‹ Histoire d'une forteresse texte et dessins (volume 2)Chapitre 39 sur 48 · ÎOO HISTOIRE D'USE KO B TE R E 5SE · texte numérisé non relu

ÎOO HISTOIRE D'USE KO B TE R E 5SE

Ce fut dans la matinée qui suivit cette petite émeute

devant la Roche-Pont.

Il fut accueilli dan;- la vitlir haute par de grandes démonstrations de joie. Une armée de secours bien équipée, bien munie n'eût pas été mieux reçue. Et cependant cette troupe cm émii'e du fatigue, n'ayant rie:t mariné depuis vinctquatre heures, sans artillerie. sans munitions, avait toute

poir, que la vue d'un unif 'i-ine a ni relevé tous les cuairs. Se voyant si bien reçus, ces braves gens firent leur entrée dans ia eiié en bon ordre, et p"ësi. , ii!jL , :u, en déiliant dans les rues, malgré leur épuisement, un aspect martial qui redoublait l'enthousiasme des habitants. Un colonel, trois chefs de bataillon, quelques capitaines, dont un d'artillerie, formaient l'état-major.

Deux heures après leur arrivée, ces soldats, la plupart ayant fait plusieurs campagnes., bien reposés, brossés, avaient une roui autre apparence.

Les nouvelles qu'apportait ce petit corps indiquaient assez qu'il n'y avait pas de temps à perdre, si on voulait mettre la ville de la Roche-l'om en état de se défendre avec honneur, sinon avec espoir de succès. Le colonel

taillon dans la campagne de Save, il s'était dis:in^aé à Dresde et était colonel depuis Leipzig. C'était un homme d'une trentaine d'années, mais qui paraissait avoir beaucoup plus. De la gloire française, il n'avait guère vu que le côté désastreux. Aussi ne portait-il pas sur sa physionomie cette empreinte de foi confiante qui persistait chez

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beaucoup de ses frères d'armes moins éprouvés que lui par les malheurs da temps. Poulain la guerre d'Kspagne, il avait éprouvé Toutes les migres, les privations, constaté le déiaut J'.>[\I:v, le décoasu. Faisant partie du corps de Ney. au retour de Moscou, il avait appris là ce qu'est l'accomplissement du devoir »;iiis le prestige de la gloire. A Dresde, le régiment auquel il était attaché avait perdu la moitié de son ell'.c if; pui; était venu le désastre de Leipzig. A chacun de ses gradjs Liait attaché lu souvenir d'une date néfaste.

Le colonel Dubois avait de? dehors froids qui lui servaient â masquer une timidité naturelle et une proiotide défiance de ses semblables. — 11 faut dire qu'il émit payé pour se délier de tous et de tout. — Entré à l'âge de vingt

n'avait vu de la guerre que les côtés funestes; ses premiers compagnons d'armes ne répondaient pas à l'idée qu'il s'était faite du soldat. Ce fut bien pis quand il fut envoyé en Kspagne. Cette nature délicate s'était repliée

ment de pitié ou même de sympathie pour qui que ce fût, lit cependant telle e-.t profonde i'empreinte que donne à toutes les actions ce qu'on appelle le cœur, même lorsqu'on essaye J'en cacher les moindres manifestations, que cet homme, d'appti renée glaciale, auquel un ne connaissait pas un ami, exerçait sur ses soldats une autorité morale, très-rare à cette Jernicre époque de l'Empire.

Juge infaillible, le soldat sait trouver les cotés [aibles de l'officier, mais il ne le tient en estime et ne lui donne toute sa confiance que s'il reconnaît en lui, avec les talents militaires, une âme bien trempée, un cœur qui bat à l'unisson du sien. Le regard du soldat perce sans peine ces

dehors froids, souvent durs mime, et a bien vue démêlé îï cette apparence cache Imsiillktnce, la fatuité, l'orgueil, ou si elle n'es; qu'une contenance du commande, l'cnve-

combat 11 était le premier et le plus attentif à faire relever lus blessés, et nu prenait du rtpo-* que quand ils étaient transportés aux ambulances.

