plus derrière celte défense un seul Bour^ui sinon. Les l-'rancs, avec de gs'auds cris, se précipitèrent sur le tablier, firent tomber le parapet d'osier et se répandirent en grand nombre sur le quai désert et silencieux. Redoutant quelque piége, ils ne s. e hâtèrent pas de gravir les pentes assez, don,' es du plateau sur ce point, et île s'engager dans les voies dont les barricades ne paraissaient psis gardées. Ils se l angèrent le long de ce quai en assez, bon ordre, jusqu'à ce qu'ils fussent au nombre de quatre mille hommes environ. Ce qui ne fut pas tres-lone;, parce que sitôt les premiers passés de l'e.slacade au r.illum. l'assiégeant avait posé des poutres garnies de rondins, de branchages et de gu/on, et que le pont avait alors atteint une largeur de près de trente pieds.
Dansî l'jlot se réunissait un second corps nombreux,
HISTO IBE D'UNE FORTERESSE
L'ATTAQUl
HISTOIRE D'UNE FOBTERESSE. !î5
prêl à soutenir le premier, et sur la rive opposée on voyait arriver un troisième corps.
Secondin était passe un des premiers sur la rive gauche, et n'augurai: rien de bon de l'apparente inertie de l'assiégé. Il voulait qu'on ne s'avivât qu'avec prudence, et après avoir établi une t;te .le pon: au moven de pieux et dus débris inipnioiés au\ maisons voisine-.. Il lit dune entrer des hommes dans ces maisons. Hlles étaient désertes, et derrière les barricades élevées aux débouchés des voies sur le quai, il n'y avait pas de défenseurs.
Il donna donc l'ordre de démolir ces barricades. Tout
uniquement pour t n garder le- bnrd-. Leurs chef- préicudaiem i|tie l'a— iégé avait ;.bandi n;né cet;-, partie Je la cité, comme il avait abandonné la ville basse, qu'il s'était retiré derrière ses murailles, et que si on ne profitait pas de sa retraite, Il se rassurerait et viendrait assaillir les Francs à la nuit; qu'il fallait au plus tôt occuper l'espace abandonné par lui, et s'établir sous les murs en prenant à revers la petite place d'armes. Secmidin hochnit la tète et continuait à ordonner des mc-aires de s'ireté. Vers le milieu du jour, un îles chefs francs, plu- impatient encore que n'étaient les autres, rassembla ses hommes et déclara que c'était trop tarder, qn'i! fallait occuper les rampe-!. « Que les braves me suivent, et que ceux qui ont peur restent ici à se faire des abris 1 » Et avec son monde, il se dirigea s ers le sommet du plateau. Son exemple fut bientôt suivi et, par plusieurs voies, à travers les maisons et les jardins, plus de deux mille hommes gravirent les pentes.
Arrivés le long du vallutn tracé en écharpe 1 , ils furent reçus par une grêle de pierres et de traits. .Mais se remet-
Iï6 HISTOIRE D'UNE FO RT E R E5 S E.
tant bientôt de la première surprise et entraînés par leurs chefs, les Francs se ruèrent sur l'escarpe. Ils avaient !c désavantage Je la ptisiLior.. Dominés par le'; as-iéeés. ce premier assaut ne réussit pas. Il fallut se rallier en s'abritant derrière les habitations et haies laissées par dodoald
troupes restées près du passée r-c précipitèrent à leur tour sur les rampes, Secundiu jugea prudent alors de faire passer un millier d'hommes du corps resté dans l'îlot, en donnant les meilleures raisons pour les maintenir sur ce
Voyant arriver le renfort qui gravissait les rampes, les premiers assaillants se divisèrent en trois grosses troupes, et à un signal s'avancèrent de nouveau contre le vallum. I.cs pruniers tombés n'arrèt.sient p is les vaiTcnauts, qui leur passaient sur le corps. A certains moments, on pouvait croire le retranchement emporté, car sa crête se couronnait de soldats francs; mais les défenseurs, Indépendamment de ceux qui garnissaient le ralhim^ s'étaient aussi divisés en troupes compactes qui, tenues en arrière, se précipitaient contre les colonnes d'a.- : aut quand leurs têtes arrivaient sur la crête. Ainsi ce comh.t présentait une série incessante de prises et de reprises du vallum, et les choses semblaient devoir présenter les mêmes péripéties tant que les assaillants et les défenseurs pourraient former quelques groupe- des .Mari. De p. ni ut d'autre beancoap d'h.un:ncs tombaient, car on se battait corps a corps.
