‹ Histoire d'une forteresse texte et dessins (volume 2)Chapitre 25 sur 48 · IOÏ HISTOIRE ]>'UNE FORTERESSE · texte numérisé non relu

IOÏ HISTOIRE ]>'UNE FORTERESSE

vaillaient à leur beffroi en dehors de l'ancienne palissade C détruite ei le garnissaient de peaux fraîches à l'extérieur pour le préserver de l'atteinte du feu grégeois. Ils comblaient non sans peine le fossé en face la tour p' en se couvrant au moyen Je la-cii-es et Je mantelets.

Le îo juin, le befij"oi était terminé, et son chemin fait do furts madriers solidement établis jusque sur le remblai du fossé. Pendant les derniers jours, l'ennemi n'avait cc-é de faire jouer les arbalètes A tour ei dcav irebucbeis e.mtre les crêtes de ia défense du château enlre la porte et la tour Q, et avait tenté de mettre le feu aux hourds et combles, mais ces remparts étaient plus élevés que ceux de la baille, et le baron avait fait revêtir tous les bois de peau, de couvertures que l'on mouillait sans cesse, et les traits enflammés des RourgiiifîiiiMis n'y fusaient rien. Quant aux comble:-. Lsétuier.t surveilles avec soin. Cependant les linarJa- ;;es étaient presque e'itièremeiu brisés par les p; réei.:ile~. Leurs débris avaient été enlevés par les du château, car ils n'étaient plus bons qu'à gêner la déiense. Tout le couronnement de la tour P était très- compromis, d'au-

les dispositions de l'ennemi, le baron fit établir sur la plateforme de cette tour P, qui était dépourvue de comble, un

à tout événement, il fit élever un fort retranchement de l'angle f à la tour en face, en arrière de la tour Q.

Le soir de ce jour, ïo juin, le beffroi commença son mouvement, porté sur de puissants rouleaux. Dès iju'il fut ù une trentaine de mètres Ju rempart, le banni fit jouer l'arbalète à tour et lui envova des boites de feu jv'éeeois fixées près du 1er des traits. Les peaux Iracbe- résistaient bien, les fers ne se fixaient pas au.x bois, le feu tombait

i. Voir h ligure 45.

à terre, ei à l'aide de fourches, les Bourguignons, couverts par l'ieuvre basse de la tour, éloignaient les boites embrasées. Cela leur donnait terriblement d'occupation, la tour n'avançait que bien lentement, et plus elle avanciiii, plus le danger d'incendie deïe:!;iii pressant. Le baron, qui n'avait plus qu'une petite provision de feu grégeois, craignait

tées sans produire d'effet. II résolut donc d'attendre que le beffroi fut attenant aux remparts.

Le 1 1 juin, les nuits -ont claires et le jour vient de bonne heure. A. deux heures du malin la lourde h'i- était sur la contrescarpe du fusse Le remblai qui comblait ce lui-ci avait une pente vers le rempart, couverte par des madriers. A un signal, le '.-clin i, poussé par derrière à l'aide

son plancher incliné et vint frapper la tète de la tour P, qu'il ilMminair Je Ji\ pieds. I.e cime fit trembler la maçonnerie et du sommet iki bei'iï;ii .nie grêle de pierres et de traits tomba sur les défeii-eurs. Puis, un punt s'abattit avec fracas sur In tête de celte tour, brisa les manteleis et l'arbalète, et les assaillants poussant des cris formidables,

jetant sur les courtines, a: saquèrent à leur tour la colonne des assaillants. Sur ce chemin de ronde étroit, beaucoup de part et d'autre tombaient en dedans de la cutir et se tuaient ou se brisaient les membres.

Le nombre n'était pas un avantage puisqu'il était impossible de -e déployer, de sorte que le flot des assaillants, sortant suns cesse du beffroi, avait à combattre à droite et à gauche, sur un espace Je six |i!l-Js ,1e largeur. L'escalier de la tour P ayant été bouché, l'ennemi ne pouvait descendre et, acculé sur la plate-forme de la tour, il lui fal-

lait faire son chemin sur l'une el l'autre courtine. Anseric le premier, en lête de si troupe, taillait devant lui une voie sanglante à l'aide d'une hache ù lung manche. A ses côtés, ses hommes armes de civehets et de fauchards piquaient ou accrochaient, el j i.-t :i iuiit au bas du mur, tous Ceux qui tentaient de s'approcher de leur seigneur. Ces malheureux tombaient d'une hauteur de vingt-cinq pieds sur les débris des hourds que les gens du château avaient jetés en dedans, pour déblayer le chemin de ronde.

