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I. Voir le plan, fig

I08 HISTOIRE d'une FORTERESSE.

Ce plan bien expliqué à ses lieutenants, le mouvement commença vers la quatrième heure du jour. Les deux rois francs avaient pris le commandement^ Childebcrt, des troupes campées au Nord; Clotaire, du corps campé à rOuest dans la ville basse. Un pont de radeaux avait été établi dès le matin à cinq cents pas en amont de Pile de Sable, pour mettre les deux corps en communication.

Il faut dire que ces deux chefs, après la prise d'Autun, ne croyaient pas rencontrer une résistance sérieuse dans le reste de la Bourgogne. Ils avaient la conviction, sur des rapports qui leur avaient été faits, que Gondomar avait été tué, que ses meilleurs soldats composaient la garnison d'Autun, et que les autres villes fortes ne seraient défendues, si elles Tétaient, que par des gens inexpérimentés.

L'événement de la nuit précédente leur donnait à penser cependant, et au moment où la sortie du Nord s'effectuait, les deux chefs délibéraient de prendre la tête de pont par un vigoureux effort, et en même temps d'attaquer l'avancée du Nord.

Les Francs, plus encore que les Gaulois, ont Tesprit porté à prendre pour vrai ce qu'ils désirent -, or, les deux rois se persuadaient que la garnison enfermée dans la cité était peu nombreuse et que ces deux attaques simultanées la déconcerteraient. Les choses en étaient là, lorsqu'on vint prévenir les chefs francs que la ligne d'investissement du Nord était attaquée.

Quand nous disons ligne d'investissement, il ne faudrait pas croire que ce fut là une disposition ayant une complète analogie avec ce qui se pratique de nos jours. Cette ligne se composait d'une troupe d'un millier d'hommes assez confusément groupés derrière un abatis d'arbres et de broussailles, à quatre cents pas du saillant du Nord. Puis, un second corps, composé en grande partie de cavalerie, était répandu dans les bois, à une centaine de pas de cette

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première ligne et masquait le campement de Childcbcrt, entouré du gros de ses troupes.

A la première alerte, les deux rois montèrent à cheval, et entraînant tout d'abord les hommes prêts à combattre, ils se hâtèrent d'arriver sur le lieu de Taction. La cavalerie de la seconde ligne se précipitait en même temps au secours de la première ligne, se divisant en deux troupes pour attaquer Tennemi sur ses Hancs.

Remis de la première surprise, les Francs, quelque peu protégés par les abatis, soutenaient Tattaque et ne reculaient pas. On en était venu à combattre corps à corps ^ mais les Bourguignons, plus nombreux, commençaient à déborder la ligne ennemie, quand arrivèrent les cavaliers francs, qui à leur tour se jetèrent sur les deux ailes de Tattaque. Force fut aux Bourguignons de reculer et de profiter des barricades de branchages et de broussailles pour ne pas se laisser déborder. Ils n'auraient pu toutefois tenir là longtemps, quand arriva Clodoald sur le flanc gauche de Tenncmi. Celui-ci fut alors pris de panique, caria troupe d'élite conduite par Clodoald marchait en bon ordre, à l'instar des Romains, par pelotons en échelons, de manière à ne pas permettre à la cavalerie de déborder son aile droite. La gauche des Francs lâcha pied et successivement toute la ligne. Alors les Bourguignons s'élancèrent à leur poursuite -, mais Clodoald, prenant la tête, fit arrêter sur place tout son monde, non sans peine.

Les fu3^ard3 en effet vinrent se heurter contre le gros de l'armée de Childebert. Celui-ci, plein de colère, leur reprochant leur lâcheté, les força de rebrousser chemin, et une dizaine de mille hommes se présentèrent bientôt à la vue des Bourguignons à travers les bois. La retraite était commandée et se fit en bon ordre, non point en rentrant par l'avancée, mais en longeant le front Est, sous la protection des remparts. L'irritation de Childebert était telle qu'il

cnvo3"a aussitôt un millier d'hommes pour s'emparer de Tavancée, pensant qu'elle serait faiblement gardée, puisque les défenseurs étaient dehors-, mais Tattaque était prévue, et les Francs perdirent inutilement dans cette tentative une centaine d'hommes.

Du côté du Sud, la sortie des Bourguignons avait obtenu un succès plus décisif. Les choses s'étaient présentées comme Clodoald l'avait prévu. Les Francs, croyant à un passage de la rivière pour les déborder sur leur droite avaient envoyé en face des Bourguignons un millier d'hommes. Alors était sorti de la grande tête du pont le lieutenant de Clodo&ld avec ses deux mille combattants. Faisant placer la moitié de sa troupe en équerre, sur le cours de la rivière, la face tournée vers la ville basse et sa droite appuyée à la tête du pont, il avait envoyé au pas de course l'autre moitié contre les troupes des Francs parties pour s'opposer au passage.