C'est alors que Clodoald. qui tenait la Petite place d'armes du Sud-Ouest, sortit en bon ordre avec un millier d'hommes, longeant la rivière; il transmit l'avis à ceux qui occupaient la grande place d'armes du Sud, de passer entre lui et le vallum et de se jeter sur le flanc des assaillants. De la rive droite, les Francs voyaient ic mouvement de Clodoald et se précipitaient vers l'îlot pour aller le combattre et soute-
nir ceux des leurs qui étaient sur la rive gauche. Mais Clodould avait de l'avance, marchait sur une voie directe, pendant que Ira ennemis étaient obligés de faire des détours. Il arriva donc en quelques minutes sur la troupe des Francs qui, sur les instances de Se,-, ni.lîi:. gardaient le passage. 11 l'attaqua avec la plus grande ligueur ta culbuta les pre-
saillants passaient sur Je chaussé; et se plaçaient à Li gauche, de telle >urie que la troupe de Chidnald fut bic:itût débordée cl dut luire, pour degaacr. un mouvement de retraite, non sain perdre bon nombre de soldats, en abandonnant la rive gauche pour se porter vers les rampes
Arrivait alors sur le flanc des Francs acharnés à la prise du rxHuiu. la .-ccoaue troupe des liourguieainns. f.cs assaillants attaqués de liane, presque à revers, par suite de la direction du retranchement, lâchèrent pied et descendirent en iivaie hâte vers le passage, poursuivis par les linu:'gi;igno;i- : . ( x .;uc voyant, Clodoald. soutenu, attaqua
mar sortant de la porte de I'( lues! avec des troupes fraîches, pour renforcer les défenseurs du i\i!!um. Voyant l'ennemi précipiter sa retraite ver- le pas-age. il jugea que lus siens étaient assez forts pour le pousser vigoureusement, et suivant la muraille rampante du Nord, puis tournant à gauche, il attaqua l'ennemi sur la rive en face de l'îlot. Le retranchement du quai le garantissait assez; bien des pierres et traits lancés de cet ilot. Les Francs, attaqués ainsi de face et sur les deux lianes, ayant tut passage étroit à dos, se défendaient avec rage, mais leur noaibre même entravait cette défense. Des frondeurs bourguignons postés dans les maisons sises sur les rampes les couvraient de projectiles.
A la nuit, ii ne restait plus sur la rive gauche un seul ennemi vivant ; beaucoup s'étaier.t jctJs à la nage pour gagner l'îlot; un assez, bon nombre avait pu passer encore sur la chaussée ; mais plus de deux mille cinq cents morts restaient le long du vallum et au débouché du passage. Clodoald avait fait accumuler des fascines et de la paille sur le pont mobile, qui bientôt fut en flammes, ainsi que l'cstacade. La perte des assiégés était d'un millier d'hom-
Les assiégés avaient gardé la portion de la ville à l'Ouest, mais ils ne pouvaient sur ce point prendre l'offensive, car ils voyaient devant eu\ des masses compactes d'ennemis.
Pendant cette journée, les deux rois francs avaient fait simuler une attaque contre le front du Nord de la cité ; mais les remparts et les tours élevées sur ce front ne pouvaient être pris que par un siège en règle, et les soldats bourguignons laissés sur ce point étaient en nombre plus que suffisant pour délier une attaque sérieuse.
Childebert et son Irèrc, retirés sous leur tente, s'accusaient réciproquement du mauvais succès de leur opération, et tous deux s'entendaient pnur rejeter sur Secondin la iie:i:i!C de leer* troupes. Celui-ci, mandé pré? Je- rois, eut
pas voulu se jeter à l'aiianurc dans le quartier sur la rive duquel nous avions heureusement pris pied, nous serions encore sur cette rive et nous aurions pu demain nous emparer de tout cet espace de terrain; non que je prétende qu'il faille attaquer la cité sur ce front, mais parce qu'ainsi nous empêchions toute sartie et que nous pouvions sans risques attaquer le front du Nord et le prendre, ce qui n'est qu'une affaire de temps,
a Ne possédant pas le quartier de l'Ouest, en dehors des remparts de la cité, tous nos travaux de siège peuvent être
HISTOIRE d'USÏ FORTERESSE.
détruits pendant une sortie vigoureuse; car l'assiégé est audacieux, il l'a montre; et !a muraille rampante qui, de la tour du coin Ouest descend â la rivière, mettra toujours notre attaque sur le front Nord de la cité, à la merci d'un vigoureux effort.
