HISTOIRE D'USE FORTERESSE
être détruite par les ruines du mur, et il comptait s'en servir en temps utile.
quième jour, c'est-à-dire le lendemain de la chute de la tour carrée du coin, la courn'oe voisine delà porte du Nord était minée sur une longueur de trente pas. Le feu fut rais aux étais ut étatisons pendant la nuit, et lu matin cette courtine s'a;faissa dans k fossé, se divisant en deux blocs. Aussitôt les Francs jetireni force fascines dans ce fossé.
apportèrent des échelles et se précipitèrent en grand nombre sur les ruines qui formaient encore un relief de six pieds environ au-dessus du sol intérieur de la cité. Les li:T.ii'mi;L; , !o:'^. surpris, no pouvaient guère s'opposer à cette
l'assaillant de franchir la brèche. La position des défenseurs était des pins défavorables d'autant que sur ce point ils n'avaient pas établi un retranchement. Ils se barricadaient cependant, se servaient des maisons, lançaient quan-
envoya des ouvriers pour détruire le plafond de la galerie de mtne A qui débouchait en dedans du mur. Au bout de quatre heures, et plafond n'existait plus et un large trou apparut aux yeuï des assiégés sur leur gauche. En quelques instants, celte ouverture béante v omit un tlot d'ennemis, qui se répandaient le long de la muraille, débordaient les défenseurs et se précipitaient vas la porte pour la briser.
Le poste qui défendait cette porte (lu mas-acré et les vantaux, enfoncés i cour* de haches et de béliers, permirent à de nouvelles troupe. Je pénétrer dans la cilé. l.a ville était prise et la lime continuait dans les malsons, dans les rues. La nuit vint, les défenseurs du retranchement se voyant tournés, s'étaient retirés à la hâte vers l'intérieur de
Les Francs n'écoutaient plus les ordres de leurs chefs et se jetaient par petites troupes dans toutes les issues ouvertes devant eux, mettant le feu, tuant et pillant; beaucoup se heurtaient contre des corps nombreux d'as-
Les femmes, folles de fureur, jetaient des tuiles, des meubles, des pièces de b"i-, de. pie 'tes sur les Francs dis-
qu'au milieu des (lammes. C'était une série de combats isolés, sans que, de part et d'autre, la voix des chefs put se faire entendre.
Gondomar et un millier d'hommes s'étaient réfugiés dans le château, et du haut de ses tours le roi bourguignon pouvait voir brûler sa fidèle cité et entendre les cris des vainqueurs et des vaincus se rapprocher de plus en plus de
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l'enceinte de ce dernier refuse. Il n'avait pas voulu qu'on en fermât les portes afin de recueillir les mal heureux défenseurs. Ceux-ci, vers la fin de la nuit, acculés à l'extrémité Sud de la cité par l'ennemi et l'incendie, arrivaient alors en fouit, beaucoup étaient bles.-i-.; puis, parmi cu\. Je.-, rumines et des enfant-. I.e cl M!-,- a s'emplissait et l'ennemi approchait; alors le pont fut jeté dans le fossé et les portes furent fermées.
Tcut occupés du pillage, les Francs laissèrent passer la journée qui suoit cette nuit ia:u,u, sans rien (enter contre le château; et ce tut le soir seulement que les rois francs purent rétablir quelque ordre au milieu de la ville Cm-
Il n'y avait pas dans le château des vivres en quantité suffisante pour nourrir Cette foule pendant quarante heures. C'est bien sur quoi Sccondin comptait ; aussi n'eut-il pas de peine à persuader aux mis francs de se contenter d'investir le réduit. Conduirai', accablé .le douleur, voyant
des tours. Les réfugiés durent se rendre à discrétion, la plupart furent emmenés comme esclaves.