Des trois bataillons (incomplets; qu'il commandait, deux appartenaient à son régiment; lu troisième était composé de débris ramassés du tous cotés. Cependant, après deux ou troîs jours de marche, tous ces hommes, aussi biun quu les pelotons de diverses armes qu'il devait amener il Troycs, connaissaient le colonel Dubois mieux peut-être qu'il ne se connaissait lui-même. Ces braves gens, après quelques heures de repos, étaient huuruii.\ du rester par la force des circonstances sou- lus ordres du leur colonel de flots, comme ils l'appelaient, ut su faisaient une fête de su défendre dans eu ni..! du !a Roche-Pont. isuUs du tout

Tout en prenant, de concert avec le capitaine Allaud, les dispositions lus plus essentielles à la défense, ne fût-ce au moins quu pour sauver l'honneur des armes, le colonel Dubois voulut s'assurer s'il était possible de gagner Langres et Troycs sans compromettre sa troupe. Il fit donc monter à cheval, le soir, un jeune ollicier d'ordonnance, actif et intelligent, qu'il avait avec lui, lui donna deux cavaliers. duu\ guides m. nui. pris dans la ville et connus du capitaine, avec ordre de reconnaître la route et de rc-

Nous avons vu que les défenseurs, avant l'arrivée du colonel, Étaient au nombre de trois cent vingt hommes

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Parmi ces hommes, une

ricnait !e colonel st corn] it ensemble mille quatre ■

■vantluiet

un moyen pour lui d éviter ce désagrément, estait de s'employer, sans perdre une minute, à l'approvisionne ment des vivres de la eité. Il ajoutu iju'il tic eoumiandait que l'a 1 * atr.garde d'un corps d'armée, dirigé de Lyon sur les derrières des ennemis, pendant que l'Empereur les prendrait en tète; qu'il était Jonc important que la ville de la Roche- Pont pùt résister quelques jours, et que si elle devait se rendre, faute de vivres, c'était à lui, maire, que le gouver-

tendu avec l'ennemi; qu'alors son affaire était réglée.

Le pauvre maire, plus mort que vif, promit tout, jura par tous les saitus qu'il était dévoué à l'Empereur, et que dans les vingt-quatre heures la forteresse serait garnie de

sai^-ce qu'il y a dans les environs, répondit le colonel*, vous le savez probablement ; mais je dois vous déclarer qu'il iaut i."i. demain à quatre heures eùi soir, — il est si\ heures un quart : — - 1" des rations en farine, viande et vin pour deu\ mille hommes de garnison et pour vingt-cinq jours au moins; z° que les habitants de la ville doivent être approvisionnés de leur coté pour trente jours; et que si les choses ne sont pas ainsi faites, j'aurai le regret de

dret la lîttiMor ilii (jii.ii-.i.n-.tiici:: de I Kinpoicur. ... Je ui^ i!r:r.rcr vingt hommes pour ion: accu::ip.i;r;iT et vous aider.... Planton ! i::;i::dt*-mni Y major! — Mais, mon colonel, dit le maire, vous sent;? hien qu en celTe saison j'aurai bien de ]a peine..,. — Aimez-vous mieux retourner Je ce pas en prison i interrompit le colonel.... » Major! dit-il, lorsque «I officier fut introduit, M. le maire de la Roche-Pont se charge d'approvisionner la ville en vivres avant vingt-quatre heures. Voilà la note de ce qu'il faut. Vous l'accompagnerez et vous aurez vingt hommes Je CTvée avec vous, prenez-en trente s'il est besoin. Il faut commencer cela de suite. Bonne chance, monsieur le maire; au revoir. • Et au major, pendant que le