ii Cette muraille rampante est dépourvue de portes apparentes, mais il sera facile à l'assiégé de faire des issues s'il n'en existe déjà de cachées, et alors, à la faveur de la nuit, il peut se jeter sur le flanc droit de l'attaque, incendier nos ouvrages et rendre le siège beaucoup plus long et incertain. Chacun de vos chefs prétend commander, et, si braves qu'ils soient tous, devant une cité aussi bien munie et défendue, la bravoure aveugle ne fait que compromettre inutilement vos armes. Obtenez, donc d'eux l'exacte obéissance aux ordres que vous donnez, et souvenez.- vous que votre père
avait su maintenir au milieu de ses troupes. « Ce langage ferme ne laissa pas de faire une impression sur les deux rois qui, réprimant leurs emportement, commencèrent à délibérer froidement sur la situation. Il fut résolu qu'on s'emparerait de la grande tête de pont, encore au pouvoir de l'assiégé; que l'on surveillerait attentivement les bords de la rivière, et que l'on attaquerait la place sur toute l'é-
deux rois décidèrent que les chefs des divers corps obéiraient à Secondin, lequel était chargé par eux de la direction des opérations. Ces chefs furent convoqués et reçurent, de la bouche même de Childebert, l'ordre de ne rien tenter en dehors du commandement de Secondin. Mais ces Francs n'aimaient pas le Romain, comme ils l'appelaient, et reçurent cet avis d'assez mauvaise grâce. Plusieurs élevèrent des objections, en déclarant que les lenteurs du Romain étaient la cause de leurs échecs, et que si on les laissait faire, la cité serait bientôt en leur psuvoir. Childebert et
l3t) HISTOIRE D'UNE FORTERESSE.
son frère, ébranlé*, semaient faiblir leur résolution et regardaient SeoinJin. Celui-ci, s 'adressant alors aux chefs
o:it le il;'., il d'e>;ii;er que ieurs ius ne -oLlh pas enn iLiees
chance de réussite, u A ce discours, nul ne répondit. « Toi, qui as parlé, dit alors Cliildeberr à un des chefs, que proposes-tu? — Nous avons pris Autun par la vigueur de nos hommes; nous avons cerné la ville, abattu un pan de
Autun n'est pas une cilé bâtie sur un lieu escarpé comme l'est celle-ci; noua pouvions l'attaquer de plain-pied sur deux de ses fronts, sans avoir une rivière à dos. Ses murailles, si bonnes qu'elles fussent, étaient mal défendues et nos attn.y.ijs ;ir.":uha;ite.i sar doux puâits opp'-'-és, décon- «riaient les assiégés. Ici, nous ne- pouvons attaquer de plain-pied qu'un seul front; tous les autres couronnent des escarpements que l'on défendrait facilement, même sans mura! Ho. Il n'y a donc ici ipic Jeu\ pai lis à preadre, ou de serrer la place si é'.roi'.cineut qu'elle toit obligée de *e rendre, faute de vivres, ce qui peut être long, car l'assiégé
pas l'immobilité, s.- d'.^.mJr.t pendant ce blocus, ou d'attaquer le seul côté attaquable et de concentrer toutes les forces sur ce point.
« Dans Te -pa ce de ir.ii-, semaines, en procédant régulièrement, ce front sera en notre pouvoir. Alors pnurrojisnous investir c;roiteme:it le Caîtellum , eu laissant u::e
troupe nombreux pour empêcher toute sortie. Il faudra bien qu'il se rende: et pétulant cj temps., les rois soumettront le reste de la Bourdonne, sans, s'attarder ici. » Plusieurs chefs" répondirent à ce discours en proposant des mnvens .l'attMu; insensés el qui parureu: tels à ['assemblée, car si tous étaient d'accord pour blâmer ce qui avait été tenté jusqu'alors, aucun n'était capable de présenter nu projet soj:cnah!e. Chacune de ce( p:\ip .isitio!-s. é;;iit donc accueillie par des murmures ou des rires ironiques. Ce que vovant. Childabert déclara formellement que lui et sou frère entendaient qu'on obéit de tous points à Secondin puisque personne n'ouvrait un avis acceptable et l'assemblée s.' sépara. Les detiv rois, restés seuls avec l'ingénieur, in,-! stère nt pour qu'il lit en sn-te d'obtenir immédiatement un succès qui pât f.u:'e oublier les échecs derniers et rendre la confiance à leurs hommes.
« La difficulté, répondit Secoadiu, est d'obtenir, sans risques, ce succès avec des troupes qui n'observent pas
la guerre de siège, c'est la patience, le travail assidu, l'esacte discipline ; or. vos hommes ne sont pas patients, n'aiment pas remuer la terre et ne sont pas disciplinés. Ils préfèrent se faire tuer en livrant uuassatit dans de mauvaises conditions, au labeur pénible et non périlleux qui, nu bout de quelques jours, leur assurerait la prise de la place sans perdre beaucoup des leurs. »
Sur ces entrefaites, arriva au camp des Francs un secours de deux mille hommes em in m, envoyé par Théo-
comptait prendre des avantages dans la guerre entreprise
robustes assez mal armés et peu propres à la guerre active; mais pouvant rendre de grands services dans les travaux de siège. Us furent directement placés sous les