‹ Histoire d'une forteresse; texte et dessinsChapitre 15 sur 92 · I. Voir la fi mire i · texte numérisé non relu

I. Voir la fi mire i

HISTOIRE d'une FORTERESSE. Il3

prêts il faire des sorties toutes les fois qu'ils en recevraient Tordre.

Ciodoald maintint sous son commandement direct les mille hommes de réserve logés au centre de la cité. Puis il pourvut aux besoins de la garnison et des habitants dcnieurés dans Tenceinte. Une grande quantité de vivres avaient été apportés dans la ville au moyen de réquisitions et suivant Tusage des Romains. Ces vivres furent emmagasinés dans le réduit. Quant aux bestiaux vivants, on les faisait paître sur les rampes du plateau au Sud et à TEst. Des bois en assez grande quantité avaient aussi été approvisionnés pis furent rangés le long des courtines, à rintéricur. Outre ses puits, la ville possédait de vastes citernes, alimentées par Taqueduc. Celui-ci étant coupé, Ciodoald fit recueillir les eaux pluviales des toits dans des rigoles qui aboutissaient à ces citernes. D'ailleurs, dans la partie de la ville située entre les remparts et la rivière, surgissait une belle source qui pouvait alimenter toute la partie haute de ce quartier.

Ciodoald veilla scrupuleusement au logement de ses troupes. Bon nombre de ses soldats avaient leur famille dans la ville ; il ne voulut pas permettre que les défenseurs logeassent dans leurs maisons. Il lit disposer les monuments publics pour recevoir les sept mille hommes qui n"'occupaient pas habituellement les remparts. Ceux qui étaient chargés de la garde étaient bien logés dans les tours, dans les monuments publics du quartier ou hors des remparts. Ciodoald, comme il a été dit, inspirait toute confiance à ses troupes avant l'arrivée des Francs; mais depuis les heureuses affaires de la première journée, ses hommes le considéraient comme une sorte de providence et lui obéissaient aveuglément. Aussi cette organisation fut-elle rapidement acceptée et appliquée. Pour le détail, il avait adopté la composition de la cohorte romaine, et chaque chef de

114 HISTOIRE D UXE FORTERESSE.

corps était responsable de Texécution des ordres qu^il recevait, sous peine de la vie.

Quant aux habitants, ils devaient prêter leur concours toutes fois qu'ils en seraient requis*, un refus était puni de mort.

Gondomar, dont il n'a guère été question jusqu'à présent, habitait le Castellum^ et Clodoald lui marquait le plus grand respect, disant n'agir que d'après ses instructions*, mais pour la garnison, le véritable chef était Clodoald.

A3'ant pourvu au plus pressé, qui était l'organisation de son monde, il fit placer deux onagres dans l'avancée dès le lendemain des combats, et ces onagres commencèrent à jeter des pierres de soixante livres sur les travailleurs francs qui traçaient la contrevallation à deux cents pas du saillant, si bien que l'assiégeant dut reculer son fossé de cinquante pas hors de portée. La nuit suivante, Clodoald fit sortir mille hommes par la porte de l'Est, lesquels, filant par le chemin longeant le rempart, allèrent bouleverser les premiers travaux des Francs et rentrèrent aussitôt; en même temps une autre sortie, effectuée par la porte Sud de la grande tête de pont, enleva quelques hommes des avant-postes des Francs. Ceux-ci décapites, leurs têtes, fichées sur des piquets, furent placées à l'extrémité de l'avancée du Nord pour repondre aux procédés des Francs. Cette même nuit, rcnnemi essa3'a de tra\'erser la rivière en profitant de l'îlot de sable, afin de prendre à revers la courtine rampante du Nord *, mais il ne put aborder, les quais étant bien garnis de monde. Plusieurs hommes furent noyés.

Les choses allaient donc assez mal pour l'armée des rois francs \ cependant elle possédait un ingénieur latin habile et qui avait fait ses preuves, notamment au siège d'Autun. Childebert, exaspéré par les succès des assiégés, se répan-

HISTOlRi: I) UNE FORTERESSE. Il5

dait en menaces aussi bien contre les siens que contre les ennemis. Il n'avait pas daigné tenir compte de Tavis de son ingénieur qui, dès le jour de Tarrivéc de Tarmée devant la cité Juliana, conseillait de camper au Nord et de n'investir la ville qu'après avoir reconnu ses approches. Consulté après ces premiers échecs, Secondin — c'était le nom de ringénieur latin — admit qu'il était difficile de reculer, puisque l'armée était engagée autour de la place-, que le plus pressé était d'empêcher toute sortie des assiégés, et que pour obtenir ce résultat, ceux-ci ne pouvant guère sortir sans péril que par la porte de l'Est et par les têtes de pont, il fallait faire des ouvrages devant ces issues afin de les clore complètement; qu'il était chanceux et peu profitable d'essayer de s'emparer de la grande tête de pont par une attaque directe ; mais qu'il fallait occuper le quartier de l'Ouest, sous les remparts, et par conséquent passer la rivière-, qu'alors, du même coup, les têtes de pont, la muraille rampante du Nord seraient perdues pour l'assiégé et la place d'armes du Sud compromise.

Des bois furent aussitôt coupés dans la forêt du plateau, et les charpentes des maisons de la ville basse enlevées. Un fossé, rempli par les eaux de la rivière, entourait les ou^'ragcs de la grande tête de pont ; mais ceux de la petite n'en avaient plus ; ce fossé avait été comblé depuis longtemps, et l'assiégé avait négligé de le creuser de nouveau. Le mur Sud de Vemporium^ qui Joignait l'épaule Nord de cette petite tête de pont, était crénelé et au pouvoir des défenseurs, y compris le retour d'équerre sur la voie venant de l'Ouest. Ainsi, la moitié de la surface "de l'emporium était battue dans sa longueur par ce mur'. Achevai sur cette voie de l'Ouest, Secondin fit élever un agger qui s'appuyait à la rivière, à cinquante pas du retour d'équerre,

Page 1