Les arbalétriers, postés au sommet du belTroi , envoyaient des carreaux sur les deux troupes, mais les hommes étaient, bien armés et ces carreaux rebondissaient sur les heaumes ou s'arrêtaient sur les hauberts. Frère Jérôme, armé d'une énorme plommée, monté sur un merlon, as-

pussenl soutenir en nombre écrasant les premiers arrivés sur le rempart. I! y avait, grâce aux étions J' Anseric et du baron, un temps d'arrêt au sommet du beffroi, et ledébouchement du pont ne pouvait se l'aire facilement.

Les assaillants qui alliaient derrière la tète de l'assuu:

sait qu'augmenter la confusion.

A force d'hommes, les lii Mirguigiioiis parvenaient cependant à s'établir sur la tour, et les deux troupes des défenseurs n'étaient pas assez nombreuses pour les refouler. Voyant qu'ils allaient è:re détinitivement écrasés, le baron Guv appela frère Jérôme, qui sautant de merlons en mer- Ions arriva jusqu'à lui.

Un mot dit à l'oreille du frère, celui-ci courut vers la tour voisine tenant à la porte. Un instant après, une forte arbalète mise en batterie sur l'étage supérieur de cet ouvrage, en arrière des hourds, jeta sur la paroi du beffroi,

moins bien munie de peaux que nelait sa face, des carreaux garnis de boîteleltes de feu gréi^ois. Le frère visait avec sang-froid les parties nues des charpentes, principalement à sept ou huit pieds au-dessus de la base du beffroi. 11 lui restait dix de ces bouclettes, toutes furent env: yées par une main sure et attachées à de forts carreauv dont le 1er était paraitemeiii aiguise. Quatre de ces carreaux ne mordirent pas, niais les six autres se libèrent solidement sur les charpentes, et leurs boitelettes enflammées répandirent comme une lave tenace et brûlante sur

Au premier moment, les Bourguignons, tout occupés de l'assaut, ne s'aperçurent pas du danger. Ceux arrivés au sommet du beffroi ne pouvaient en avoir connaissance.

Le duc fut un des premiers qui i i: la fumée épaisse que dégageait le l-ois attaqué. Aussitôt il donna ordre d'aller éteindre ie feu à i'aid..' de petites échelles à mains, et de se hâter; mais dès qu'un homme montait à l'une deces échelles, une douzaine d'archers et d'arbalétrier?, postés dans la tour de la porte le touchaient. Quatre ou cinq hommes

de la flamme. A l'intérieur, les p:ens d'arme- qui, comme

se trouvèrent bientôt entourés de .) famée infecte que répandait le l'eu ^rege-ns. Le. uns se iuit::ient d'autant plus de monter, d'autres hésitaient et voulaient descendre, u Maintenant ! à la rescousse ; Arde. le beffroi !.... » cria frère Jérôme venant rejoindre la troupe du baron presque acculée à la tour, et avec sa longue plommée il se mit au premier rang, brisant têtes et bras. — « Arde le bclfroi ! » criait-il à chaque coup, « Rochepont ! Rochepont ! Arde, ie beffroi ! » hurlait à son tour la petite troupe du baron, (fig. 47). Les gens d'Anserîc acculés aussi à la tour du coin, répétaient ce cri.

Les Bourguignons ne reculaient pas toutefois; d'ailleurs, eussent -ils voulu le fa i r . que cela leur eût été impossible. Ils essayèrent de placer îles échelles pour descendre dans la Cour; mais elles se [[cuvèrent tropcourtts. « Bourgogne [Bourgogne ! criaient à leur tour les assaillants: « Place prise I Place prise ! ■

L'aube blanchissait alors et répandait sur cette scène de Carnage sa douce lueur dont le pâle et froid éclat se mêlait au\ rellets n montres Je l'incendie. I.a fumée, poussée par une brise du Nord-Est, se rabattait sur les combattants, les empêchait parfois de se voir, mais ils ne lâchaient prise. Au pied intérieur des courtines s'amoncelaient les cadavres et les blessés, qu'achevaient des valets postés dans la cour pour s'iippu-er à Li descente.

Bien qu'Anscric cl le baron cessent recommandé au\

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l>iïhiis (jn!;a:;^ mit lu plate-forme de la tour. Ces deux renforts arrivèrent à temps. Les notiveatix venus (rais, animés

hris .le-; liuurds et suppléaic-t ic.Lrs ca-n:-.ra.lc> épLihés p.ir la lutte.

Le feu gagnait les œuvres du bclfroi, et bientôt la retraite fut coupée aux Bourguignons. Ceux parvenus sur le rempart vendirent chèrement leur vie toute-lois, et le com-

plate-formc èt le chemin de ronde.

Près de cinq cents Bourguignons étaient tués, blessés, pris ou brûlés. Les flammèches poussées par le vent s'abarr.uciil sur le comble et les hourds de In tour du coin, qui prit feu vers siv heures du matin.