Les rois francs firent détruire les ouvrages les plus importants des défenses, de manière à mettre la cité Juliana hors d'état de soutenir un siège. Mais ces ouvrages des Romains étaient solides et les débris de ces tours et rempans formaient encore une ruine imposante deu.x siècles plus tard. Alors, le plateau était désert et ces ruines étaient envahies par une végétation plantureuse ; quelques cabanes de bergers seules apparaissaient au milieu de Ce terrain bouleversé. Une bourgade assez, pauvre s'étendait sur les rampes de l'Ouest, de la rivière aux anciens remparts; sa population ne s'élevait pus à plus de douze à quinze cents
tilc et prospère. Plusieurs village* s'élevaient sur le cours de la rivière, une ville assez importa nie couvrait, comme autrefois, les rampes occidentales Je la vieilli: cité Juliana et s'étendait sur la rive opposée. Cette ville était alors désignée sous le nom Je Saint-Julien. Comment la cité fondée par l'empereur Julien l'Apostat avait-elle citante son nom de Juliana contre celui de Saint- Julien ? On n'essayera pas J'evpliq'aer le l'ait. I! sullira Je dire que vers le vin" siècle' surgit une légende relative à un certain Julien, compagnon de Lucien, évoque de lie;iuvais, lequel Julien, natif du Val d'Abonia disait-rut, aurait été martyrisé avec .Maximien
qui dépendait d'tr'ie fiche abbave situé,: à l'eslrémité Nord du plateau. Il v avait donc la ville ei l'abbavc de Samt-Jolicn, et le château Je la lioclie-l'ont occupé par les seigneurs de la Roche-Pont. Quant à la vallée, elle avait conservé
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à peu prés son nom antique; c'était le Val d'Abonné. Les seigneurs de la Roche-Pont étalent, depuis le tx* siècle, possesseurs du Val, de la ville, des terres y attenant et des forêts qui s'étendaient au Nord sur les plateaux; ils prétendaient desfendre des anciens Rois de Bourgogne par les femmes, étaient riches et puissants. Un de leur- ancêtres avait fait la cuerre contre le roi Robert en l'an loooet avait beaucoup contribué à l'insuccès de l'expédition de ce prince en Bourgogne lorsque cette province se soumit plus tard au roi, le seigneur de la Roche-Pont avait fait des conditions qui avaient -inguliercment amélioré son domaine. Ce seigneur était le fondateur de l'abbaye clunïsienne qui s'élevait au Nord sur le plateau; il lui avait donné les terres incultes du val du ruisseau. Les moines firent bientôt de ce val un excellent domaine, en tirant parti de ce petit cours d'eau qui ne tamsait jamais. Des barrages leur permirent d'avoir des étangs très-productifs, des chutes d'eau faisant marcher des moulins , des (orges, d'arroser de belles prairies pour les troupeaux, et, sur le versant exposé au midi, des vignes renommées pour leur qualité.
Depuis lors', les abbés de Saint-Julien n'avaient pas toujours été en parfaite intelligence M ec les seigneurs de la Roche- Pont. D'après leur charte de londation, ils ^tendaient être complètement indépendants de la seigneurie de la Roche-Pont, ne relever que de Rome, et avoir sur les terres qu'ils possédaient tous droits féodaux; ils se refusaient â rendre les devoirs de fief au château, et, à plusieurs reprises, des contestations on en vint aux actes de violence. Alors les abbés recouraient au duc de Bourgogne; les gens de guerre se mêlaient de la partie, et, naturellement, les vassaux pavaient pour tous. ^
Un des abbés, homme remuant et ambitieux, avait prétendu fortifier l'abbaye, ce à. quoi le seigneur de la Roche- Pont s'était opposé-, l'abbé n'avait tenu compte de l'oppo-
sition. Le seigneur l'abbaye. Appel des donna raison au seig
pens de celle-ci.
Les gens de l'abbaye et les gens du seigneur n'en restaient pas moins dans un état permanent d'antagonisme, et il ne se passait pas une année qu'il n'y eût des différends à vider à ce propos près la cour du duc.
Le château des seigneurs de la Roche-Pont était établi sur les restes du castellum de la cité Juliana, et, vers l'année 1 [fil, il était fort vieux et délabré. Anseric de la Roche-Pont en était alors possesseur.
