‹ Histoire d'une forteresse texte et dessins (volume 2)Chapitre 27 sur 48 · HISTOIRE D'UNE FORTES ESSE · texte numérisé non relu

HISTOIRE D'UNE FORTES ESSE

rapct, percé de dix-neuf embrasures pour de petites pièces. Ce parapet n'était pas assez élevé pour que les arbalétriers ne pussent tirer par-dessus sa plongée. Une large rampe R facilitait le montage des pièces et des hommes sur cette plate-forme.

avec les remparts du quatorzième siècle. Ces boulevards n'étaient que des ouvrages en terre et leur sol était de deus toises en contre-bas du niveau du plateau. Les boulevards B et C, établis à l'angic Ouest du château, avaient leur 1. Voir Is plan gfaial, fig. 48.

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terre-pleins ou niveau du fond du fosse, ainsi qu'il a été dit plus haut. Ces dispositions d'ensemble et de détail connues, nous allons rendre compte des événements dont la ville de la Roche-Pont fut le théâtre en 1477 et T478.

Pour obtenir l'assistance du prince d'Orange après la mort du duc Charles, Louis XI avait fait à ce seigneur les plus belles promesses, comme de remettre entre ses mains toutes les places de la Bourgogne qui dépendaient de la succession du prince d'Orange son grand-père, et dont l'avait frustré le duc Charles.

Mais quand le seigneur de Croon eut pris possession de ces places , il ne voulut plus les remettre au prince quelque réclamation qu'il fit, et malgré les ordres apparents du roi Louis XI.

Sur ces e:itrcf;'.ites, s'accomplit le mari;:gs entre Li lilh de Charles le Téméraire, seule héritière de ses domaines, et MmimiliePi duc d'Autriche. Celui-ci prétendait bien reprendre possession du duché de Bourgogne et s'aboucha avec le prince d'Orange, outré de ce que les promesses qu'on lui avait faites n'étaient pas suivies d'effets; la province fut bientôt en grande partie soulevée conirc les Français que le seigneur de Craon, âpre au gain et peu fidèle dans l'accomplissement de ses engagements, faisait détester.

Le seigneur de Craon n'avait laissé dans la ville de la Roche-Pont qu'une assez faible garnison. Sur les instigations des agents de Maximilicn qui couvrait le pays d'espions, les habitants, un soir, se barricadèrent dans les rues et attaquèrent les postes français. Ceux-ci surpris, peu nombreux, mal commandés, se réfugièrent dans le château après avoir perdu quelques soldats. Le château était mal approvisionne en vivres et en munidons. Entourée par les gens de la ville, la garnison ne pouvait

tenir longtemps, et une nui: elle sortit par le Sud, en passant sur le ventre des postes bourguignons, pour aller rejoindre l'armée du seigneur de Craon, vers Dijon. Les habitants arborèrent aussitôt la croix de Bourgogne sur le donjon, dépêchèrent vers Maxûnilîcn pour lui apprendre la réussite du soulèvement et lui demander des secours contre un retour des armées du roi; car ils ri uaie:i: guère en état de se défendre. Masimilien leur envoya un corps de douze cents Allemands, Suisses et Brabançons avec du canon, des munitions et des ingénieurs. La première chose que firent ces troupes en arrivant, ce fui de piller quelque peu les environs et le faubourg de l'Ouest, après quoi elles s'occupèrent de la défense de la

Le sire de Montclcr avait été investi du commandement des corps étrangers et des troupes qu'il pourrait former tant dans la ville que dans les environs. C'était un homme actif, entreprenant, quelque peu rouiier, gentilhomme d'ailleurs, ayant belle figure, dans la force de l'âge, sachant se faire obéir et ne se fiant qu'à lui pour faire exécuter un ordre. Il eut bientôt fait de prendre ses

La population mâle de h .-'élevait à deux mille

hommes environ, dont moitié était en état de servir efficacement et connaissait le métier des armes. Quelques jours après l'arrivée des corps étrangers, des seigneurs bourguignons, qui tenaient pour la jeune duchesse et qui étaient fort animés contre le seigneur de Craon, lequel, sans raison valable sinon pour faire argent, avait pillé leurs domaines et enlevé ce qu'il y avait de meilleur chei eux, se réunirent à la Roche -Pont. Ces gentilshommes amenaient avec eux deux cents lances et quelques convois de pourvéances. La garnison active pouvait ainsi s'élever à trois mille combattante dont quatre à cinq cents cavaliers,

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chaque lance étant suivie au moins d'un écuyersans compter les coutilliers et valets.