avec des vivres. — Entendu, mon colonel! - Il y avait bien des années que la ville haute et la ville basse de la Roche-! 'ont n'avaient été ;w-si animées, fin haut, c'était de tous cotés des bruits d'armes, des terrassiers qui allaient à l'ouvrage, des pièces qu'on sortait de l'arsenal et qu'on mettait en batterie, des allïits .;u'on réparait. Là, les charpentiers fuiraient des plates- formes. Comme jadis, les femmes se mêlaient auï travailleurs, elles rapportaient des fayots d'osier coupés le long de l'étang pour faire des gabions. Derrière toutes les fenêtres on en voyait qui Cousaient des sacs à terre. Les charrons réparaient des roues; et tout ce monde chantait, riait, comme si on se fût préparé à une fête. Les charrettes de farine et de fourrage arrivaient; des porcs, des vaches et des moutons qui encombraient les rues.

La ville basse présentait un aspect différent : les cafés étaient pleins, tout le monde pariait à la fois et très-haut.

Lïntizod b; Ci

Le maire, suivi du major qui ne le quittait pas d'une semelle, et de sa corvée, entrait dans les boutiques, dans les habitations.

Tout le monde alors se mettait aux fenêtres ou sur le pas des portes. On attelait des charrettes que les vingt hommes de corvée remplissaient en un clin d'oeil; faute de chevauv de renfort, les ouvriers poussaient à la roue. Seules, quelques belle- maisons restaient hermétiquement fermées.

Il fallut parcourir la vallée, se présenter chez les fermiers des alentours, chez les meuniers. Beaucoup d'habitants de la ville hai;:e dépendaient pour aller c'1 quête de

dernier jambon fut vendu, à trois heures du soir, soixante

A quatre heures, le maire, toujours suivi du major comme de son ombre, se présent;; devant le colonel et lui remit le bordereau de tout ce qu'il avait pu faire entrer en

s'assurant pies du majoi de l'exactitude des déclarations. T.es vingt-cinq jours de rations pour deux mille hommes se trouvèrent complétés, grâce à un bon approvisionne-" ment de graines séelie-i qui suppléai; à ce qui manquait île

maire, dit-il; vous devez être latigué, vous pouvez rentrer chez vous; mais comme je n'ignore pas l'js lâcheuses dispositions de quelques mauvais sujets à Votre égard, vous aurez un factionnaire à votre porte, et je dois vous engager à ne quitter votre maison que pour aller à la mairie, qui,

heureusement, est située dans hi ville haute, ce qui voi permettra, lorsque nous serons im-estis, de remplir v< fonctions avec le zèle que vous venez de montrer.... Je vot prierai aussi de faire organiser sans délai, cette nuit p* exemple, une amr-ul.Liice ;nt; clnqjante lits garnis, et c m 'adresser les chirurgiens de la ville, s'il s'en trouve à 1 Roche-Pont, dès ce soir.... Major! accompagnez M. maire pendant qu'il prendra ces derniers soins, ei ali qu'il ne lui arrive rien de fâcheux.... ■

Ce même jour, à huit heures du soir, la rentra et rendit compte de ce qu'elle avait v

que l'ennemi n'eût pas (icc.ipé L'eu. 1 ville, ii formait un rideau entre elle et le Nord pour masquer ses mouvements

mee de Bohûne ne se préoccupait que médiocrement de ce qui se passait sur ses derrières, mais qu'elle poussait une pointe vers la t'a pilule, par le bas-in ,1e la Seine. ■ Ah ! dit le Colonel, quand il eut longuement fait causer le jeune oilicicr. -i nous avions seulement ici v!hl:i mille humilies de ces troupes qui ont été s'engloutir en Russie, nous pourrions faire payer cher à MM. les Allemands et Russes leur marche aventureuse, et peu d'entre eu* repasseraient le Rhin.

Le colonel Dubois se décida donc à se conformer à la seconde partie de ses instructions. 11 envoya un hoimc sir, que lui pruairn le capitaine AllauJ, à AéAnmie pnur faire savoir au commandant de place, si la ville n'énii déjà occupeepar l'ennemi, qu'il tenait la Roche-Pont, qu'il pou-

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