C'était un homme jeune, ardent, ambitieux, qui avait épouse une nièce du comte de Ncvcrs, mort en 1 176, et dont les biens s'étaient accrus par celte alliance; il souffrait impatiemment la suzeraineté du duc Je Bourgogne qui ne miUaii pas toujours ses vassaux avec sagesse et cherchait le moyen de s'en affranchir; il résolut d'abord de rebâtir son vieux château et de le mettre en état Je défier toute attaque. Anseric de la lioche-Pont était entretenu dans ces idées d'indépendance par un sien oncle, vieux seigneur qui avait passé quinze années en Syrie à guerroyer, et qui, usé par les combats, ruiné, était rentré en Bourgogne. Anseric lui avait donné asile dans son domaine, et le vieux baron n'avait pas tardé à exercer une influence sur l'esprit de son neveu, et même de sa nièce. Pendant les longues soirées d'hiver, le récit des aventures d'outre-mer, que le baron Guy savait rendre vivants, enllammait le cceur
HiSTontE d'uni fobteresse.
du jeune seigneur. Si 'tu ent alors, l'reil brillant, les poings fermés, il se levait, marchait à grands pas dans la salle,
■que tuer dos sangliers ut discuter anjo des moines, a propos des droits de mouture ou de p
ments que li
iivJair de ■
j, cherchait à la diriger ver? un but plus certain que n'était la conquête des villes de Syrie. Le baron Guy composait un singulier perse .image ; au physique, c'était un grand vieillard osseux, un peu voûté par le poids des armes. Sa téte, garnie encore d'une rude chevelure grise, carrée du haut, montrait deu\ pommettes saillantes et, sous des sourcils épais, des yeux vert sombre, profondément enfoncés dans leurs orbites. Sa bouche large, aux lèvres fines, laissait paraître, s'il riait, ce qui lui arrivait rarement, des rangées de dents blanches et aiguës. Quand il contait de longues histoires, assis, les mains sur les genoux, la téte baissée, la lumière des cierges de cire n'éclai-
cettetête se relevait lentement et, dans l'ombre alors, ses
deux prunelles reflétaient des lueurs qui faisaient songer
aux éclairs lointains.
Au moral il serait plus ditTicilc de peindre le baron
Guy Il abhorrait les moines, ce qui ne prouve rien, et
adorait les enfants, ce qui prouve une nature heureusefond de scepticisme, si toutefois on peut appliquer ce mot au désenchantement d'un noble de la lin du douzième siècle. Le baron avait donc pris sur l'esprit de son neveu un ascendant marqué i mais ^es dcuA enfants d'Anseric obtenaient de leur grand-oncle tout ce qu'ils voulaient. Envers sa nièce, il montrait une condescendance non moins gran-
histotre d'une forteresse. i5i
de; elle seule parvenait à .'.ppcicr sur ce dur visage un rayon de gaieté.
Très-haute cl noble dame Jeanne, Élienor de ia Rochc- Piiut était une femme de mille mol cime. Sa figure un peu longue retirait, quand clic était animée, une vive intelligence; ses prime 11 es M en pâle prv 1 aient alm's la nuance du lapis et son teint, habituellement terne, je couvrait d'un éclat purpurin. Elle avait un sourire charmant qniiique sa bouche fût un peu tombante ; son col long, sa taille admirablement dessinée, donnaient à tous ses mouvements une ;;r.;ce parfaite, relevée encore par une vivacité adroite qui faisait h ioie lIu vieil* baron.
Aussi celui-ci passait-il des heures, les ycu\- lises sur sa nièce, comme s'il eût voulu étudier les moindres gestes de la dame Je la Roche-Pont cl se rendre compte du merveil- :nJ.;ani.<:nj qt:: : jR.it mouvoir cette gracieuse personne. Ame virile à l'occjsinn, Klienor éniii capable de tous les dévouements, de dus ies sr.criliccs pntir les siens. Ses vassauv l'aimaient et l'appelaient la Genlil-Dam*.
Il a paru nécessaire de peindre en quelques mots ces personnages qui v :)ui. dans la suite de ce récit, jnuer un rôle principal. C'est qu'en effet, pendant l'époque féodale,
influence prépondérante autnur de lui, en bien ou en mal.
Le baron Guy, fatigué, ruiné, sans enfants, était au fond une de ces fîmes délicates, froissées au contact des hommes a des événements, ayant perdu tout ressort lorsqu'il s'agit de leurs intérêts, mais qui font tendre leur énergie et leur besoin de s'attacher à quelque ch"se, vers un but en apparence éloigne m: fragile. Le tvu-i.it (iuv avait certes de l'affection pour son neveu ; cependant, s'il n'eût été question que de lui, il se fût contenté de le laisser chasser tranquillement sur ses domaines, et de l'aider au be-