La place n'était pas en bon étal de défense ; l*s fausses braies étaient fort délabrées, les boulevards de terre éboulés, les fossés encombrés. Aucune pièce n'était en batterie. Il n'y avait ni gabions, ni fascines, ni pieux pour faire des palissades. Le sire de Montclcr établit l'ordre suivant : Tous, capiiaines, soldats, pionniers, hommes et femmes de la ville devaient se rendre tous les matins avant le jour aux postes qui leur étaient d'avance assignés, sous peine de la vie. Et, afin de mieux appuyer cet ordre, des potences étaient dressées dans les dilférents quartiers, ainsi désignés : quartier des tours (au Nord); quartier de Saint- Julien (comprenant l'abbaye et la partie de la cité à l'Est, en face du monastère]; quartier de Saint-Louis (situé entre l'abbaye et le château à l'Ouest) ; quartier du moulin (en regard, vers l'Est). Les gens dépendant de l'abbaye avaient prétendu se soustraire au service; mais le sire de Monder n'avait tenu compte de leurs prétentions, non plus que des protestations de l'abbé dont les jardins et bâtiments servaient d'arsenal central. Deux ou trois bourgeois indociles avaient été pendus, et depuis lors chacun faisait son devoir. A midi, tous allaient dîner et revenaient à deux heures pour travailler jusqu'à la tombée du jour. Les femmes et les enfants de onze à seize ans portaient de la terre dans des paniers et barquettes; les soldats, pionniers et bourgeois, sous la direction des ingénieurs, rétablissaient les parapets des boulevards, creusaient les fosses, redressaient les fausses braies. Une scierie était montée au moulin et débitait des bois pour faire des palissades. Au bout de quelques jours, la population qui trouvait tout d'abord ce travail très-rude et qui regrettait d'avoir chassé la garnison française, s'était habituée à cette vie de fatigues et la supportait gaiement. De tous côtés, pendant le travail,

on entendait des chansons et des rires. On eût pu croire tous ces gens-là en fête.

Le gouverneur n'avait pas négligé la question des vivres. On était à la fin de l'été. Toutes les récoltes des environs avaient dû cire rentrées dans la ville. Une paire de meules qui restait encore après l'établissement de la scierie, travaillait jour et nuit. Tous les vivres approvisionnés dans les maisons devaient être déposés dans l'abbaye ou le château , sou3 peine de k vie, et chaque habitant recevait sa ration tout comme le soldat. Dans l'abbaye même, un large approvisionnement de grains et de légumes augmentait notablement la quantité des pourvéances.

Le sire de Montcler avait, bien entendu, mis la main sur ces denrées.

Les vieillards et les petits enfants étaient occupés à faire des gabions et à couper les mottes de gazon pour les talus des boulevards. En arrière du front Nord, le gouverneur fit creuser une bonne tranchée, en démolissant quelques maisons, avec retranchement et bonnes gabionnades sur les flancs pour placer de l'artillerie. Le mur Nord de l'abbaye fut terrassé et réuni à la courtine de l'Est par un retranchement avec fossé.

Le sire de Montcler était de belle humeur, familier, toujours présent partout, parlant il tous, et, grâce à ses façons de plaisanter volontiers avec l'habitant, ces bonnes gens voyaient, sans trop s'attrister, démolir leurs maisons et enlever la terre de leurs jardins'pour (aire des fossés et des épaulements.

Quand tout fut bien disposé pour la défense, le gouverneur fit cependant sortir toutes les bouehes inutiles. Femmes, enfants, vieillards durent chercher asile dans les environs. Après quoi, le faubourg de l'Ouest fut brûlé, afin de ne pouvoir servir de logement aux troupes de Louis XI.

Une tête de pont avait été établie sur la rive droite en

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dehors du pont de pierre (fïg. 52), avec gros cavalier sur la rive gauche; les deux aulres ponts furent détruits. Sur le plateau, vers le Nord, s'élevait en avant du boulevard D' un retranchement de terre avec abatis d'arbres et gros

gabions abritant deux couleuvrines. Les boulevards et les tours du Nord furent armés de bombardes.

Chaque soir le gouverneur avait le soin de faire reconnaître les environs.

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