La journée éta;t bonne pour les défenseurs-, mais ils avaient perdu près de deu\ cents des leurs tant tués que blessés. Anser.c o»au éié touché par plusieurs carreaux à travers sn ; i haubert et était couvert de sang. I.e baron, pour CLt;nt-jt:-c u;s;i-v„:it, éto.illé sous son heaume, l'avait 6ié pendant le com'oat et avait a !a tète une lari;e plaie. < >.'. se h.ita de ic'.ci par les créneau" 'es Corp- des Hvjrguig'ion-. lues, s t r les dernier. s oarp-.-nii-s embrasées du beffroi et d'enterrer dans la cour les morts qui v étaient tombés. F nn J v.s le eh.ileau étaient épuise, de fatigue. Klicnor et ses femmes pansaient les blessés, portaient à manger et ;i boire dans les postes. Iji châtelaine conservait au milieu de ces scènes sanglantes sa figure calme et son doux regard, et toute la journée et la nuit suivante elle ne cessa de porter secours à tous, h Belle nièce. lui dit le baron Guy pendant qu'elle pansait sa blessure, si l'armée du roi tarde A venir, elle ne trouvera plus un défenseur i délivrer, mais nous avons donné de la besogne au due, et s'il continue, pourra-t-îl bien aussi s'en retourner tout seul à sa cour. -

2oS HTSTOIBE d'uNE FORTERESSE.

l'incendie de la tour du coin enlevaient aux défenseurs les moyens de s' opposer ellicacemeut à la sape. Les gens du château voyaient travailler à cet ouvrage dans la baille derrière des mantelets, et ils accumulaient en dedans du rempart tous les matériau* qu'ils pouvaient se procurer ;i:in d'arrêter la tête de !a sape au moment où elle déboucherait dans la cour.

Le 2 5 juin au matin, les guettes, postées sur la tour de la porte, furent assez, surprises de ne pas voir un seul Bourguignon dans la baille. Elles allèrent aussitôt prévenir Anseric et le baron. « C'est, dît celui-ci, ou un piège ou l'armée du roi q ui arrive ; qu'on veille partout attentivement. » On monta sur le donjon. Les postes du Sud étaient abandonnés. Le chai, les mantelets lestaient .km. i;i Lw.lL' ainsi que les trébuche». Vers midi, le baron fit sortir une dizaine d'hommes avec le transfuge. Celui-ci devait les con-

Au bout de trois heures ils revinrent, disant qu'ils si 'avaient renoinlré que quelques liamaid. qui avaient fui à leur approche et des blessés; que le campement était vide de gens, mais qu'il restait des chamois, des engins abandonnés.

Le duc informé de la marelle des troupes du roi de France qui n'étaient plus qu'à une journée du château, avait décampé d;nis la nuit abandonnait son matériel.

Grande fut la ;nie à la liodic- l'ont. Les habitants de la ville vinrent bientôt confirmer la nouvelle. Les derniers Bourguignons étaient partis vers midi, non sans laisser bon nombre des leurs sur le carreau; car, malgré les recommandations du duc, les habitants de la ville basse de Saînt- Julien avaient été passablement pillés et ils avaient fait la

conduite des derniers soudards ù coups de pierre et d épieux.

Peu après, le sire de la Roche-Pont faisait hommage de son fief entre les mains du roi Philippe-Auguste, et les moines rentraient dans leur abbaye pour la réparation de laquelle le roi donna cinq cents livres.

Le roi Jean s'était emparé du duché de Bourgogne, ci le réunir à la couronne; il s'en dessaisit en faveur de son fils Philippe qui s'était signalé, comme On sait, à la funeste journée de Poitiers. Depuis lors, jusqu'à Charles le Téméraire, le duché était resté entre les mains des descendants du roi Jean, et bien que les ducs de Bourgogne fussent tri-s-HiiuiiMvaii'.s cl -e funs^-nt li;;ué* avec les Anglais, c:mi:'c la couronne de France, à la suite de la brouille survenue en i .po e:itrt I'liili|']ic et le duc Louis d'Orléans, frère de (Unifies VI, le duché fut relativement en paix, pendant que le nord de la France, jusqu'à la Loire, était au pouvoir des étrangers.

Après la mort de Charles le Téméraire, devant Nancy, le roi Louis XI s'empressa d'envoyer dans la province de Bourgogne la Trémoille, baron de Craon, qui, agissant de concert avec Je prince d'Orange, mit bientôt cette province entière sous la main du roi de France; c'était en 1477.

La ville de la Roche-Pont (alors l'abbaye seule conservait son nom de Saint-Julien, et la ville avait pris celui du

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