Cette troupe, prise à revers et criblée par les traits que lui envo3^aient en face les Bourguignons montés dans leurs bateaux, se débanda, fu3'ant comme elle put. Les Francs restés dans la ville basse, apprenant à ce moment que l'armée de Childebert était attaquée au Nord, ne savaient s'ils devaient se diriger vers le Sud pour soutenir la troupe détachée en aval sur la rive droite, ou se porter au pont de radeaux pour prêter la main à l'armée de Childebert. Cette indécision fut cause que l'attaque contre les Bourguignons placés en équerre près de la grande tête du pont fut molle et permit aux deux mille hommes composant cette sortie de rentrer sans avoir fait de pertes sérieuses. La sortie du Nord fut plus éprouvée : elle avait laissé dans les bois plus de deux cents morts et elle ramenait autant de blessés.

Les Francs, dans ces deux combats, avaient perdu plus de six cents hommes sans compter les blessés. Loin de se livrer au découragement cependant, chefs et soldats étaient

pleins de rage, cro3'ant prendre la cité en quelques jours et n'avoir devant eux qu'une garnison toute disposée à capituler, tant ils supposaient que la prise d'Autun avait attéré les Bourguignons; en vingt-quatre heures, ils avaient perdu plus d'un millier d'hommes sans s'être même approchés des remparts.

Les blessés bourguignons restés entre leurs mains furent décapités, et leurs têtes, piquées sur de longues perches, furent rangées à une centaine de pas de l'avancée. Mais cela ne constituait pas une contrevallation suffisante pour se garder contre les sorties de Tassiégé. Aussi fut-il décidé que Parmée du Nord creuserait un fossé à deux cents pas de l'avancée qui s'étendrait du val de la rivière au val du ruisseau, lequel fossé aurait environ deux mille pas, et que derrière ce fossé, avec la terre extraite et des abatis, on ferait un retranchement. Ainsi pouvait-on d'abord rendre vaine toute attaque de l'assiégé, sur ce point. En second lieu, on résolut de s'emparer de la grande tête de pont. Il ne resterait plus alors à l'assiégé que le val du ruisseau pour communiquer avec les dehors; mais ce val était peu praticable, couvert de marais et de fondrières, les gens de la cité ne pourraient rien tenter de ce côté. Des secours du dehors? on ne cro3^ait pas qu'ils en pussent attendre ; en tout cas, pour empêcher l'assiégé de sortir par la porte de l'Est, on établirait devant elle un ouvrage bien gardé; puis, pour qu'il ne pût se pourvoir de vivres, on dévasterait le pa3^s sur la rive gauche de la rivière. Quant à l'aqueduc, il fut découvert et coupé.

Cela décidé, les assiégeants se mirent à l'oeuvre, sans perdre de temps. jMais Glodoald, qui avait assisté à plus d'un siège, savait par expérience qu'une garnison n'ayant point à compter sur une armée de secours du dehors, ne dispose que d'un moyen de salut, savoir : de ne laisser à l'assiégeant nul répit, surtout au commencement d'un in-

vestissement, quand rennemi n'a pas pu encore compléter ses ouvrages et serrer la place de près. Sans savoir exactement ce qu'allait tenter l'armée des Francs, il connaissait sa force numérique et ne doutait pas qu'elle n'eût à sa disposition des ingénieurs latins, puisqu'elle en avait au siège d'Autun. Clodoald divisa donc ses troupes en huit corps. L'enceinte * étant défendue par quarante-quatre tours, il fallait donc pour les garder onze cent quatre-vingts hommes, en comptant vingt-cinq hommes pour chacune des trente-six tours de cette enceinte, et trente-cinq hommes pour chacune des huit tours des portes ou soixante-dix hommes pour chaque porte et ses ouvrages. Bien entendu, conformément aux habitudes militaires d'alors, chaque poste d'une tour était chargé de la garde de la courtine voisine. Il fallait pour garder l'avancée du Nord, deux cents hommes ; pour garder la place d'armes du Sud et les têtes de pont, cinq cents hommes; pour tenir garnison dans le réduit (castellum) cent hommes -, pour surveiller le rempart du Nord descendant de l'angle de la cité à la rivière et les bords de celle-ci, six cents hommes. Total pour la garde ordinaire des défenses, deux mille cinq cent quatrevingts hommes. Il distribua ce premier corps de manière que les meilleurs soldats fussent placés dans la place d'armes, les têtes de pont, et dans l'avancée du Nord, ainsi que sur le front de ce côté. Clodoald composa un second corps de mille hommes, tenus en réserve au centre de la cité, pour être porté au besoin sur un ou plusieurs des points attaqués. Il lui restait environ six mille hommes dont il fit six corps de mille hommes chacun, distribués ainsi : deux dans la partie de la ville située entre la cité et la rivière, deux dans le voisinage de la porte du Nord, et deux dans le voisinage de la porte de l'Est. Ces six corps devaient être

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